1432494084mzdSudden Death Records - Punk Hardcore - Canada - 23 Juin 2015 - 12 Titres, 29 Minutes

 

"I saw ten thousand talkers whose tongues were all broken, I saw guns and sharp swords in the hands of young children. And it's a hard, it's a hard, it's a hard, and it's a hard, It's a hard rain's a-gonna fall."

Ca n'est pas moi qui le dit, mais Bob Dylan, et c'était en 1963. Un peu visionnaire le type quand même...A l'époque, on le voyait Beatnik, mais si après tout, il avait été le premier vrai Punk de l'histoire, bien avant que ce terme crétin soit inventé? Après tout, alors que tout le monde chantait l'amour, consommait à outrance, et célébrait les années fastes d'après guerre, alors qu'enfin le sucre n'était presque plus rationné, lui chantait la révolte, la lucidité, et envisageait déjà dans ses chansons des jours sombres à venir. Et il n'avait pas tort.

Hard Rain Falling, c'est aussi une nouvelle de Don Carpenter, parue trois années plus tard. Pas beaucoup plus gaie que la chanson de Dylan d'ailleurs, mais aussi reconnue et célébrée, comme elle le mérite. Alors, quoi d'étonnant à ce que respectivement cinquante deux et quarante neuf ans plus tard, un autre artiste se soit intéressé à cette pluie lourde que des nuages noirs semblent charrier au dessus de nos têtes.

Dead On Arrival. Joe "Shithead" Keithley aurait pu se retrouver aux urgences fut un temps. Sauf que les héros ne meurent vraiment jamais, au propre comme au figuré. Lui, est toujours là. Il se souvient de ses débuts, dans son Canada natal, d'abord avec les SKULLS, puis aux côtés de Randy Rampage, Chuck Biscuits...On ne range pas Hardcore '81 comme ça, sur une étagère...Ou alors on le place aux côtés de Damaged, Minor Threat, G.I, et d'autres du même tonneau. 2015, le Punk Hardcore est plus vivant que jamais, les groupes se multiplient, se radicalisent, mais citent toujours les anciens, qui ont gueulé avant eux. "No Future", "Capitalism sucks", "Government lies", les slogans ne manquaient pas, et sont toujours d'actualité. Les raisons de se révolter sont encore plus variées et nombreuses qu'à l'époque, et la rage est toujours là, bien présente. Comme Joe Keithley.

Lui, il s'en tape, il trace sa route. Il a des classiques à son actif, s'est amusé avec Biafra, a changé de musiciens comme de t-shirts, mais peu importe le backing band, le héros, c'est lui. Pour sortir cet album, il a lancé une campagne de crownfunding, a mis les sous de côté, et a enregistré Hard Rain Falling. Sans chichis, sans bruit, sans apitoyer. Et comme Dylan en 63, il remet le couvert. Tout y passe, les gangs, la guerre, le racisme, l'écologie...Après tout, on ne peut pas mentir en sortant des morceaux comme "The Cops Shot a Kid", "Warmonger", "Racism Sucks" ou "Not Gonna Take Your Crap Anymore". Et on ne peut pas non plus mentir sur ses origines...D'ailleurs Joe l'avoue lui même:

 "Quand j'ai commencé à écrire Hard Rain Falling, j'ai écouté nos vieux trucs comme Hardcore '81, ou le EP Disco Sucks, et j'ai essayé d'en retrouver l'approche directe, sauvage et politique. Ce nouvel album est donc un retour aux sources."

Pas faux Joe. En même temps, ton Hardcore tu l'as toujours abordé de la même façon, avec cette attitude foncièrement Rock, et tu n'as pas changé ton fusil d'épaule. Voix rauque et mordante, guitares estampillées 50's vintage, son sec qui claque, rythmique en up tempo, un genre d'Eddie Cochran des 2000's, comme sur "Pipeline Fever". C'est parfois plus rapide, quand le message se veut plus percutant ("Racism Sucks"), tu délires même sur un Reggae qui aurait bien fait marrer les CLASH ("Johnny Too Bad"). Tu commences et tu finis ton truc par du lapidaire sous les deux minutes ("You've Gone Too Far" pur Punk et presque DEAD KENNEDYS, et "San Quentin", comme si Cash jammait avec les REMAINS), et entre les deux, tu ressuscite l'esprit Hardcore des années 80, avec un truc mid tempo, que tu aurais pu sortir il y a trente ans, "Kicked In The Teeth", mélodie simple, choeurs en coup de poing, c'est du tout bon...

Comme tu l'as dit toi même, dans un bouquin, tu as vécu toute ta vie comme un Punk. Tu as foutu le bordel quand tu as appris que ta ville allait se voir défigurée et transpercée par un pipeline, tu t'es lancé comme Jello dans la politique pour emmerder ces pourris, tu n'as jamais renoncé. Ton nouvel album, c'est du D.O.A pas de soucis, car tu ES D.O.A., comme Lemmy EST MOTÖRHEAD. Tout est là, les paroles, les riffs, la pochette frondeuse et gentiment menaçante, les intonations graves scandant des mots qui égratignent les consciences...Je ne sais pas si Hard Rain Falling gagnera les mêmes galons que Hardcore '81, mais après tout, qu'est ce qu'on s'en tape. Il te reste quoi à prouver après tout... Tu joues ton Punk comme on jouait le Rock, avec les tripes, avec la sincérité qui te caractérise, et qui te différencie de tous ces poseurs qui pensent qu'un "Fuck the Rules" balancé dans un joli clip fera d'eux des rebelles pour la cause. Tu n'es pas riche et tu t'en fous. Tu es libre. Tu es en vie, debout. Et tu chantes, tu joues.

"But I'll know my song well before I start singing"

Tu la connais la musique hein? Allez continue ta route, nous on sera toujours là pour te suivre.