goodnewsParty Smasher - Chaotic Hardcore - USA - 30 Juin 2015 - 8 Titres, 20 Minutes

De l'art de se faire désirer...Ou de rendre les choses précieuses et complexes. Après tout, je ne suis pas contre. La musique est depuis trop longtemps devenue un objet de consommation courante, qu'on télécharge allégrement, sans prendre le temps d'apprécier. Car oui, c'est une chance qu'il faut apprécier à sa juste valeur. Comme le dit Jello Biafra, après tout, les gens ne rechignent pas à payer un café chez Starbuck à cinq dollars, mais un morceau à un dollar leur semble une dépense inconsidérée et injustifiée.

Alors, des solutions. NO MACHINE à trouvé la sienne, à défaut d'une réponse universelle. Plutôt que de larguer leur travail sur un bandcamp, facebook, ou une autre plateforme de self service cheap, le trio a décidé de vendre son premier EP en vinyle, pendant...24 heures. Après, wouallou, nib, the end, c'est fini. Pas mal. Mais attention, l'objet en question était travaillé...Ruban adhésif, travail graphique...Du bel ouvrage, collector à peine mis sur le marché. Bon, Ok, me direz vous, mais c'est qui NO MACHINE? Le nouveau groupe de Trendcore? Un Néo machin avec accoutrement de rigueur et slogans pour adolescents boutonneux?

Que nenni. NO MACHINE est ce qu'on pourrait appeler un side project, de trois bouilles relativement connues. Le trio se compose en effet de membres actuels ou passés de Dillinger Escape Plan, NK et Happy Body Slow Brain, soit pour être plus précis, Billy Rimer, batteur actuel des DEP et membre de NK, Michael Sadis, membre de NK lui aussi, et Isaac Bolivar, ex guitariste du dernier ensemble cité. Séparément, ou partiellement ensemble, ces trois jeunes gens aiment la musique qui fait du boucan, et qui groove. Une fois réunis, quel est donc l'osmose créée, et surtout, vaut elle la peine de s'investir?

Sorti sur Party Smasher, le label DIY du tentaculaire acrobate Ben Weinman, Good News mérite bien son titre. Non que ses textes soient particulièrement emprunts d'optimisme, loin de là, mais la surprise musicale est plutôt bonne, même si l'appellation Chaotic Hardcore demande une fois de plus à être un tant soit peu précisée.

Huit morceaux, vingt minutes, l'affaire est concise, pas de temps à perdre. Et dès "Everything Must Go", les compteurs bloquent à droite, la machine surchauffe, et le moteur rugit dans les tours comme un DILLINGER légèrement plus basique qu'à l'accoutumée. C'est sec, direct, cru, mais loin d'être sommaire. Et si le trio s'amuse à revêtir des oripeaux dignes d'un MANSON début de carrière sur "Figure It Out", c'est uniquement pour lui piquer son groove de cirque, et ça fonctionne plutôt bien. Rythme faussement martial mais réellement chaloupé, riff en tranches, chant hurlé, le tout se grime façon "Disposable Teens" option caves d'ermites ronchons, et c'est très plaisant.

 "Human Being Human" se recentre, oublie les fioritures, et se permet un genre de Blues gras comme un jambon, sur lequel les guitares s'amusent bien. Un peu Stoner/Doom feignant, avec ajout de samples, de choeurs trafiqués, et de montées d'adrénaline véhémentes, le tout s'achevant dans une BO bizarre de film d'espionnage..."Social Ladders" à lui aussi un parfum étrange. Sorte de cabrement faussement Speed sur lequel le groupe semble plier l'échine, ce morceau rappelle autant la scène Noisy Belge que le Nola plein de testostérone. "Fast Lives" simplifie les choses, et se contente d'aligner un peu plus de deux minutes de Darkcore épais comme une Guinness servie il y a une semaine, avec tout de même un jeu de basse mélangeant ronflements et attaques aigues en gouttes d'eau qui tombent du robinet

Cinquante secondes heurtées de "Nobody" plus tard, nous tombons sur un morceau éponyme qui fait feu de tout bois. Batterie en rupture qui multiplie les plans, guitare qui circule dans les bouches d'aérations sans vraiment trouver le bon courant ascendant, basse collée sur une ou deux notes, et chant qui transpire la hargne. Refrain posé à la UNSANE, et tout repart d'une façon chaotique.

Sur quoi se finit on?

Sur "Kick Us When We're Down", le morceau le plus long du lot, qui détonne lui aussi dans le paysage. Mais quel paysage puisque finalement chaque portion à sa coloration propre? Bonne question...Mid tempo appuyé, riff saccadé et redondant, basse qui appuie chaque coup de grosse caisse, silences à peine brisés par quelques notes et quelques mots susurrés...et leitmotiv répété à l'envi. Et finalement, la grosse caisse finit le travail seule, à peine soutenue par la charleston. Et...fin.

Ok, on peut envisager ça sous l'angle de la récréation, c'est tout à fait valide. Mais le genre de récréation où tous les coups sont permis sur une durée très limitée. Et alors à partir de là, tout le monde s'en donne à coeur joie...Saloperies balancées à la volée, coups dans les genoux, tirage de tignasse, crachats, insultes...Et on rentre sagement dans la salle...

Alors pour répondre à une question antérieure, oui, le vinyle valait la peine d'être acheté en temps et en heure. Maintenant, vous n'avez plus qu'à le traquer à des prix prohibitifs sur Ebay.

Je vous ai dit que la musique ne DEVAIT PAS devenir un objet de consommation courante. Et puis d'abord, Good News n'a rien d'un truc courant après tout.