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Floating World Records - Hard Mélodique/AOR - UK - 13 Novembre 2015 - 14 titres – 77 minutes 

En Janvier 2015, nous étions tous Charlie, pour des raisons évidentes. En ce mois de novembre, nous le sommes tous encore un peu, d'une façon différente. Mais en dehors de ces considérations humanistes, et sans vouloir vulgariser la chose ou l'utiliser comme gimmick déplacé, en décembre, nous pourrions aussi être Charlie, mais d'une façon plus gaie et musicale. Car cette fin d'année symbolise le retour mais aussi malheureusement le dernier tour de piste d'un des plus ancien groupe anglais qui pourtant est resté dans l'ombre pendant des années, CHARLIE. CHARLIE s'est formé en 1971, sur les cendres de Axe, et a compris dans son line up des pointures comme Steve Gadd ou Jon Anderson, partis pour cause de divergences musicales. Mais le vrai leader de la troupe s'appelait et s'appelle encore aujourd'hui Terry Thomas, chanteur, et compositeur, et lui seul a continué l'aventure jusqu'à aujourd'hui.

Le groupe a eu sa chance, a tourné avec les plus grands, d'Alice COOPER à FLEETWOOD MAC en passant par les KINKS, a fait frissonner le Top 100 du Billboard, mais n'a jamais accroché l'étoile ultime, et n'a jamais obtenu de grand hit. 

Après des débuts légèrement progressifs, mais déjà mélodiques, CHARLIE a opté au début des années 80 pour une américanisation de son approche, se tournant vers l'AOR, sans pour autant faire trembler le business sur ses fondations. Las, et après de nombreux splits, Terry a ranimé son groupe en 2009 pour un album come-back, et aujourd'hui, en cette fin d'année 2015, il a décidé de s'offrir un ultime adieu, et pour ce, n'a pas lésiné sur les moyens. Quatorze titres pour presque une heure et vingt minutes de musique, l'homme a tout donné, mais est ce pour autant que cet au revoir est digne d'une carrière hors norme, s'étalant sur plus de quarante ans? Aurait il du raccrocher les gants bien avant? A l'écoute de ce superbe Elysium, ma réponse est bien évidemment négative. CHARLIE en 2015 est vivant, et le prouve admirablement avec cette musique à cheval entre le Hard Mélodique, l'AOR, le Progressif, et même le Pop Rock pourquoi pas. 

D'ailleurs, pour asseoir ses positions, Terry commence son passage en revue par un morceau typique de l'AOR agressif du début des années 80, en forme de clin d'oeil à ce succès qui s'est toujours refusé à lui. "YouTube Girl" outre ses allusions à ces demoiselles qu'on retrouve sur des chaînes perso sur la célèbre plateforme, aborde le Hard mélodique à tendance Pop avec une mélodie un peu étrange, pas vraiment affirmée, mélange des arrangements synthétiques à une base Hard Rock, et donne dès le départ envie d'en savoir plus. Et tout au long de ces soixante dix sept minutes, vous allez en savoir beaucoup plus. Guitares en arrière plan, voix sobre mais admirablement bien placée, choeurs typique de la MTV generation, tout est là pour replanter un décor qui a été changé depuis longtemps. 

Pour ce dernier signe de la main, Terry a retrouvé ses collègues de la formation d'origine, Julian Colbeck et Martin Smith, et leur envie de jouer une dernière fois cette musique riche et mélodique fait plaisir à entendre. Que le groupe se souvienne des plus grands maîtres du genre d'Outre Atlantique comme TOTO sur le très synthétique "The Ballad Of Kerry Katona", qui emprunte la direction générale d'un Seventh One mâtiné de Pop musclée, ou qu'à l'opposé il laisse rugir des guitares pour un Hard Rock bien saignant célébré par "Make It Real", il est difficile de croire que ces musiciens affichent tous quarante et quelques années de carrière au compteur, tant la musique sonne fraîche et digne de jeunes loups aux dents longues. 

Chacun se décidera pour tel ou tel titre, faisant de "Clutching at Straws" et ses clins d'oeil à MARILLION ou du brûlot purement Rock UK ironique "I Want A Maserati" son morceau de bravoure préféré, reconnaissons que l'ensemble tient largement la route, et suit le cahier des charges à la ligne près, sans jamais perdre de vue son credo d'origine. Jouer une musique sans limites, aussi redevable d'elle même que de l'AOR US des années 80 que de la farouche liberté créatrice de QUEEN. En ayant écouté Elysium en long, en large et en travers, je ne vois rien qui puisse vous empêcher de vous y plonger avec délice, ni sa longueur, ni sa variété qui pourrait parfois passer pour de l'indécision. J'ai moi même des préférences, c'est une évidence, et la délicatesse de "Call Me Dave" m'a vraiment séduit, avec son subtil équilibre entre un TOTO du début des 90's et un MIKE & THE MECHANICS moins introspectif ou Pop que d'habitude. 

La longue suite de plus de huit minutes "Abandon Ship" est aussi selon moi un des hauts faits de l'album, et son intro menée par une basse lourde et compacte suivie par un lâcher de riffs énormes tapissé de claviers denses m'a immédiatement charmé. On se souvient du GENESIS des 70's, qui aurait partagé ses devoirs avec le RUSH le plus précieux, et cette chanson libre comme un navire dérivant sur les flots les pointe du doigt sans les nommer, pour un voyage homérique qui semble vouloir résumer toute la carrière du groupe. 

A carrière longue mouvementée et riche, au revoir luxurieux et sincère. Alors outre le fait d'avoir rempli son dernier LP à ras bord, CHARLIE a fait le tri et n'a retenu que le meilleur, et c'est presque un Best Of qui vous attend si vous achetez Elysium, mais surtout le moyen de redécouvrir une dernière fois un groupe au parcours atypique mais à la passion indiscutable. Et surtout, vous plonger dans un talent énorme, qui adapte la mélodie à bien des formats, sans jamais paraître opportuniste.

Et même si cette dernière aventure se termine sur un chapitre dansant et presque Dance Pop avec "Talking Heads", ne vous laissez pas abuser par votre fidélité envers un Hard Rock qui vous empêcherait peut être d'apprécier cette splendide clôture. MARILLION, RUSH, TOTO, JOHN PARR, HAYWIRE, GENESIS, mais aussi TORONTO ou CITY BOY, telles sont les références de CHARLIE, qui étrangement, était là avant tout le monde. 

Alors, je ne saurais trop vous remercier messieurs de nous quitter sur une note aussi enjouée, en nous laissant l'héritage d'une musique riche et mélodique, et de textes remplis d'ironie, mais je vous avoue que votre Elysium me fait amèrement regretter que vous n'ayez jamais rencontré le succès que vous méritiez. Il est peut être trop tard pour y changer quoi que ce soit, mais en guise de rattrapage, apprécions ce dernier LP pour ce qu'il est, et ça, ce sera déjà une bien belle façon de vous saluer.