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Slipstrick Records - Metal Hardcore - Slovaquie - 19 Octobre 2015 - 11 titres – 37 minutes

Esclaves du système? Oui nous le sommes tous plus ou moins...Même ici en France, pays des droits de l'homme et de la démocratie qui avec sa nouvelle réforme du travail semble vouloir renier son passé et ses acquis sociaux pour nous transformer en gentils esclaves le dos plié par une charge de boulot pas forcément à la hauteur des contreparties versées. Mais nous avons tous été un jour ou l'autre des esclaves d'un système quelconque, qu'il soit professionnel, émotionnel, psychologique, et il est toujours plus facile de le supporter que de se rebeller pour aller chercher notre propre liberté. En Slovaquie, on admet ce postulat, mais on semble vouloir le combattre de l'intérieur via un message de rébellion clair et net et un Hardcore puissant aux forts relents de Metalcore compact. C'est un choix qui semble le bon à l'écoute des onze pistes de ce Slave To The System qui frappe fort d'entrée, via une pochette qui ne fait pas grand cas d'une ambivalence de message. 

L'histoire de ce quintette (Miro Szeman - batterie, Roman Madej - guitare, Jozef Daras – guitare, Fery Sarkozi – basse et Bohus Michalko - chant) n'est abordée que sur ces deux dernières années lorsque le guitariste et le chanteur furent remplacés en 2013, donnant lieu à une des dernières métamorphoses du groupe. Tous les membres viennent de combos locaux relativement connus sur la scène, et il faut avouer qu'ensemble, ils sont parvenus à trouver un joli point d'équilibre entre rage purement Hardcore et puissance Metal, sans pour autant se laisser aller aux sempiternels tics irritants du Metalcore, ni tomber dans la lourdeur stéréotypée et crispante du Downtempo.

Une fois cet équilibre trouvé, le quintette a pu se concentrer sur la composition et l'enregistrement de ce premier album publié par les esthètes de Slipstrick Records, qui montre bien des qualités de ton et de fond, en maniant à la perfection la férocité du Hardcore moderne et en stabilisant une trame rythmique complètement Metal. En tâtant de la première partie de groupes établis comme SDI, SEPULTURA ou DECAPITATED, WASTAGE a forgé son caractère et rodé son répertoire pour le livrer d'une façon très crue sur ce premier LP qui bénéficie d'une production maousse qui donne un écho incroyable à la section rythmique sans oublier d'épaissir les guitares à l'extrême. 

Pas de tergiversations, le groupe est là pour éveiller les consciences via une musique directe et à l'impact immédiat. Les morceaux sont taillés pour la scène, mais fonctionnent remarquablement bien en studio, à tel point qu'en écoutant cet album, on pourrait presque ressentir les vibrations d'une captation live qui se déroulerait dans la pièce même ou vous êtes assis. Et si les Slovaques revendiquent des influences classiques, comme MACHINE HEAD, BIOHAZARD, MESHUGGAH ou SEPULTURA, il faut bien avouer qu'ils n'ont pas choisi ces noms au hasard et qu'ils symbolisent en un sens une osmose entre toutes ces références, mais d'un point de vue externe.

Les riffs sont épais, mais savent se montrer efficaces et convaincants, et pour être honnête, je ne saurais mettre en avant un instrumentiste plutôt qu'un autre tant tous sont au point dans leur rôle respectif. On pense pas mal au SEPULTURA des dernières années, particulièrement dans les charges les plus rudes comme ce terrassant "You Can't Stop" qui se permet même une bonne grosse claque Thrash en son centre, sans occulter pour autant ces breaks durant lesquels la grosse caisse et le staccato des guitares écrasent à l'unisson. 

Pas vraiment d'originalité dans cette approche, mais beaucoup d'efficacité. Tous les morceaux font montre d'une énergie farouche, et annihilent toute résistance sans se départir d'un instinct légèrement mélodique ("Right Now").

Le chant de Bohus Michalko pourra parfois sembler un peu monocorde et forcé, mais il est en parfaite adéquation avec l'instrumental développé par ses comparses. Avec des morceaux qui restent constamment dans la norme des trois minutes et des poussières, Slave To The System va droit au but, et cogne, fonce, écrase les tympans et secoue les consciences un peu endormies, et adopte les manières sauvages de la bande à Kisser en les amalgamant dans un Hardcore métallisé précis et rythmique, calibré comme un riff de MESHUGGAH et groovy comme un phrasé de Robb Flynn. 

Si le mid tempo est roi, les accélérations ne sont pas pour autant laissées de côté et surtout, jamais gratuites comme le démontre avec fougue l'oppressant et crûment violent "Slave To The System", morceau phare de ce premier effort qui se pose en épitomé parfait du Hardcore métallique moderne, et qui lâche même un solo purement Thrash en guise de slogan de révolte.

Niveau brûlots, vous avez le choix, puisque tous les morceaux possèdent un thème fort et une base solide. Ainsi "No Way Out" se rappelle avec flair les rythmiques Thrash des années 80, et les intègre à un contexte purement Néo Thrash des 90's, scène scandinave en tête avec une fois de plus des occurrences rythmiques flirtant avec le MESHUGGAH le plus concis. Les refrains sont taillés pour le live et doivent faire un malheur dans ce contexte ("Game", "Nobody"), et de temps à autres, WASTAGE joue la différence avec des morceaux un peu moins prévisible et plus décalés ("Ham-Let" qui rappelle vraiment quelques sacrés outsiders des années 80/90 avec son duo basse batterie un peu roublard sur les bords et son riff qui semble piqué à ANNIHILATOR ou OVERKILL). 

En gros, WASTAGE a beau apparaître sur son artwork les poings liés, il est évident qu'il ne se laisse pas enchaîner sans rien dire, et qu'il joue des coudes pour imposer sa vision d'un Hardcore violent et salement trempé dans un bain de plomb Heavy et Thrash. Un sacré mélange étonnant et détonant, qui s'il n'évite pas la redite fait preuve d'une puissance qui broie toute résistance. 

Et une bonne carte à jouer pour un futur qui ne s'annonce ni plus discipliné, ni plus complaisant envers les inégalités.