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Darkwave Records / Sony Music - Alternative Metal - Suisse - 19 Février 2016 - 12 titres – 43 minutes

D'ordinaire les intro sur les albums sont toutes les mêmes, selon le style bien sur. Elles ne servent que de passerelle en douce pour entamer l'écoute d'un album, avant de plonger dans le grand bain. Anecdotique dans le meilleur des cas, pénible dans les pires. "Into The Deep (ouverture)", est l'exception qui confirme la règle. Mélodie de toute beauté, climat envoûtant, cette petite portion de musique que l'on retrouve en entame du premier album des Suisses de BLACK MOUNT RISE est vraiment un cas à part, qui dès le départ accroche l'oreille et donne vraiment envie d'aller plus loin. Et c'est une chose que je voulais vraiment préciser...avant d'aller plus loin justement. 

Avec un nom pareil, BLACK MOUNT RISE joue la méprise et la confusion. Je connaissais bien sur le style de ces nouveaux arrivants avant de me jeter à corps perdu dans l'analyse de leur premier LP, mais pour qui n'aurait aucune information sur le sujet, la chose pourrait évoquer un énième combo de Sludge ou de Doom, en tout cas, une énorme machine a dépression rythmique pachydermique. Et pourtant, vous ne pourriez pas être plus éloigné du sujet en cas de mésentente, car la musique des Suisses, bien qu'agressive, est à cent lieues des préoccupations Heavy des créneaux qu'ils pourraient suggérer. Non, leurs obsessions sont beaucoup plus légères, mais pas moins intéressantes pour autant, car le quartette évolue en terrain miné, celui du Metal alternatif, qui puise autant son inspiration dans le Post Grunge des 90's, que dans le Rock mainstream à délicate touche Hard du début des 00's.

Et dans ce créneau là, leur savoir faire est déjà fort impressionnant. 

Ce groupe originaire de Fribourg en Suisse s'est donc formé au début de l'année 2015 autour de Tobias Schaller (batterie), Alex Jansen (basse), Micki Richter (guitare) et Yannick Schmidt (chant, guitare). Leur désir? Allier au sein de compositions solides la force de riffs bien Heavy et la délicatesse de mélodies éthérées, équilibre Ô combien délicat à trouver et qu'ils ont pourtant réussi à obtenir, et ce, dès leur premier effort. Evidemment, tout ceci semblera bien classique aux oreilles des plus aventureux d'entre vous, mais Curtains Falling saura s'adresser aux plus exigeants des mélomanes, ceux qui recherchent la sensibilité et l'efficacité plutôt que l'originalité.

La recette est simple en soi. Ecrire de bonnes chansons à la racine Pop, et les interpréter avec une énergie totalement Rock, tirant même sur le Hard Rock alternatif US des années 90/2000. Et BLACK MOUNT RISE  fait montre d'un art indéniable dans ce domaine, puisque les douze morceaux de ce premier LP sont tous attachants dans une certaine mesure, certains même beaucoup plus que d'autres. A titre d'exemple, j'avoue avoir complètement craqué sur le titre éponyme, entonné en duo et proposant une belle dualité vocale féminine/masculine, qui transcende une composition aux harmonies subtiles et délicieuses. Le quatuor partage d'ailleurs à l'occasion le studio avec Anette Olzon, qui avait accepté il y a quelques années le gros défi de remplacer Tarja au sein de NIGHTWISH, et dont le timbre de voix semble beaucoup plus adapté à ce genre d'ambiance qu'à la grandiloquence emphatique des Finlandais. Un peu irlandaise sur les bords avec une légère touche Scandinave, cette ballade douce amère vraiment séduisante nous montre une sensibilité énorme autant qu'un professionnalisme impressionnant. 

Mais les Suisses sont très forts à ce petit jeu, et d'ailleurs, BLACK MOUNT RISE m'a plus d'une fois rappelé les intonations d'un de leurs contemporains, MAXWELL, dont le Tabula Rasa m'avait sacrément enthousiasmé à l'époque. Même tendance à renforcer la puissance de riffs sombres par des mélodies appuyées, même volonté de composer des chansons qui s'adressent à tout le monde, même dextérité instrumentale, et même parties vocales aussi décoiffantes que sensibles. Mais aussi une tendance à utiliser l'acoustique pour varier les climats, comme on la retrouve sur un morceau tel que "Lucid Dream", qui nous évoque tout autant NICKELBACK que...MAXXWELL justement. 

Vous aurez donc droit à une démonstration toute en nuances pendant quarante trois minutes, qui vous emmènera du single explosif "I Stand Alone" jusqu'au conclusif "It All Comes Down To This" qui se pose en parfait contrepoint. Le premier profite d'un mid tempo très dansant et discoïde pour lâcher ses guitares les plus rugissantes, le tout au service d'un refrain énorme, alors que le final propose une superbe power ballad aux choeurs très travaillés et aux harmonies douces mais sans pour autant oublier l'ampleur et le dynamisme en cours de route. Entre les deux, de bonnes choses, de très bonnes mêmes, qui jouent la diversité et l'éclectisme tout en restant fidèles à un principe de narration musicale.

Les Suisses partagent leur temps entre intimisme sentimental ("Down That Road Again") et déclarations d'intentions Post Grunge ("Gone Adrift"), qui pourraient faire un tabac dans les classements si ceux ci n'étaient pas obnubilés par le RN'B et le Rap de pré ados. 

Une basse gironde qui coule doucement le long de l'échine rythmique agile comme un serpent ("Someplace Else", sorte de mélange entre les SOUL ASYLUM et STONE TEMPLE PILOTS, avec en prime un solo purement Heavy Metal torride), un Heavy presque symphonique dans l'esprit, mais très réaliste dans les faits ("On Darkest Waves"), et quelques syncopes symptomatiques de l'école alternative US des années 2000 ("A Tedious Farewell") bouclent la boucle et font de ce premier album une réussite quasi totale en termes de morceaux forts et suffisamment variés pour séduire le plus grand nombre, sans tomber dans le consensuel aseptisé. 

Avec Curtains Fall, les Suisses de BLACK MOUNT RISE vous font oublier que leur nom aurait pu les prédestiner à devenir les futurs ténors du Sludge, et vous offrent sur un écrin douze compositions qui ne supportent ni le remplissage, ni la facilité mélodique. 

Force et douceur, harmonie et fureur, le rideau n'est pas prêt de tomber sur la scène pour ce quatuor aussi efficace que précieux. Une pièce de premier choix en douze actes, qui si elle repose sur une écriture classique, nous présente des acteurs au sommet de leur art et de leurs capacités.