a3381705989_10

Howling Invocations - Vintage Progressive Metal - UK - 1er Avril 2016 - 3 titres – 19 minutes

Lorsqu’on parle de Metal progressif moderne, on pense DREAM THEATER évidemment, PORCUPINE TREE, Steven Wilson, CYNIC, MASTODON, PERIPHERY ou même pourquoi pas OBSCURA. Des groupes ayant repris à leur compte les recettes de l’école de Canterburry des années 70, les méandres rythmiques schizophréniques de KING CRIMSON pour les adapter à un contexte de Metal moderne. On oublie un peu trop souvent que quelques groupes ont tenté l’aventure de l’hybridation technique/agression avant eux, en sachant garder précieusement leur identité Hard Rock sans la dénaturer. Des ensembles comme HEIR APPARENT bien sûr, FATES WARNING dans une moindre mesure, mais aussi d’autres, depuis longtemps presque oubliés, enterrés dans les limbes du Hard Rock passé, mais qui pourtant méritent une place au champ d’honneur pour leur combat mené.

Et à l’écoute de ce premier EP des Anglais de VULTURIC EYE, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir une petite pensée pour eux…

 

Souvenez-vous, l’orée des années 80. Un groupe du Kansas complètement atypique et hors du temps travaillait des ambiances Southern Rock qu’il développait de façon évolutive au sein d’un cadre purement Hard Rock. Leur leader, Mark Shelton et sa voix nasillarde était un personnage à part, et son timbre très particulier donnait un charme indéniable à cette musique terriblement étrange, qu’on retrouvait à son pic de créativité sur des albums comme Crystal Logic ou Open The Gates. MANILLA ROAD ? Vous remettez ? 

Alors gardez ça bien en mémoire. Et reprenez leurs ingrédients les plus fondamentaux, ajoutez-y la préciosité et la liberté harmonique de HEIR APPARENT, et le lyrisme mélodique flamboyant des premiers QUEENSRYCHE, The Warning en tête de liste. En vous concentrant un peu, vous pourrez anticiper les trois pistes que l’on retrouve aujourd’hui sur Vulture Manifesto de VULTURIC EYE, trio énigmatique et anonyme qui n’a en aucun cas oublié les leçons inculquées par les trois ensembles utilisés comme exemple. Cet EP est une véritable surprise, et une très bonne surprise même. A l’heure ou le Metal progressif s’est standardisé (les écoles sont cloisonnées, et le son, les compositions et les arrangements sont les mêmes d’un groupe à l’autre, il suffit d’écouter un Neal Morse et un Steven Wilson pour s’en convaincre), VULTURIC EYE se distingue clairement de la masse en allant puiser son inspiration ailleurs, et signe de fait un des meilleurs EP du genre depuis très longtemps. 

Vulture Manifesto est effectivement bien plus flamboyant et envoutant que quatre-vingt-dix pour cent de la production actuelle. Leur approche purement analogique (je me suis délecté de ce son de batterie terriblement brut et mat), et leurs compositions délicieusement nostalgiques m’ont ramené au milieu des 80’s, lorsque ce Hard Rock qu’on n’appelait pas encore « progressif » à l’époque se souvenait qu’avant d’être progressif, il devait être Hard avant tout, ni Métal ni autre chose, juste Hard Rock. 

Tout est presque parfait sur ce premier EP. Le côté épique des compositions, qui n’étalent pas gratuitement des plans interminables et démonstratifs, le niveau technique des instrumentistes, mais surtout, le son. Même les mp3 semblent avoir réussi à garder l’essence analogique des vinyles d’antan, les basses sont rondes et sinueuses, la guitare délicatement distordue, et la batterie évidemment, qui laisse à chacun de ses éléments son emprunte personnelle sans tout uniformiser pour avoir « le gros son ».

La production est ample, les fréquences ne sont pas compressées à outrance, et pour un peu, on pourrait presque voir l’aiguille du saphir glisser sur les sillons.

Evidemment, un album, ce sont des chansons. Et les trois que l’on retrouve ici possèdent ce lyrisme depuis longtemps oublié, qui explose le long de plans qui s’enchaînent dans une parfaite logique et ne font pas durer inutilement les débats.

 

Donc, MANILLA ROAD, HEIR APPARENT et QUEENSRYCHE, mais aussi un peu du vieux MAIDEN, et aussi de groupes plus obscurs, comme les PSYCHOTIC WALTZ ou les anciens de LUCIFER’S FRIEND, le tout joué avec une patte qui doit plus à l’expérimentation libre des USA qu’à la rigueur Anglaise. 

Vingt minutes, c’est assez peu, tout passe comme dans un rêve éveillé, et une fois l’aventure finie, on regrette sincèrement que la chute arrive aussi prématurément. On attend avec impatience le premier LP de ces trois anonymes qui préfèrent laisser parler la musique, mais qui donnent quelques pistes pour appréhender leur concept. Ils sont semble-il tous issus de groupes plus ou moins connus, mais les connaître nommément n’a aucune importance en soi. Leur musique en a par contre, et je ne saurais que trop vous conseiller de vous jeter sur ce premier EP qui rompt enfin avec la monotonie fatigante du Metal progressif moderne qui se complait dans ses gargarismes irritants de redondance. 

Un sacré pari remporté haut la main, par l’entremise d’une très grande musicalité et d’un sens de la composition noble qui ne rechigne pas à aller chercher son inspiration là où plus personne ne met les pieds depuis longtemps. Et si vous ne trouvez pas en « Legacy Of Failure » de fortes réminiscences de Graceful Inheritance, alors c’est que vous êtes soit trop jeune, soit trop sourd ou étourdi.

Merci messieurs pour ce voyage dans le temps aussi humble qu’il n’est fascinant. Vous prouvez ainsi que certains musiciens n’ont pas la mémoire courte, et préfèrent l’authentique au systématique abrutissant et complaisant.