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Broken Limbs Recordings - Doom/Death - USA - 29 Avril 2016 - 3 titres – 13 minutes

Le Doom, c’est un peu comme le Grind, une grande famille qui partage les repas comme les chambres à coucher improvisées.

Et qui parfois, se porte au secours, répond aux appels à l’aide, toujours prompte à filer un coup de main ou à épauler. Mais les deux mondes, aussi opposés que proches musicalement, connaissent une interaction à postériori assez intéressante. 

Tiens, par exemple. Qu’a fait Lee Dorian en quittant ND ? Il a monté CATHEDRAL, LE groupe de Doom revival des 90’s. Mick Harris a lui fondé SCORN, pas franchement plus rapide, et Broadrick s’est fendu d’un GODFLESH tout aussi perturbé par la lourdeur et la répétition. Une grande famille je vous disais…

Alors qui dit famille, dit réunion. Pas pour couper la dinde ou plier les gaules après une partie de pêche, non, plutôt sur le même support, histoire de partager les responsabilités et les faces. Un nouvel exemple à donner peut être ? Avec plaisir. Le nouveau split des Américains de FISTER et TEETH.

 

Publié sur le décidemment finaud et inspiré label Broken Limbs, ce trois titres est d’une implacable puissance, en valeur simple et ajoutée, tant ses deux intervenants sont des monstres dans leur domaine respectif. Le terme de « monstre » étant employé à dessein, je vous prierais de le prendre au premier et second degré. D’un côté, un trio de St Louis, Missouri. Productif en diable, avec pas moins de dix réalisations en six ans, FISTER malgré un nom à faire coucher une féministe dehors, est parvenu à se faire un nom sur la scène Doom US par l’intermédiaire d’albums toujours aussi ténébreux, mais pas statiques pour autant. 

De l’autre côté, guère plus éclairé, le duo/quatuor TEETH, à la tête d’un unique mais terrible album, Unremittence, disponible gratuitement sur leur Bandcamp. Avec une option plus volontiers ouverte au Death et au Black, les Californiens se veulent plus concis, mais pas moins bruyants pour autant, loin s’en faut. 

Les deux, une fois réunis, nous offrent une vision très personnelle de la lourdeur, de la profondeur, de la puissance et de l’agression, et s’il est bien sûr possible de parler de Doom en les évoquant, leur musique va bien plus loin qu’un sempiternel assemblage d’accords plombés plaqués sur une rythmique inamovible. Si tel avait été le cas, je ne serais pas là à vous en parler, et j’aurais gaiement passé mon tour. Si les FISTER sont une entité bien concrète et principale, n’oublions pas que TEETH n’est qu’un side-project à la base, celui de Justin Moore et Erol Ulug, membres de WAGESLAVE, groupe de Grind ayant accouché d’un EP éponyme en 2010 et un single en 2012. Quand je vous disais que le Doom et le Grind n’étaient qu’une grande famille…

 

Mais bon, pour en revenir à notre split, qui dit Doom, dit longues complaintes souvent interminables, et si le format est d’évidence divisé en deux à la base, ça n’empêche nullement les groupes impliqués de se répandre sur de longues minutes.

 

Mais l’exception confirmant la règle, sur ces trois morceaux, aucun n’a l’outrecuidance de s’étirer à loisir, puisque seule l’intervention de FISTER dépasse les cinq minutes. Celle-ci est d’ailleurs à l’image de ce que le trio nous propose depuis une dizaine d’années, dans une mouture bien plus concentrée que son dernier LP, IV, qui ne proposait qu’une seule piste de quarante-quatre minutes. « We All Die Tonight », et son titre tout en joie, étale les qualités intrinsèques d’un combo qui a choisi de pimenter son Doom d’une grosse dose de Heavy mélodique, un peu dans l’optique du PARADISE LOST de Gothic, avec toutefois une emphase sur la puissance bien plus prononcée. Guitares en litanies, harmonies s’échappant en circonvolutions, chant hurlé mais à dimension humaine, c’est un classique du genre, mais qui fonctionne parfaitement avec son évolution nuancée. 

Les deux morceaux de TEETH sont bien évidemment éminemment plus costauds et s’adonnent à la pénombre d’un Death/Doom extrêmement blackisé. Rythmique qui déboule en blasts furieux, et puis la lourdeur s’impose comme prévu, sans toutefois éclipser de fréquentes crises d’épilepsie. A l’écoute de « Lament Of The Spineless », il est très difficile de parler de Doom à proprement dit, le style n’étant qu’une composante parmi tant d’autres, mais plutôt d’un Death très compact et pesant, qui lacère régulièrement son tempo de fulgurances inattendues. « To Lay Upon Blistered Thorns » rappelle même le fabuleux Transcendence Into The Peripheral de DISENBOWELMENT, dans une version toutefois moins glauque et étouffée, mais tout aussi malsaine et dense. Un peu GRAVE ou SOLSTICE sur les bords, le groupe Californien transcende justement les genres pour ne jamais rester statique, et tient plus au final d’un Death vraiment lourd et glauque que d’un Doom trop prévisible. 

Mais on ne peut nier l’affiliation indirecte ou pas. Toujours est-il que ce Split, bien que bref et très symptomatique du travail habituel des deux groupes s’y confrontant, est d’un intérêt indéniable, ne serait-ce que pour le survol qu’il propose des possibilités respectives de FISTER et TEETH. Si vous n’aviez pas encore eu le courage de vous plonger dans la discographie de ces deux orchestres du désespoir, voilà une belle occasion de faire le point avant d’aller plus en profondeur.

Et puis, Doom, Death, Black…Le principal étant d’exprimer une douleur sourde, peu importe le médium n’est-ce pas ?