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Punk Hardcore - Croatie - 16 Mars 2016 - 12 titres – 20 minutes

C’est vrai que les gosses de nos jours sont des crétins. Ils sont pourris par la technologie, et passent leur temps les yeux rivés sur leur smartphone à publier des photos débiles sur Instagram, ou à stalker les profils Facebook de leurs potes. Du trolling à échelle humaine, pas grand-chose de productif. Alors que. Alors que quoi ? Alors qu’ils pourraient prendre un skate, aller éclater des boîtes aux lettres à la batte de baseball, arpenter les rues en insultant les vieux, ou même mieux.

En faisant la révolution.

Mais ils sont trop amorphes pour faire ça.

 

L’apathie ne semble pas être une donnée prise en compte en Croatie. La preuve ? Le premier album du quatuor SICK CRAP (Ted Twink – batterie, Smen – basse, Mika – guitare et MD – chant) qui en plus d’être salement véloce, retrouve la fraîcheur du bon gros Hardcore tendance Fast des 90’s, avec en plus une petite pointe de nostalgie 80’s tout à fait délicieuse et anarchique.

Mais quelle est donc cette sale merde dont ils veulent nous parler ? Eux qui se revendiquent de tous les « bâtards de la vieille école Hardcore » doivent certainement parler de cette société dans laquelle la jeunesse est complètement à la ramasse, sans but, sans envie, sans objectifs. Alors, ils comptent bien les revitaliser via une poignée de morceaux sans concessions, qui ne connaissent aucun moment de faiblesse et cavalent le long des trottoirs comme une bande de boutonneux en rogne. La colère, c’est une tradition chez eux, et ce Wasted Kids célèbre la collaboration avec une autre valeur sure de Pula, Croatie, les immanquables PASMATERS, venus donner un coup de main discret mais efficace.

 

On connaissait le « Six Pack » des BLACK FLAG, les WASTED YOUTH, JERRY’S KIDS, et en fait, les SICK CRAP pourraient sur ce premier effort synthétiser ces trois références à eux-seuls. S’il est vrai que le Hardcore moderne les obsède autant que les résumés de Télé 7 Jours hypnotisent Henry Rollins, ils n’en ont pas pour autant négligée une production tout à fait contemporaine qui rend leur musique encore plus explosive qu’elle ne l’est à la base.

Car les SICK CRAP ne mentent pas. Ils jouent tout à fond, balancent des riffs hyper accrocheurs, tendance Fast mais absolument Rock N’Punk, sur fond de rythmique qui ne décélère jamais, et de chant délicieusement anarchique, sec, net, sans chichis. Soyons un peu définitif, les Croates sur Wasted Kids ont retrouvé l’esprit de Boston et de L.A en à peine une douzaine de morceaux, et ça, ça fait un bien fou. Certes, leurs titres se ressemblent tous, partent parfois à la lisière d’un D-beat pas assez gras et foutraque pour être scandinave, mais sont parvenus à trouver l’équilibre entre leurs racines de l’Est et le terreau initial US.

Alors ça donne une douzaine d’hymnes définitifs, qui abusent du BLACK FLAG/MINOR THREAT vintage pour lui donner un bon coup de fouet, tout en lorgnant quand même du côté du Fastcore vraiment riche et dense. A dire vrai, et sans tomber dans le Thrashcore, les quatre potes arrivent à être aussi intense et fun que les MUNICIPAL WASTE tout en restant rivés à leurs prises de positions Core, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Certes, ils abusent de soli très approximatifs, mais la rage qui émane de ce premier LP est si intense qu’on ne se pose pas de question inutile, d’autant plus que la production (assurée par Jule, déjà en charge de BOLESNO GRINJE ou ANTI OTPAD, aux studios Grobnica) est d’enfer et met tout le monde en avant dans un très bel équilibre dynamique qu’on rencontre peu sur ce genre d’effort.

Pas de « gros son » à proprement parler, plutôt âpre mais aux fréquences très travaillées (quel son de basse nom de Dieu…) qui offre aux guitares une patine vintage agréable et à la batterie l’impact mat dont elle a besoin.

 

Au-delà de ces considérations, ça mule pendant vingt minutes, ça ne ralentit jamais, comme un bon gros LP de D-beat Suédois du meilleur cru, sauf que ça garde le cap sur un Rock N’Roll sincère, un peu comme si les SNFU et AGNOSTIC FRONT se taillaient le split discrètement dans une vieille cave. Et comme en plus, les saligauds savent bosser des refrains qui filent la niaque (« Our Regan Has Boobs »), et qu’ils ne rechignent pas à tremper les mains dans la merde Speedcore (« Crowd Surfing »), le résultat est à l’image de « Skate Song pt 2 », direct, sans fioritures, mais suffisamment intelligent et nerveux pour être pris au sérieux. Ils nous réservent même une jolie surprise, « Where Are We », featuring Shadow MC (Branko Sjena, hip-hoper local fameux au timbre grave et rauque), qui s’amuse à mixer le Hardcore le plus cru au Rap le plus tendu, dans un ballet ANTHRAX/PUBLIC ENEMY beaucoup moins rigolard mais infiniment plus violent.

Allez soyons ferme.

Les SICK CRAP viennent de sortir le meilleur album de Hardcore trad’ de ce premier trimestre 2016, sans chercher les oignons dans la soupe, mais en construisant des compos à l’échine solide et aux motifs limpides. Ça joue vite mais bien, ça soigne le teint et ça passe clairement trop vite…Entre le Core des années 80 et le Fast des nineties, ils ont trouvé la corde sur laquelle marcher et ils sont à l’aise dans leurs baskets. Si la simplicité et l’efficacité vous manquent, jetez-vous sur ce Wasted Kids, qui justement risque de les secouer salement.

Mais tant mieux, comme ça, ils lâcheront peut-être enfin leur foutu téléphone.

Et puis de toute façon, qui a envie de les voir se faire chier au McDo ?

Pas moi.