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Hardcore Powerviolence - USA - 27 Mars 2016 - 9 titres – 8 minutes

Je vis dans la campagne profonde. Je ne connais personne mis à part ma famille, il n’y a pas de voisin direct (mis à part en été, mais je déteste l’été), je ne m’aventure que très rarement à la ville voisine, et je partage mon temps entre ces chroniques que j’espère vous prenez plaisir à lire, et des ballades dans les bois. On pourrait dire, sans avoir peur d’en faire trop, que j’ai une vie de reclus. Et vous savez quoi ?

J’en suis très satisfait, parce que ça me permet de me concentrer sur l’essentiel. La musique, que j’écoute, et que je vous fais partager via ma prose.

Et celle-ci, cet après-midi, est consacrée à un groupe qui a très bien compris mon état d’esprit.

Son nom ?

RECLUSE. 

Vous me direz, « ça tombe vraiment super bien vu ton accroche ». Oui, c’est vrai, mais pourtant, je vous assure que la corrélation est valable, malgré la coïncidence. Sauf qu’à la campagne, seul le silence a droit de résidence. Mais sur cet EP des Américains, c’est plutôt l’inverse. Disons alors qu’ils vocifèrent dans leur coin…

Quel coin ? La Louisiane, la Nouvelle Orléans. Enfin vous voyez quoi, la nature, le bayou…Pas de quoi en faire tout un foin et pourtant ils en font. Peu d’infos à leur sujet, mais neuf morceaux à disséquer. Ce qui va relativement vite puisqu’ils n’excèdent jamais la minute. Ils parlent de Grind, de Powerviolence, mais à dire vrai, mis à part quelques saines accélérations bien rageuses, le ton est plutôt Core, tirant parfois sur un Crust assez léger, malgré un son global très épais.

 

Parlons peu mais parlons bien, il faut dire qu’en moins de dix minutes, le temps est compté. Alors disons que d’une façon générale ça joue en rangs serrés, que la basse est salement plombée (« Rat Piss »), et que lorsque le quatuor (Chant - Ryan Ashmore, Guitare - Trey Porche, Basse - Tony Mastascuso et Batterie - Jason Meserole) empèse encore plus le col de sa chemise, il louche vers un Death Crust de la fin des années 80 (« Soul Decay »), et qu’il ne lésine d’ailleurs pas sur l’amidon qu’il déverse à intervalles réguliers (« Green Smoke », qui commence comme un pamphlet Hardcore classique avant de s’écrouler dans une gravité pesante).  Le son, très concentré et étouffé rappelle un peu les productions lointaines de DOOM ou des boogeymen de BENEDICTION (« Quarantine », pourtant pas très loin du Downbeat parfois). 

En gros, RECLUSE sonne comme un bon gros groupe Core Anglais transposé dans la réalité crue du NOLA Américain. Avec des thématiques chères à nos amis rebelles de la perfide Albion, mais adaptées au folkcore du Sud des Etats-Unis, cet EP est en quelque sorte un pont reliant la saine révolte Anglaise des années 80/90 à la rébellion rurale des USA des années 2000. Loin d’être inintéressants ou anecdotiques, ces neufs morceaux appellent un supplément rapide qu’on espère sous la forme d’un LP complet, qui pourrait nous prouver que le quatuor a des choses à proposer en matière de crossover violent mais fertile. La production actuelle étant si dense qu’il est indispensable pour un groupe d’avoir une identité affirmée, et celle de Recluse, le EP, l’est sans conteste. Des guitares qui hésitent entre les envolées British et NYHC, et les plombages dignes d’un Sludgecore bien boueux, un chant qui adopte le même point de vue, et une rythmique qui elle s’adapte aux deux autres, c’est du bon boulot, sombre et rapide, lapidaire et plombé. 

Finalement, je suis assez heureux de vivre comme je le fais. Certes, de temps à autres, la parole vient à me manquer, comme le dialogue, mais d’autres le font bien mieux que moi.

Les RECLUSE par exemple, qui ne gueulent pas pour ne rien dire. 

Et c’est très bien comme ça.