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Autoproduction / Itawak - Powerviolence - France - 4 Février 2016 - 4 titres – 22 minutes

Voici encore un groupe qui se cantonne à l’essentiel. Une ville, un style, un nom. Alors allons-y, dans l’ordre. Strasbourg, Powerviolence/Fast Sludge, LMDA.

Avec ça on est bien avancés…

Un mail, une demande, et puis un lien vers un EP assez étrange, et les questions ne trouvent pas plus de réponses, mais par contre, elles trouvent du son. Un son sourd, bizarre, énorme, diffus, qui effectivement renvoie à l’un des éléments mentionnés plus tôt, le style. Powerviolence, ça, pas de soucis, on connaît. Mais le « Fast Sludge » est déjà un club plus restreint, fréquenté par des gens un peu plus décalés, et surtout, plus difficiles à trouver. Le Fast Doom, je connaissais déjà un peu, mais ces quatre Strasbourgeois m’ont surpris par leur mélange détonant d’influences qui finalement, répond assez bien à leurs critères, quoique dans un ordre assez aléatoire.

 

Que ce soit sur leur Bandcamp ou leur page Facebook, les LMDA ne sont pas très diserts. Un line-up une fois de plus réduit aux initiales d’usage, un label qui s’occupe de la version vinyle de cet EP, et rien de plus, mis à part quelques photos live.

Alors, il va encore falloir se débrouiller tout seul.

Le Powerviolence en France commence à trouver un écho favorable dans le cœur et les amplis des bruitistes locaux. Jusqu’ici le privilège et le monopole étaient plutôt réservés aux USA, à l’Amérique du Sud, aux pays de l’Est, mais heureusement, notre beau pays se réveille enfin, et essaie de combler son retard. Avec seulement quatre titres, dont un pavé de plus d’un quart d’heure, les LMDA et leur EP éponyme font un pas dans la bonne direction.

Encore faudrait-il que leur démarche soit claire.

 

Mais elle ne l’est pas, et c’est bien ce qui m’a séduit chez eux. Pas vraiment Powerviolence, pas vraiment Sludge, mais pas entre les deux non plus, les quatre musiciens sont en quelque sorte une poussière d’étoile perdue dans une galaxie sombre qui évolue en satellite autour des deux planètes, ne sachant laquelle choisir pour l’inonder de ses fréquences. Si les deux morceaux centraux sont assez clairs dans leur développement, l’ouverture et la fermeture de ce premier effort sont beaucoup plus complexes à cerner. « Between Wolfs & Dogs » a rudement bien mérité son titre. Après une très longue intro moulée dans un riff monocorde à la limite du Drone, une énorme basse grondante entre en jeu pour gonfler les graves, et soudain les percussions tonnent dans le lointain…La litanie s’étend sur plus d’une minute avant que la voix ne démarre les vraies hostilités, à base de Powerviolence rude et âpre, dont la rythmique semble s’essouffler régulièrement…Pour mieux nous tromper et nous entraîner sur un terrain miné et chaotique. Car le morceau se partage entre ruades sans pitié et plombages pilonnés avec haine, se divisant de fait entre la vitesse et la crudité, et la pesanteur d’un Heavy vraiment enragé. Powerviolence, Sludge ?

Les deux. 

« Salted Ground » et « Harvest » choisissent plus clairement leur angle, et ne sont que véhémence, même si ce dernier se permet un final lourd comme une chape de plomb. Les options semblent se resserrer mais…Mais c’est bien sûr sans compter sur la clôture « Done In The Nothingness » et son fameux quart d’heure pas forcément inspiré d’Andy Warhol…Arpèges en son clair, un peu 50’s dans les tonalités et l’écho, arrangements menaçants en arrière-plan, tout ça sent l’arnaque à plein nez, un peu comme une jolie madone gironde et souriante à l’entrée d’un coupe-gorge…Et puis le riff Indie retentit, comme un Thurston Moore en pleine crise de foi, et puis à nouveau, la fuite en avant, violence blanche, tapie, qui resurgit comme un passé qu’on traîne comme un boulet…

On se doute bien que sur un quart d’heure, le groupe ne va pas tenir le rythme, et ils l’abandonnent assez vite d’ailleurs, pour plonger dans les abymes d’un Doom vraiment poisseux, qui n’hésite pas à aller chercher son inspiration dans les heures les plus sombres du genre. 

Mais ce Doom là est à part…D’ailleurs, en est-ce vraiment ? Rythmique aux abonnés absents, chant clair distordu et planqué dans le mix, ce sont en fait presque dix minutes de soliloque qui vous attendent, à peine remuées par un riff bitonal, avant que la batterie ne revienne de son exil pour chatouiller les toms et les cymbales…Montée en puissance, pour un final qu’on pressent en apothéose et puis…rien. Juste un feedback qui traîne, comme une porte de sortie ouverte en douce par laquelle le groupe se faufile sans rien dire, en lâchant en pied de nez quelques accords synthétiques Jazz.

Point final. 

Quel étrange EP que celui des LMDA… 

Alors certes, Powerviolence indéniablement, Sludge par moments, mais bien plus que ça. Pas forcément un nouveau style en soi, mais une nouvelle façon de voir les choses et d’appréhender la violence et la lourdeur et…le bruit. Pas Noise pour autant, les Strasbourgeois en emploient les codes pour mieux les détourner, et flirtent avec l’absolu. 

Une musique d’écorchés pour des oreilles décharnées. Là où le silence et l’assourdissement luttent pour une place vacante à la table de la dissonance.