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Lion’s Pride Music - Melodic Rock / AOR - Grèce - 6 Mai 2016 - 10 titres – 40 minutes

On se moque toujours gentiment des groupes d’AOR. Généralement ils ont droit à l’indifférence dans le meilleur des cas, un gentil mépris dans la moyenne, ou une condescendance crasse dans les pires. Soupe, mélasse, guimauve, Rock pour filles fragiles, les qualificatifs ne manquent pas, et ce depuis des décennies. Le problème est toujours le même. 

Trop radio friendly (alors même que ces radios ne passent plus leur musique depuis la fin des années 80), trop maniéré, trop dominé par les claviers et les mélodies prononcées « à l’Américaine », les sempiternels griefs formulés depuis l’explosion commerciale de JOURNEY, REO SPEEDWAGON, BOSTON ou SURVIVOR. Mais moi, j’ai toujours fait ce que je voulais, sans tenir compte de l’avis général ou du qu’en dira on. Et moi l’AOR, j’aime, j’adore, depuis plus de trente ans, pour toutes les fausses raisons énoncées au-dessus. Et pour d’autres aussi.

 

Parce que les meilleurs groupes du style trouvent toujours des harmonies à tomber, parce que les musiciens sont des cadors qui cachent bien leur jeu, parce que…Parce que c’est une musique qui me donne le sourire et l’envie d’aller de l’avant. Alors lorsque ce matin, je suis tombé sur le quatrième album studio des WILD ROSES, je m’en suis réjouis d’avance, au vu de la bonne réputation de ce groupe. 

Bonne réputation qui ne sera certainement pas entachée par ce quatrième effort qui pourrait bien être leur meilleur.

 

WILD ROSES, c’est un concept Rock/AOR né en Grèce il y a une dizaine d’années, lorsque la situation nationale n’était pas aussi catastrophique qu’aujourd’hui. Déjà responsable de trois sorties de qualité égale, le sextette (Andy Rock (guitare, chœurs, claviers), George Bitzios (chant), Dirty Haris (claviers), John Bitzios (guitare, chœurs), Dimos Thomaidis (batterie), et Panos Barkoutsos (basse)), qui a connu quelques ajustements ces derniers temps vient donc de sortir ce qui pourrait symboliser la synthèse parfaite de l’AOR US tel que nous le connaissons sous son meilleur jour depuis la fin des années 70.

D’ailleurs, 4, qui emprunte son code nominal au meilleur LP de FOREIGNER pourrait en remontrer aux plus grands défenseurs du style tant ses chansons exhalent l’air pur des meilleurs mélodies du genre. C’est simple, et ceci peut se poser en postulat définitif énoncé à mi-parcours, il caresse tellement la perfection qu’il finit par l’épouser dans un mariage étincelant de riffs chromés et de lignes vocales d’une étonnante pureté. Oui, la perfection, et pourtant, l’AOR est exigeant, très. Mais les Grecs ne sont pas à un exploit près. 

Imaginez d’ailleurs tout ce que vous chérissez le plus dans cette musique. Concentrez toutes ses qualités dans un même album, et vous obtiendrez les dix morceaux de 4, qui s’il bénéficie d’une exposition à la hauteur de ses atours pourrait devenir une référence à l’avenir, un genre de mètre étalon auquel toutes les futures productions seront comparées. Un melting-pot d’excellence, voilà ce qu’il est. La puissance de JOURNEY, le raffinement de BOSTON, les harmonies magiques de KING KOBRA ou HAYWIRE, la versatilité de BITE THE BULLET, pour un ballet ininterrompu de hits qui s’enchaînent sans se répéter ou faiblir.

Le genre d’album dont une analyse poussée en track-by-track ne saurait déceler la moindre imperfection, même après des heures de dissection, et en faisant preuve d’une mauvaise foi assumée.

 

Alors, les Grecs passent tout en revue, tout en gardant l’œil fermement fixé sur le Hard Rock mélodique. Pas question de tomber dans la soupe noyée par trop de claviers, même si ces derniers sont omniprésents. C’est bien la guitare, la rythmique et la voix qui dominent les débats, comme le démontrent de petits joyaux comme « Hot Wired » qui aurait de quoi rendre fous de jalousie les CHEAP TRICK, ou encore cette ouverture euphorisante qu’est « Desperate Heart ». Ecoutez donc cette intro en duo riff/nappe de claviers, et dès les premières secondes, vous comprendrez de quoi je veux parler. Son ample et clair, puissance maîtrisée mais pas bridée, et surtout, une mélodie, de celles qu’on n’oublie pas et qui laisse le cœur en émoi. Dès le départ, on pense à une version Américanisée des HAREM SCAREM, ce qui n’est pas le moindre des compliments, mais il faut dire que la voix sublime de George Bitzios se rapproche beaucoup des inflexions profondes et pleines de feeling de Harry Hess.

 

Le talent individuel est d’ailleurs un fait indéniable qui transforme le groupe en machine de guerre AOR implacable, qui a su retrouver l’esprit du genre tel qu’il était pensé dans les années 80, pour l’adapter à 2016, avec une flamboyance pourtant très humble. Chaque note est à sa place, et chaque envolée sonne juste. C’est bien le bilan qu’il faut tirer de 4 qui ne se prive justement pas de le faire avec les meilleures cartouches du groupe depuis ses débuts.

« Love Can Change You », par exemple et parmi tant d’autres en est une illustration idoine, avec ses harmonies vocales sublimes soulignées de chœurs fédérateurs. Il faut dire que WILD ROSES a expurgé le genre de ses tics les plus irritants et « faciles », même s’il cède aux sirènes de l’inévitable ballade avec « Save The Night ». Mais même en ce cas précis, la beauté de la mélodie est telle qu’on se prend au jeu… 

D’ailleurs, le groupe s’arrête là, et même si certaines interventions sont parfois nuancées d’une Pop discrète, comme sur « Broken Hearted », ce choix est aussitôt contrebalancé par un morceau haut en énergie tel que « Waiting For You » et ses envolées de guitare lyrique. 4 caresse mais sait aussi montrer les dents, à l’image de la scène scandinave qui elle aussi est devenue une sacrée référence. L’AOR Grec est respectueux, mais trouve un équilibre magique entre synthé typique et guitare qui pique, et peut se reposer sur des arrangements vocaux séduisants, qui dynamisent chaque titre de leur entremêlement enjôleur.  

Inutile en fin de compte de passer trop de pommade, puisque de toute façon 4 est ce qu’il est, et tous les véritables passionnés s’y retrouveront quoiqu’il arrive. 

Je terminerai avec une formule à l’emporte-pièce que j’affectionne tant. Les WILD ROSES ont enregistré avec 4 le meilleur album de Rock mélodique/AOR des années 80 qui ne soit pas sorti dans les années 80. 

Point.