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Les Gars Du Label - Multi Grind Gore Fusion - Belgique - 30 Mars 2016 - 15 titres – 36 minutes

Ça commence par une intro technoïde absolument insupportable. Et puis on enchaîne sur le fameux cocktail de Benoit Poelvoorde, avec son olive, son petit morceau de sucre, sa ficelle et ses os poreux. Et comme à chaque fois, Remy n’écoute pas. Et ça l’agace. D’autant plus que pour une fois, Ben est soutenu par des alliés de poids qui font un barouf d’enfer pour soutenir ses propos. 

De quoi définitivement filer un coup fatal au palpitant de cette pauvre petite vieille sur son canapé. Mais c’est quoi le deal là ?

Je vous raconte encore le film ? Non, le deal est simple, vous présenter et parler un peu du dernier LP en date d’une grosse bande d’allumés, qui visiblement passent leur temps entre la Belgique et Paris. Et qui comme Ben, ne sont pas nés de la dernière pluie.

Ni des larmes du plat pays qui est le leur d’ailleurs.

 

Comme l’explique leur bio, et comme leur nom à délicieuse connotation flamande le suggère, OERJGRINDER était à l’origine un simple projet Grind de plus, formé en 2003 par Jorge (Chant, concept) et Arnaud (Batterie, compositions et chœurs), qui a vite dévié de sa trajectoire. Et à l’écoute de leurs derniers méfaits, je ne saurais cacher mon approbation quant à ce revirement qui aujourd’hui nous permet de tendre l’oreille sur ce Jungle Bones Juggle qui est définitivement une affaire tout aussi légère que sérieuse.

 

De Grind, il est question ici, mais pas tant que ça après tout, malgré le passé. Aujourd’hui, OERJGRINDER est devenu une entité étrange, qui s’amuse beaucoup à mélanger les genres et les courants pour les amalgamer. Mais pas question pour eux de rester en circuit fermé. Ils auraient certes pu se contenter de fricoter avec le Gore, le Crust, le Hardcore et le Powerviolence, mais non, ils sont allés chercher leur inspiration en terre inconnue, et ne se gênent pas pour incorporer des éléments de Techno, de Disco, de Funk, de Ragga, de Reggae, de Pop…Ça vous dit quelque chose ? 

CARNIVAL IN COAL ?

 

Oui, la référence est bonne. Mais méfiez-vous. Si les deux groupes partagent le goût de la provocation musicale en forme de métissage extrême, ils ont toutefois une approche radicalement différente. Mais à la rigueur, il est possible de mettre en parallèle leur sens du spectacle et de la mise en scène, via l’utilisation de samples, de points de détails très précis, et surtout, d’un agencement très libre des inspirations. Sauf que lorsque les CIC savent rester « humains », les OERJGRINDER n’en ont clairement rien à foutre, et font des bruits de bêtes en rut à la saison des amours. Qui ne dure pas toujours, contrairement à ce qu’on croit.  

Tout ça est évidemment éminemment ardu à décrire formellement. Selon l’humeur du moment, nous naviguons dans des univers diamétralement opposés, passant du tube Cyber Gore Grind Ragga imparable « Porous Bones », au Funk Technoïde Hardcore Metal de « Torture Turntables » sans avoir vraiment de point de repère. Evoquant autant la science bruitiste épaisse et pas du tout exacte de DEFECATION, que le sens aigu de l’hybridation improbable des IONCEWRESTLEDABEAR, les Belges s’amusent à nous faire tourner en bourrique, nous calmant à intervalles pas réguliers par des interludes grotesques (« Interlude », c’est donc dit clairement pour une fois), pour mieux nous assommer d’un mélange entre MORTICIAN, SENSER et les WAILERS sous acide (« Flyance »). 

De temps à autres, les olibrius avouent leur penchant sévère pour un Death Grind salement entaché de giclées électroniques, comme si les ATARI TEENAGE RIOT remixaient les REVENGE avec deux ou trois rails dans le nez (« Confined »), ou avouent leur passion pour une version bestiale d’APHEX TWIN parti en colo avec les AVULSED (« Humankind Disorder »). Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne semblent pas aller bien du tout. Incapables de se fixer sur un ton, les Belges nous manipulent, et parviennent presque à nous faire croire qu’ils font n’importe quoi. Sauf que ça n’est évidemment pas du tout le cas, puisque leurs morceaux répondent quand même à une certaine logique. 

Tordue, mais logique quand même.

 

Ils donnent aussi des conseils salaces et étranges, toujours sur fond de Techno à rendre un fan de tuning complètement maboule (« Cum On My Discotec », un genre de BILE en plus bruyant et teigneux), et terminent sans se donner la peine de chercher des titres à leurs morceaux, (« Bonus 1 », Gabba, Techno, Gore, Metal, « Bonus 2 » plus foncièrement Core, mais toujours aussi bordélique et dramatique). 

Bon, voilà.

 

Je pourrais écrire encore quelques lignes en glosant, en extrapolant, en utilisant des métaphores de plus en plus tirées par les cheveux ou en alignant quelques calembours de bon ton mais à quoi bon ? Jungle Bones Juggle est un truc qui s’écoute, de préférence à fond quand on veut faire chier les voisins, ou en covoiturage quand un clampin commence à vous raconteur sa vie. C’est un peu Grind, pas mal Gore, assez Techno, un peu Ragga, Funky sur quelques secondes, Pop parfois, et si ça ressemble à un joyeux foutoir, c’est plus organisé que ce qu’on peut croire. 

Comme dirait ma mère, « Fume, c’est du Belge ». Et si les Flamandes dansent sans rien dire au dimanche sonnant, les OERJGRINDER risquent de les faire tourner en bourrique dans les disco-mobiles de la région. Avant bien sûr de plonger leur corps inanimé en prenant soin de les lester correctement.

Deux ou trois fois le poids, selon l’âge.