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Concreto Records - Crust/D-beat - Mexique - 15 Janvier 2015 - 13 titres – 31 minutes

La déferlante Crust/D-beat/Grind continue d’inonder le monde de l’underground, à tel point que les grottes qui abritent les barbares se vautrant dans l’ultraviolence instrumentale ressemblent maintenant à des parcs d’attractions aquatiques, sans bouées. Oui, sinon, tout serait moins drôle et nous pourrions maintenir notre tête hors de l’eau, ce qui n’est pas le but. On le sait, ces styles musicaux ont des origines géographiques de prédilection. Le Crust et le D-beat aiment la rigueur et le froid des pays Nordiques, tandis que le Grind se partage entre l’Est et l’Ouest, les combos Russes, Polonais, Croates, et Américains se déchirant pour revendiquer une hégémonie qu’on commence à croire incontestable. 

Mais occulter l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud serait une très grave erreur. Je vous ai déjà donné par le passé une kyrielle d’exemples probants, et j’en rajoute ce matin un autre à la liste qui commence à prendre des airs de bottin du boucan organisé.

 

Cette fois-ci, direction le Mexique pour avoir notre dose de brutal, et en guise d’amuse-gueule, le premier LP de ce trio de Gómez Palacio, qui ne fait ni dans la dentelle, ni dans la sauce tomate pour accompagner les tacos. Au départ, A LOST HUMANITY était un one man band, vite devenu un trio, et c’est sous cette forme que nous le retrouvons aujourd’hui, pour parler d’un album paru il y a plus d’un an, mais qui mérite encore largement le détour. Pas de révolution a chapeau et moustache à l’horizon, juste une petite demi-heure salement entachée de Crust, de Grind et de Powerviolence, que vous passerez en compagnie d’Irvingrind (Guitare, chant), Berna Solorzano (Batterie), et Horacio Valenzuela (Basse, chant).

 

Cette demi-heure va passer très vite, je préfère vous prévenir. Le trio a privilégié comme tout bon combo extrême qui se respecte le format court, et il est très rare qu’une piste dépasse les trois minutes. En parlant de piste, la plus évidente à suivre serait celle des légendaires NASUM, avec qui le trio Mexicain partage bien des points communs, bien que certains morceaux plus Heavy et gras que la moyenne leur permettent de se démarquer de leur illustre modèle. On pourrait évidemment aussi, dans les moments les plus impétueux parler de THE KILL, mais le groupe préfère citer d’autres références, comme PHOBIA, MAGRUDERGRIND, NAILS, mais aussi les MISFITS, sans qu’on sache vraiment pourquoi…. 

Néanmoins, ce qu’il faut retenir de cet effort longue durée, c’est cette folie contagieuse qui domine des morceaux accumulant un nombre impressionnant de plans, de cassures de rythme, d’envolées vocales en duo schizophrénique, et une franchise des riffs tout à fait respectable. Certes, on connaît l’approche, et on l’apprécie, mais il faut reconnaître que les A LOST HUMANITY n’hésitent pas à exagérer leurs attaques pour les rendre encore plus percutantes, et c’est sans doute ce qui m’a fait penser aux THE KILL au prime abord. Outre un son gigantesque qui met l’emphase sur la puissance phénoménale des arrangements, j’ai été complètement bluffé par ce partage de micro qui dynamise d’une façon diabolique des titres aux structures somme toute assez classiques. Et si l’on arrive à occulter le son abominable de la double grosse caisse qui fait vraiment mal aux tympans analogiques, on frise le sans faute total pour un LP euphorique et exubérant.

 

Niveau lyrics, même si le groupe chante en espagnol natal, à quelques exceptions près, les thématiques sont assez faciles à dégager. La société, l’injustice, la corruption, le pouvoir qui asservit les populations, en gros, les centres d’intérêt génériques de tout groupe Crust/Grind qui se respecte et refuse les débordements Gore. 

Pas grand-chose d’autre à signaler. Après tout, lorsqu’un album est parfait dans son créneau, il est inutile de gloser pendant des heures, et il suffit juste de vous dire sans ambages que si vous êtes passés à côté d’Extinción de Toda una Civilización à l’époque de sa sortie, il est toujours temps de vous rattraper, comme je l’ai fait. Sinon l’erreur se transformera en boulette, impardonnable cette fois-ci. 

Quant à savoir si ce LP symbolisera la fin d’une civilisation, je dirais qu’au jugé et sans trop extrapoler, il pourra au moins vous débarrasser de voisins un peu trop chiants.  

Mais on n’écoute pas du Crust et du Grind pour se faire des potes dans l’immeuble après tout.