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More Hate productions / Satanath Records - Brutal Death Doom - Turquie - 15 Juin 2016 - 9 titres – 42 minutes

Quand il y en a pour trois, il y en a pour deux. 

Et quand il y en a pour deux, il y en a encore plus pour un. 

C’est sans doute ce qu’a dû se dire Batu Çetin lorsqu’il a décidé de se débrouiller tout seul à Ankara, dans sa Turquie natale.

Après tout, et écoute de l’album en question, il n’a pas eu tort. Il n’a besoin de personne pour jouer la musique qu’il affectionne, et je dirais même qu’il est mieux seul que mal accompagné pour rendre hommage aux musiciens du passé qu’il a tant aimés.

 

Pas de bio particulière à fournir à propos de son entité GROTESQUE CEREMONIUM, mis à part préciser que sa création remonte à 2014, et qu’il a déjà sorti un EP au début de la même année, Blasphemous Goat Observance, qui jetait en pâture les bases de sa philosophie en quelques titres bien sentis. Quelle est-elle ?

Un amour inconditionnel du Death putride des origines, mais aussi du Doom. Ses influences sont manifestes et évidentes au bout de quelques secondes, AUTOPSY évidemment, mais aussi INCANTATION et WINTER, dans leurs versions les plus basiques et sauvages. En partant de là, il est je pense assez facile d’imaginer l’ambiance qui baigne ce premier longue durée qui en effet, ne laisse pas planer très longtemps le suspens. Oui, Demonic Inquisition est très Death, avec une énorme touche Doom très pressante, et non, les variations à tout-va n’y ont pas droit de cité. 

Cet album qui est un concept, se plonge dans les heures les plus sombres du moyen-âge, et plus particulièrement comme son titre l’indique, l’Inquisition et ses diverses tortures et massacres. Voilà une période de l’histoire qui sied à merveille à la musique composée par Batu, et qui tisse le fil rouge qui traverse toutes les compositions.

Evidemment, avec un tel choix de style, l’album semblera sans doute assez monolithique à ceux d’entre vous qui privilégient la théorie de l’évolution, mais dans son entreprise d’hommage aux grands anciens, GROTESQUE CEREMONIUM vient de frapper un grand coup.

 

Il est pourtant ardu de se mesurer à des albums comme Severed Survival, Onward To Golgotha ou Into Darkness. Je parle d’expérience, puisque en tant que chroniqueur j’ai connu bien des groupes qui ont cherché à reproduire la recette magique du Death à tendance Doom fatal et qui se sont planté dans les grandes fosses communes. Et sans pour autant égaler la magie noire émanant de ces pierres de rosettes maléfiques, Batu tire son épingle du jeu, et parvient à nous entraîner dans son délire, sans trop en faire. L’approche est sensiblement la même que celle des alchimistes des late 80’s, de longues contemplations Death écrasantes, soudain déchirées par des accélérations foudroyantes, des riffs tendus et sombres, une monotonie de surface, et bien évidemment un chant qui va racler sa gorge pour en tirer les sons les plus inhumains. Rien de bien original dans la démarche, mais elle est appliquée avec soin, et se veut parfois tellement extrême qu’elle se rapproche des délires les plus abyssaux d’ENCOFFINATION, sans toutefois se mesurer à la lenteur/lourdeur/oppression de ces derniers. 

En tout cas, si la volonté de l’auteur était de reproduire la violence et l’abomination sous couvert de religion des fameux « questionnaires » de l’Inquisition, son pari est remporté haut la main. On s’imagine sans peine à l’écoute de ces neuf morceaux enfermés dans une salle voutée d’un donjon de château fort, entouré de divers objets de torture censés nous arracher une vérité connue d’avance. Batu ne laisse jamais retomber la pression, et partage son agression entre plans lourds comme un prêtre qui sermonne le tison à la main, et passages en double grosse caisse qui concasse les oreilles comme la masse fracassait les os à l’époque. 

Le cheminement est logique comme une séance d’aveux aux dés pipés, et si les morceaux de l’un à l’autre ne présentent pas grandes différences, ils sont tous aussi efficaces, caverneux, véhéments et oppressants. Cette linéarité voulue pourra en rebuter certains, qui ne jurent que par la superposition de plans cinglants et innovants, mais les vrais amateurs de Death en putréfaction sauront reconnaitre la patte des vrais passionnés, dont notre homme du jour fait sans conteste partie.

 

Sans vraiment s’imposer comme une nouvelle référence du genre, Demonic Inquisition fait son job avec motivation et abnégation, et même si certaines idées semblent se répéter d’une chanson à une autre, l’ensemble dégage une force moite assez impressionnante, amplifiée d’ailleurs par une des productions les plus compactes que j’ai pu entendre. Pas vraiment de morceau à mettre en avant en particulier, l’ensemble a été pensé comme tel, à vous de piocher dans le répertoire l’épisode le plus Doom ou Death, bien que tous le soit à des degrés élevés. 

Tout se termine par un dernier hommage alors même que ce premier album les enchaine sans s’en cacher, et offre une reprise du « Profanation » d’INCANTATION, qu’on trouvait il y a vingt-trois ans sur leur séminal Onward To Golgotha, dans une version très fidèle à l’originale, bien que beaucoup plus resserrée au niveau du son. Du travail de pro, accompli sans l’aide de personne. Voici ce que je vois en ce premier longue durée du projet Turc GROTESQUE CEREMONIUM, qui accumule les références à un passé glorieux sans tomber dans le plagiat pour autant.

Rien de neuf à proposer dans le créneau Dark Death, mais des idées qui auraient pu voir le jour au début des années 90, sans que personne ne trouve ça anachronique. 

Et finalement, quand il y en a pour un, il y en a pour des milliers. C’est un peu la logique qu’on peut dégager de la rencontre avec ce musicien discipliné.