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Six Weeks Records - Pain Rock - USA - 15 Janvier 2016 - 6 titres – 22 minutes

« Le groupe s’est gorgé de tout ce qui pouvait passer à sa portée. De l’obscur Hard Rock des 70’s au Hardcore halluciné le plus extrême, il régurgite toutes ses influences sur son premier véritable LP, Motherf**ker » 

Sympa comme spectre musical élargi, mais on nous a déjà fait le coup les gars. Les mecs se pointent en faisant les malins, genre on mélange un peu tout et n’importe quoi pour avoir l’air imbuvable, mais en fin de compte, le breuvage à un arrière-goût de déjà avalé. Alors vous pouvez y aller, second degré, etc…On y croit quand on écoute et rien de plus ou de moins.

Alors, oui, on écoute. Et dans ce cas très précis, on se rend compte que les gus ne nous ont pas forcément pris pour des crêpes. Ou alors au Nutella, c’est plus sympa.

 

BACKSLIDER, c’est une affaire de bruit qui nous vient de Philadelphie. Sans savoir s’ils en ont arpenté les rues, on sait au moins que Logan (guitare/chant), Patrick (batterie) et Jake (basse) ont mis leur temps à profit pour nous inonder de sorties format 7’’, split, et autres démos, dont l’initiale Skull-Fracturing Fastcore, en 2009 je crois. Depuis, pas mal de chemin parcouru, et de l’ordre mis dans les affaires. Il leur aura fallu quelques années pour pousser l’effort un peu plus loin et tenter le 12’’, mais le voilà, flambant neuf en version vinyle chez Six Weeks Records, et pas moins fier en digital sur leur Bandcamp.

Une simple histoire de bruit ?

Loin de là…Du bruit certes, mais organisé, et fertile. Dans un créneau qui reste encore à définir à ce jour.

 

On parle de Powerviolence, et c’est un terme générique qui facilite les choses, mais ne les rend pas plus claires. Oui, le trio est violent, parfois très rapide, mais leur musique est bien plus qu’un lapidaire règlement de compte des harmonies perdues. Et surtout – Ô ironie – elle colle à merveille à la description qu’ils en font sur leur page Facebook. Aussi difficile à croire, les trois potes ont effectivement ingurgité des courants opposés, pour en proposer une version/amalgame très personnelle, qui s’abreuve de la lourdeur du Sludge, du Hard Rock psyché d’il y a quarante ans, du Stoner halluciné, mais aussi du Fastcore de leurs débuts, et d’une petite pointe de Grind qui rend le tout encore plus velu. 

Six morceaux seulement, mais de l’homogénéité, de l’allant, de la puissance et pas d’espace vacant. Si la tonalité principale est pesante et étouffante, les fréquentes montées de fièvre permettent de bouger sans risquer les crampes. Sur ces six morceaux, cinq sont courts ou de durée honnête, et la clôture se permet de déborder un peu sur le programme suivant en lâchant les huit minutes. Mais pas d’inquiétude, il ne s’agit pas là d’un bourrage de crâne/de vinyle histoire d’atteindre un timing raisonnable pour le format.

Car « Motherfucker », le morceau, est sans doute le plus symptomatique de leur démarche, mais aussi le plus riche.

 

Ils se laissent guider par leur appétit, et bouffent tout. Le Sludge poisseux, le Stoner fumeux, les accélérations foudroyantes Grind qui en collent un coup dans le godet, les énervements Powerviolence qui foutent le bordel au maximum, mais ils peuvent se le permettre, puisqu’ils agencent ça de façon épidermique, mais logique. Bizarre non ? Et puis, quel son…Une basse épaisse qui rend autant hommage à Geezer qu’à Dan Lilker, une guitare qui a dû oublier les médiums en route, et une batterie massive qui concasse, traîne un peu la patte, mais cogne, et laisse les sons mourir dans la pièce avant qu’ils ne trouvent un quelconque écho. Quelques riffs venus d’un passé très lointain, et en définitive, un genre de Space Sludge un peu violence, qui nous laisse hagards, mais rigolards. 

Le reste est plus bref mais pas plus clair pour autant…Ils nous racontent des histoires de sexe en prison, de mecs qui parlent à des cendres, de colle, et de machins amers avalés, sans qu’on veuille vraiment en savoir plus. Tout ça peut revêtir bien des formes, réduites comme ce « Sex In Prison » absolument improbable qui tombe dans le Grind le plus touffu après avoir installé un gros riff vintage, et qui en une minute et quarante-deux secondes revisite la violence moderne en la mâtinant de lourdeur ancienne. Il n’y a pas beaucoup de monde capable de concentrer tant d’univers sur un laps de temps aussi réduit.

Eux, si.

 

Même constat avec le plus long « I Talk To Ashes », même si on ne sait pas bien si la conversation se déroule avec une grand-mère défunte dans une urne ou les restes d’un bûcher Powerviolence qui a ardemment brulé…Une distorsion énorme sur la basse, des pics de colère Grind incontrôlables, et aussi pas mal de Sludge maladif, pas du genre southern, plutôt urbain et vraiment nauséabond. Mais…Qu’on pourrait presque prendre pour du gros Hard Rock bluesy crade des seventies. Bizarre, mais pas dérangeant pour autant. Quelques breaks hallucinés, et toujours cette voix caverneuse à outrance qui supervise le travail d’un triptyque basse/guitare/batterie vraiment en osmose. 

Et puis d’autres trucs, à découvrir vous-même, je ne vais pas vous couper le steak non plus avec un couteau à dents…

 

Si vous voulez une formule qui résume tout facilement, sachez qu’ils appellent ça du Pain Rock. Et que c’est assez bien vu comme appellation, suffit d’écouter le salement psychédélique « Swollen and Sore » pour réaliser que le Noisy Post Rock et le Powerviolence pourraient facilement passer pour des cousins éloignés. Mais non, pas de consanguinité là-dedans, ni de je-m’en-foutisme. Juste une manière de vous traiter d’enculés avec les formes et le sourire.