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Crust As Fuck Records - AnarchoCrust Darkcore - Espagne - 15 Juin 2016 - 5 titres – 19 minutes

« DERROTA se sépare. Nous avons joué ensemble pendant des années, voyagé, rencontré un tas de gens. Deux tournées Européennes, une au Mexique, et des tonnes de concerts en Espagne. Cinq albums, deux EP, et beaucoup d’expériences, nous voulons donc remercier tous les gens qui nous ont soutenus et aidés…et nous espérons que ce dernier disque vous plaira, même si nous ne le jouerons jamais en concert…Alors écoutez le à plein volume !!! » 

C’est cette déclaration assez triste que l’on trouve en post épinglé sur la page Facebook des Espagnols de DERROTA. Triste, comme toute fin d’aventure. Mais c’est ainsi, et la vie continue. Au moins auront-ils la satisfaction du travail bien fait. Et celle – Ô combien précieuse – d’être toujours restés honnêtes envers leur public et leur identité.

 

Il est toujours très délicat de chroniquer l’œuvre d’un groupe qui n’existe plus dans les faits au moment de la rédaction. Une review étant destinée à des fins promotionnelles, bizarre de partir au charbon pour parler (en bien) d’un EP que ses concepteurs ne défendront jamais live. Mais après tout, ça peut aussi être l’occasion de graver une belle épitaphe, surtout pour un trio du calibre de DERROTA.

 

Carrière débutée en 2003, et comme le dit la notice nécrologique qu’ils ont eux-mêmes rédigée, cinq longue-durée et deux Extended Play, des centaines de concerts et quelques tournées. Une existence musicale bien pleine, et dédiée au Hardcore le plus furieux, à mi-chemin entre le Darkcore très lourd et sombre et le Crust vraiment violent et âpre. Si vous connaissez déjà Nuno (guitare & chant), Oscar (batterie) et Huevo (basse et chœurs), rien ne vous surprendra dans les sillons de ce Laberinto/Perdido qui respecte leur logique. On y trouve toujours cette animosité envers toute forme de mélodie franche, ce penchant pour les rythmiques pesantes et/ou virevoltantes, et surtout, cet art consommé d’assombrir le Hardcore au point de le rendre méconnaissable.

Car oui, les DERROTA sont Core, évidemment, mais dans le sens plutôt New-yorkais du style…qui lui-même allait piocher ses ténèbres dans l’essence du Metal le plus opaque.

 

Et d’ailleurs, ça n’est pas un hasard si « Fiero », qui débute cet EP entame le dernier virage avec un énorme riff à la BLACK SABBATH. L’aveu est là, patent, et prouve qu’il a toujours fallu envisager le trio ibère comme une extension maladive du Hardcore, un peu dans l’optique d’un CARNIVORE/TYPE O NEGATIVE, avec une sérieuse inclinaison pour un Doom traumatique et vraiment nauséeux. Mais ce riff, qui finit par s’écraser sur une accélération Crust teigneuse, n’est pas le seul élément qui guide sur cette piste. Laberinto/Perdido est truffé d’indices, mais aussi de preuves, et la plus manifeste reste ce long morceau vraiment effrayant, « Poder », qui se pose en jonction entre le Hardcore fétide des UNSANE/FETISH 69, le Doom putride des ST VITUS, et le Black le moins accessible qui sait resté éloigné de ses dépressions. C’est poisseux, noir comme la mort, et lancinant…Une litanie en douleur majeure qui en dit long sur le vécu des musiciens… 

Mais ce même vécu passe aussi par la contestation la plus crue. Car il ne faudrait pas oublier qu’avant toute chose, les DERROTA sont un groupe de Punk dans la plus grande tradition Espagnole qui n’a pas oublié son histoire d’Angleterre.

Mais comptez sur un morceau comme « Naciones Muertas/Laberinto Perdido » pour vous le rappeler, avec son Anarcho-Punk à la CRASS/early NAPALM, son mid tempo écrasant, et son chant qui suinte encore plus de haine envers la société.

Riff simple et sobre, rythmique en mid qui place quelques roulements roublards, et unité/osmose totale avec en bonus quelques breaks cassants qui percutent de plein fouet l’écoute.

 

En guise d’ultime conclusion, nous avons d’ailleurs droit à une dernière saillie Hardcore pur jus, qui propose un des morceaux les plus explosifs du EP, qui n’a même pas besoin de tremper son ire dans le Crust pour faire tomber les dernières barrières. « El Mundo en Suspension » renoue avec cette tradition du Hardcore du Sud, chaud, bouillant même, qui reste collé aux bases et vous colle aux basques de son riff pur et dur et de sa rythmique franche du collier. Deux petites minutes et trois secondes, pour un dernier salut en forme de doigt d’honneur à la société et d’un poing serré aux fans. 

Laberinto/Perdido est certes un testament plutôt court, qui ne nous laisse que vingt minutes pour faire nos adieux. Mais ces minutes sont si intenses et sincères qu’on s’en contente, même si un dernier LP aurait contenté tout le monde. DERROTA a écrit son épilogue comme il avait écrit le prologue et les chapitres de sa carrière, d’une plume assurée et d’un élan Core contestataire.

Mais restez aux aguets, puisque, selon toute vraisemblance, un des trois lascars continue son travail de sape avec une nouvelle combinaison, SOMBRA DE LOBO, qui vient justement de publier son premier pamphlet, Otra Alquimia, au titre assez révélateur… 

L’histoire ne se termine jamais vraiment, elle se répète. Et la colère trouve toujours un nouvel écho. A vous de faire rebondir une dernière fois celui de DERROTA.