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Crust Thrashy Hardcore - Mexique - 12 Avril 2016 - 10 titres – 34 minutes

Après l’Amérique du Sud, voici l’Amérique Centrale. Quand je vous disais qu’au sud du Texas, du Nouveau Mexique et de l’Arizona il se passait des trucs louches MAIS importants. Je vous en donne régulièrement des preuves, et je vais continuer ce matin, direction le Mexique pour une fois de plus faire l’état des lieux d’une scène hispanisante bouillonnante. 

Mexico, Mexique. Un duo d’iconoclastes sans foi ni loi. Deux olibrius instrumentistes et compositeurs plutôt finauds qui depuis quelques années répandent la bonne parole d’une saine violence instrumentale. Un premier LP paru il y a quatre ans (Quebrantahuesos) pour une association née deux ans plus tôt, LOS VIEJOS, c’est un peu la carte postale de rêve de l’underground Mexicain avec ses deux lieutenants à la barre, puisque semble-il, les duos font recette en Amérique centrale.

Alors deux tarés, des masques de vieux, tout ça sent bon le gimmick recyclé, genre INSANE CLOWN POSSE ou SLIPKNOT après des coupes de budget. Mis à part que LOS VIEJOS se situe plus dans le créneau du coup fourré vraiment agité et ne peut se réduire à de simples gadgets visuels.

Et leur musique, je vous l’assure, ne porte pas les stigmates d’une arthrose précoce ni d’une sénilité avancée.

 

Pour ne tromper personne, ils ont adapté le contenant au contenu. Sans déni, ils nous parlent d’une société dans laquelle la peur reste une donnée prédominante, au Mexique ou ailleurs d’ailleurs, que ce soit l’incertitude de lendemains meilleurs ou la simple intégrité physique au quotidien. Cette musique justement, ne se gêne pas pour couvrir un spectre très large d’agression sonore, butinant les fleurs du mal Crust, les ronces Hardcore salement blessantes, et les barbelés Thrash/Thrashcore qui refilent le tétanos. Pas question de resté rivés sur un genre en particulier, puisque la violence est pluriforme en l’état. Alors les deux associés (Leo Padua 'Eustaquio' – batterie et Jordi Alacont 'Jacobo'  - guitare et chant) se servent là où l’essence est la moins chère, et pratiquent le Crossover, avec un certain bonheur je dois l’avouer.

 

Du Crust et du Hardcore, ils ont gardé la liberté de ton, la folie et l’asociabilité. Ils ont emprunté au Thrash et ses dérivés la puissance des guitares, et la solidité des rythmiques qu’ils n’hésitent pas à concasser quand le besoin s’en fait sentir. Musicalement, l’affaire est solide, et les « hits » s’accumulent. Pas vraiment de faiblesse à noter dans ce second LP, tous les titres sont de sérieux prétendants au classement du morceau du mois, tous comme nos deux employés qui s’affirment comme des musiciens de choix.

Pour une fois, dans le domaine encombré du chaotique brûlé, on évite les sempiternelles références à GAZA, TOMBS, TRAP THEM et autres CONVERGE ou NAILS, ce qui vous l’avouerez est assez frais. Non, les influences de nos deux superhéros mexicains du jour sont plutôt à piocher dans le passé, dans le panier de crabes Thrash et les filets Crust, influences qu’ils ont digérées et régurgitées à leur manière, mais avec beaucoup d’application.

 

Dix morceaux, dont neuf plutôt brefs pour une clôture qui frise les dix minutes, c’est assez Core comme structure, mais surtout diablement bien construit. Il est assez ardu de trouver un titre à mettre en avant pour résumer leur parcours du combattant, mais à ce petit jeu, « Homoestupidus » pourrait décrocher la palme. Riff ultra redondant et purement Thrash, rythmique inventive qui multiplie les trouvailles sur les toms, breaks bien sentis, pour un joli panachage de Thrash et de Hardcore. Avancées Crust qui déménagent, pilonnage Thrash, c’est tellement bien fait qu’on les encourage sans qu’ils n’en aient vraiment besoin. 

Mais tout l’album est de ce calibre. Il est de plus doté d’une production énorme, qui fait graviter les basses alors même qu’elles sont quasiment absentes (duo oblige), qui donne du relief à des guitares qui se veulent mordantes ou tranchantes, et qui oblige le chant à avancer à découvert. Les saillies les plus instantanées (« Sociedad Del Miedo ») sont évidemment furieusement Crust, comme une bonne attaque DISCHARGE/DISCIPLES OF CHRIST qui se respecte, mais ce qui étonne le plus dans cette débauche de violence, c’est l’aspect technique qui prédomine et qui nous fait comprendre à quel point nos deux Mexicains sont affûtés musicalement. Ici pas de boucan gratuit, mais un amoncellement de plans travaillés et agencés, qui dynamisent la violence pour la rendre encore plus efficace. 

Car même lorsque nos deux larrons en foire font parler la poudre et l’hystérie, ils n’en oublient pas pour autant de placer quelques idées bien malignes, et accomplissent un énorme travail rythmique, un peu comme si les NOMEANSNO décidaient de se barrer en vrille Crust sans pour autant laisser leur Freecore de côté (« Zona De Confort »).

 

Sociedad Del Miedo se termine donc comme précisé par un machin bizarre de presque dix minutes, qui se pose presque en contrepoint pourtant complémentaire du reste du LP, et qui peut s’appréhender comme un instrumental un peu glauque. Riffs syncopés, rythmique une fois de plus qui refuse la stabilité sans perdre sa solidité, et puis au bout de quelques minutes de ce traitement accrocheur, la musique cède la place à un dialogue samplé qui remplit le reste de la piste. Etrange point final pour un album qui refuse les pointillés, et qui affirme ses positions Thrash, Hardcore et Crust sans tourner autour du pot.

Musical, rythmiquement diabolique, c’est presque un exercice de style qui place au même niveau brutalité, efficacité et inventivité, et qui prouve en tout cas qu’il n’est nul besoin d’être nombreux pour jouer furieux et curieux. 

Alors les vieux, on s’agite ? On ne saura peut-être jamais qui se cache derrière ces masques de vieillards cacochymes et chafouins, mais là n’est pas le plus important. Puisqu’ils sont assez malins pour brouiller les pistes avec leur musique, je ne suis pas certain que connaître leur identité soit vraiment si important. Un concept global pour une défonce maximale, qui n’oublie pas pour autant ses neurones et son solfège au placard.