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Blackened Death - Canada - 20 Juin 2016 - 5 titres – 28 minutes

C’est vrai, j’aime la nuance et les choses amenées progressivement, furtivement. La surprise, le louvoiement, les routes sinueuses. Mais je ne crache pas sur une bonne confrontation en bloc. Sur un choc frontal, qui s’impose de lui-même et qui te prend à la gorge dès les premières secondes. Et dans ce deuxième cas, il vaut mieux que le dit choc soit énorme pour me déstabiliser. Sinon, on tombe dans la demi-mesure, et je déteste ça.

Mais la demi-mesure, les Québécois de DEATHBRINGER ne connaissent pas. Et pour en être convaincu, il suffit de tendre l’oreille sur les premières secondes de leur initial et monumental EP, From Silence Was Born The Sound of Death. 

 

Un peu sortis de nulle part, et formés il y a à peine un an, les DEATHBRINGER ne sont pas vraiment diserts, ni généreux en termes d’éléments informatifs les concernant. Ils disposent pourtant d’un Bandcamp et d’une page Facebook, mais aiment rester dans l’ombre. Tiens, même leur photo promo joue le contre-jour. On les sait en configuration de quintette, mais rien de plus. Pas de bio, aucune trace de leur passé s’il en existe une forme musicale aboutie ou pas, mais le mystère volontaire ou non sied admirablement bien aux cinq morceaux qu’ils nous proposent comme entame de carrière. Les tags les affilient au Black, au Death, et même au Blackened Doom ou Blackened Death, ce qui leur permet de rester vagues et précis en même temps.

Mais en fin de compte, tout est vrai.

Puisque dans leur musique étonnement mature et puissante, on retrouve en effet des éléments de BM très présents, traités comme un Death maladif, le tout supporté par de sévères touches de Crust et de Post Hardcore vraiment intégrées.

 

Cinq morceaux donc pour une carte de visite/coup de boule musical, dont deux atteignent des durées allongées. Une petite demi-heure pour se présenter et laisser une impression forte et durable. C’est ce qui vous attend au programme de ce From Silence Was Born The Sound of Death, qui en outre jouit d’une production énorme et caverneuse, qui prône l’écho et la réverbération comme valeurs majeures. On pourrait d’ailleurs parler de ce son ample et libre, qui a refusé le diktat de la compression, et qui laisse la batterie respirer comme lorsqu’elle était encore sauvage dans les seventies. Qui permet aux guitares de garder leur tranchant d’origine, et qui les aiguise encore plus, laissant les médiums sous contrôle et les graves sous la bride. C’est une production parfaitement adaptée au contenu qui lui, fait parfois froid dans le dos. 

Pour trouver une analogie intéressante, imaginez ce que les TERRA TENEBROSA pourraient produire comme effort s’ils assimilaient la brutalité d’un MAYHEM ou d’un EMPEROR, lorsque ces deux derniers étaient encore en pleine possession de leurs moyens. Mais il est aussi possible de se référer au Sludge lorsqu’on parle de DEATHBRINGER, un Sludge un peu vintage et qui s’abreuve à la source du BM le plus sombre, avant de se laisser écraser par le poids de la douleur et virer au Doom cauchemardesque.

Le tableau vous semble noirci ? 

Ecoutez « Slums Of Slumber », et vous comprendrez assez vite que je n’exagère en rien.

 

La caractéristique principale de ce quintette Canadien, outre son penchant naturel pour la brutalité et les ambiances malsaines, semble être une versatilité de violence qui je l’avoue, laisse assez admiratif. Pour en avoir un exemple très concret, il suffit de se pencher sur le dernier morceau de cet EP, « Bone Weaver », qui en effet prend un sale plaisir déviant à tisser les os de notre compréhension par une variation de ton assez déstabilisante. Tout commence par une lourde intro compacte qui fait la part belle à une basse distordue gigantesque, dérangée par un feedback maîtrisé, avant que les guitares ne rejoignent la litanie dans un unisson gras et redondant. On pense évidemment Sludgecore à ce moment précis, même si le chant écorché garde sous le coude les préceptes Black les plus véhéments.

Le thème se poursuit à bon train, avant que la couleur ne s’assombrisse pour laisser place aux enchaînements chaotiques purement BM, après avoir pris soin de briser la structure en son centre pour digresser avant de repartir de façon encore plus agressive.

La rythmique bloque sur des cassures de caisse claire, et s’emballe enfin pour laisser couler des blasts somme toute assez modérés, mais qui s’insèrent parfaitement au contexte d’un BM vintage qui nous ramène aux sources du genre. 

Variété donc, assimilation de styles différents et complémentaires, telles sont les caractéristiques principales de DEATHBRINGER. Il est d’ailleurs finalement très ardu de les classer dans un courant particulier tant ils s’ingénient à brouiller les pistes tout en gardant un cap farouchement féroce. Ce brouillage de radar est d’ailleurs immédiat, puisque « By The Will of God », l’entame de cet EP joue directement sur plusieurs tableaux, en explosant d’une rage BM avant de sombrer dans les affres d’un Blackened Sludge poisseux et vénéneux. Instrumental massif, voix stridente, section rythmique épaisse mais mobile…La créativité au service de la puissance pour un premier jet qui prend vite des airs de postulat et presque de coup de maître. 

Alors si vous souhaitez un survol de la vilénie underground actuelle, si vous aimez passer par des étapes qui ne vous ménagent pas, From Silence Was Born The Sound of Death est taillé dans un roc noir qui vous comblera parfaitement.

Et si la mort peut se matérialiser autour d’une explosion de douleur, d’une lancinante souffrance sournoise, ou d’un état traumatique progressif, alors il est certain que le son qui émane des pistes de ce premier effort des Canadiens en est l’illustration la plus idoine.