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Thrash Death - Ukraine - 3 Juillet 2016 - 4 titres – 12 minutes

On le sait, l’underground de l’Est est en pleine ébullition depuis quelques années. Et si les groupes Russes, Biélorusses, ou Ukrainiens se partagent entre un Powerviolence très cru, un Grind fort ténu ou un Hardcore bien velu, certaines factions en place semblent se souvenir de la puissance initiale du Thrash, au point de vouloir y apporter leur contribution…de façon plus ou moins efficiente. 

Le Thrash, le Death, des genres originels qui semble-il ont encore beaucoup à proposer. Si la Russie et ses pays voisins/annexés faisaient figure de parents pauvres à l’origine, ils ont en vingt ans gagné en crédibilité, au point de représenter aujourd’hui une faction impressionnante de puissance et de maîtrise. Un exemple nous en est encore donné aujourd’hui avec le premier EP d’un combo Ukrainien qui n’a ni froid aux yeux, ni aux oreilles ni aux doigts ou à la voix.

Les ANABIOS nous viennent donc de  Kiev, capitale de l’Ukraine, ville qui les a vus se regrouper en 2013, et travailler sans relâche depuis. Il semblerait que cet acharnement et cette passion aient fini par payer, puisque cet EP quatre titres vient nous frapper de plein fouet sous le timide soleil de juillet de ses riffs francs et lacérants et de ses rythmiques alambiquées.

 

La recette employée par les ANABIOS est assez simple en soi. S’ils se réclament ouvertement d’un Thrash volubile et agressif, il semblerait que le Death ne leur soit pas totalement inconnu, puisqu’ils marient les deux courants avec un flair et un bonheur certain. On pourrait les situer dans la mouvance d’un INCUBUS, puisque certains morceaux rappellent clairement les séminaux Serpent Temptation et Beyond The Unknown, tout du moins pour cette hybridation de ton et cette véhémence de plans techniques et brutaux qui s’enchainent à bonne vitesse. 

Rien de nouveau sous le pale soleil Ukrainien, mais beaucoup d’envie, de pertinence et de mordant. Les musiciens possèdent un bagage technique conséquent, qu’ils mettent au service de compositions plutôt structurées, bien que directes dans le fond. Ils ont fait le choix de privilégier des compositions courtes mais concises, ce qui rend leur musique encore plus percutante, d’autant plus que dans le court temps imparti, ils parviennent à placer un maximum d’idées sans pour autant nuire à l’efficacité globale. Tout commence par une intro traditionnelle, qui dégénère vite en boucherie Thrash à tendance Death sans pitié. Riffs circulaires qui virevoltent avec maestria, rythmique véloce qui maintient le cap, et voix qui chapeaute le tout de ses intonations un peu âpres, la combinaison est classique, mais appliquée avec un sens de la folie contagieux.

 

ANABIOS, loin de se contenter de jouer la carte du démarquage à peine voilée, se permet de bifurquer entre les genres pour établir le sien avec fermeté. Si la cadence d’abattage est relativement impressionnante, si le chaos pointe plusieurs fois le bout de ses excès, le combo garde un contrôle absolu sur ses interventions, et tient la bride un peu lâche, mais haute. Et si les accès de fureur intense rappellent le Thrash féroce de la fin des 80’s, les nombreux breaks Heavy n’hésitent pas à plonger des soli mélodiques dans un bain de Death fatal en fusion, ce qui confère aux morceaux un potentiel de décalage très intéressant. 

Les quatre segments sont aussi efficaces qu’ils sont malins, et s’écoutent avec grand plaisir, d’autant plus que s’ils partagent une homogénéité flagrante, ils osent tous le petit élément qui va faire la différence.

La production et le mixage effectués par Dmitry Prasolov (REABILITATOR) sont d’une qualité exemplaire, avec un son très sec mais précis, qui s’adapte très bien à la violence tournoyante des compositions. Les guitares sont acérées, la batterie garde un écho raisonnable, et le chant un peu sous mixé n’abuse pas d’une réverb’ discrète qui lui donne encore plus de poids. 

Une belle carte de visite en tout cas que ce Self Demolition, qui porte très mal son nom, puisque les dégâts éventuels seront plutôt à constater au niveau de l’audition des fans potentiels que de l’état du groupe. Qui lui-même est solide, agressif, et parfaitement en équilibre entre Thrash vraiment méchant et Death plutôt prenant. Un joli mélange pour moins d’un quart d’heure de musique, on attend la suite avec impatience, le temps de retrouver nos esprits et de réhabituer nos oreilles au calme d’un été de l’Est qui s’annonce torride.