12891166_1693308757592521_4664185937440338793_o

Lions Pride Music - Classic Hard Rock - USA - 31 Mars 2015 - 10 titres – 41 minutes

L’Amérique a toujours eu une relation particulière avec son propre Rock…Une longue histoire d’amour qui a lié le public à des artistes comme Springsteen, Mellencamp, Seger, et tant d’autres qui ont porté haut l’étendard d’une musique jouée avec le cœur et les tripes, sans esbroufe, mais en suant guitares et eau pour arriver en haut de l’affiche. Mais le côté le plus attachant de ce postulat est le sentiment très fort qui relie le public à tous ces « Bar bands », ces inconnus qui sont attachés à leur ville, qui sillonnent les routes d’état en état, et qui enchantent un public le vendredi soir avec une musique simple, qui parle à tout le monde.

C’est sans doute cette fascination étrange qui a conduit un album comme Cracked Rear View des HOOTIE & THE BLOWFISH à friser les vingt millions d’exemplaires vendus, sans que personne ne soit capable d’expliquer le phénomène…Mais que voulez-vous, il y a des choses qui ne s’expliquent pas. Et nul n’a jamais prétendu qu’une musique devait être précieuse et complexe pour attirer un public de masse. Parfois, le chemin le plus simple est le meilleur.

 

Ainsi, parlons un peu d’un de ces groupes, certainement encore inconnu ici, en France, et qui pourtant cartonne au pays de l’oncle Sam…Un autre « Bar Band », qui distille ses accords Rock avec franchise et sincérité, et qui n’a jamais souhaité jouer autre chose que des chansons agréables et faciles à retenir. Pourtant, l’histoire de KLEAR ne date pas d’hier. Leur premier album, 7500 Miles date de 2002, et leur carrière remonte à l’orée des années 2000…

On retrouve aux postes Fred Shafer (Chant, guitare), Bruce Wojick (Guitare, chœurs), Leo Mcdonald (Basse), Denny Pelczvnski (Batterie et chœurs) et Dan Delano (Orgue, claviers, chœurs), qui se partagent tous entre carrière collégiale et efforts en solo, et Eyes Wide Open sorti l’année dernière est leur quatrième effort commun. Les mecs connaissent leur boulot et arpentent les scènes US depuis des années, alors vous pouvez compter sur eux pour savoir comment incendier une stage et mettre le feu dans le cœur de leur public. 

Ce quatrième longue durée tient une fois de plus toutes ses promesses, sans pour autant vous bercer d’illusions. La musique du quintette est toujours la même, directe, sans fioritures, hors du temps, et aussi influencée par les courants en vogue dans les seventies que par l’approche plus moderne de la production.

Eyes Wide Open frappe juste, sobre, et propose une dizaine de compositions, dont une reprise fameuse dont nous parlerons un peu plus tard. Au menu, des guitares évidemment, instrument noble par excellence, mais aussi des combinaisons de voix efficaces, et une rythmique solide, qui unit l’instrumental de sa frappe nette et rêche.

 

D’ailleurs, le groupe affiche ses louables intentions dès l’entame «Eyes Wide Open », avec sa tonalité délicatement bluesy distillée par des six cordes qui n’ont oublié ni les accords du LYNYRD ni les attaques alternatives des 90’s. Un gros Rock qui prend aux tripes, et qui peut compter sur la transpiration d’un orgue à la Jon Lord, qui s’il reste discret en embuscade, taquine ses touches avec flair et inspiration. La voix de Fred Shafer est toujours aussi chaude et soul, et l’ambiance est plantée en quelques secondes. Un bar, bondé, une petite scène faiblement éclairée, ou une salle de taille moyenne, peu importe l’endroit puisque la sensation est la même.

Rock donc, empiétant largement sur un Hard modéré, c’est la façon d’être de ces Américains-là, et ce qui a marché par le passé fonctionne toujours. Non, on ne triche pas avec l’émotion…

 

« Best Of Me » durcit un peu le ton, se veut plus chaloupé, mais le fond est toujours le même. Basse rampante, riffs qui strient l’atmosphère sans la déchirer, et chant toujours aussi inspiré. « Long Way Down » introduit un peu d’acoustique dans l’électrique, un peu de la façon dont les SOUL ASYLUM jouaient avec la tension, mais les mélodies sont toujours aussi pertinentes, et les soli fricotent avec un Blues Rock en partance…Certains trouveront tout ça bien classique, mais la plupart tomberont sous le charme de ce classicisme qui n’en est pas un finalement, les groupes de la trempe de KLEAR se faisant plutôt rares…

« Restless » propose une pause Pop-Rock bienvenue sur un format court, et taille son refrain dans les harmonies d’un Marc Cohn, alors que « Don’t Know Where I’m Going Yet » joue plus sur du velours et se couche sur un lit d’arpèges cristallins satinés par une grosse basse ronde très policée. 

Je parlais d’une reprise fameuse en préambule, et celle-ci va piocher dans le répertoire du plus Américain des Canadiens, Bryan Adams, pour s’approprier son « Cuts Like A Knife » qui fit les beaux jours des scènes et hits US dans les eighties. Le rendu est très fidèle à l’original, avec cette distorsion rêche et un peu âpre, mais représente plus un serment d’allégeance qu’un pic d’inspiration. Le répertoire original des KLEAR est beaucoup plus intéressant en tant que tel, mais ceci reste à voir comme une récréation sympathique…

 

Difficile pour autant d’extraire un titre au détriment de tous les autres, même si le très syncopé et roublard « Mr. Cracker » fait partie de mes préférés. L’ambiance change et devient plus trouble, le Funk s’invite au banquet Rock, et les musiciens se lâchent un peu en devenant un poil plus durs et caustiques. La fête se termine donc par une poignée de titres live bénéficiant d’un son très direct, ce qui achève de conférer à ce quatrième album une ambiance très vivante, nous permettant de nous projeter dans l’univers si « humain » du quintette. 

Aucune révolution à attendre d’un album comme Eyes Wide Open. Juste un Rock mélodique, qui trouve ses points d’ancrage dans l’héritage musical de son pays, qui y puise son inspiration, et qui procure à ses fans des sensations vraies et pures. Un Rock du peuple, joué par des musiciens aguerris qui sont comme vous et moi, et qui aiment avant tout le partage, et pas le tape à l’œil. C’est aussi ça l’Amérique. Une nation qui parfois oublie le gigantisme et ramène sa fierté à des proportions plus humbles. Une Amérique de routes sans fins, de clubs qui se vident au petit matin, de guitares qui sonnent comme s’il n’y avait pas de lendemain.

KLEAR, c’est un petit bout d’histoire de ce pays aussi grotesque qu’attachant. Un groupe parmi tant d’autres, mais dont vous vous rappellerez le nom un vendredi soir, la bière à la main et le cœur en bandoulière.