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 Heaven And Hell Records - Thrash - USA - 29 Juin 2016 - 9 titres – 44 minutes

Il faudra un jour remercier en place publique tous ces labels qui se battent pour réhabiliter le répertoire de groupes malheureusement passés inaperçus à l’époque. Plus que de simples rééditions, nous avons parfois droit à un travail de « reproduction », qui permet d’apprécier dans les meilleures conditions possibles des albums que tout le monde a oublié depuis longtemps, que peu ont eu la chance d’écouter, ou dont les masters étaient dans un état si lamentable que personne ne prenait le risque de tenter d’en faire un produit viable.

Alors célébrons…

Mais pas n’importe comment, et de façon rationnelle et logique. En traitant d’un exemple concret, qui justement illustre à merveille la problématique. Alors, aujourd’hui, repartons aux Etats-Unis, pour se replonger dans la passé de sa scène Thrash. Mais pas n’importe laquelle. Nous ne parlerons ni de la Bay Area, ni de New-York, mais bien de la Caroline du Nord… 

Moins symptomatique ? Peut-être, mais c’est pourtant la location géographique de la leçon d’histoire du jour.

 

Si vous n’avez pas la mémoire courte et que mon style vous sied, ainsi que mes accointances, vous vous rappelez peut-être qu’il y a quelques mois, je vous avais entretenus du cas d’un album à part, dans une impulsion constante de piocher dans le passé pour regarder vers l’avenir. Cet album en marge, c’était Antichrist President, le seul LP officiel d’un combo obscur nommé DENIAL, et paru deux ou trois ans trop tard, en 1991. Je vous avais dit tout le Thrash que j’en pensais du bien, estimant que paru quelques années plus tôt, cet album aurait fait un véritable carton chez les aficionados. Ce dithyrambe tardif m’avait aussi permis de placer quelques informations, dont une de taille, la réédition prochaine de leur premier EP/Démo, No Comment, par le label Heaven and Hell Records. Et comme visiblement mes sources étaient fiables, cette réédition est aujourd’hui devenue concrète via un CD édité à cinq cents exemplaires.

 

Travail de remasterisation, booklet huit pages, photos inédites, biographie du groupe, textes, nouvel artwork, c’est du beau travail d’hommage. Bien que la réputation du groupe ne lui ai jamais permis de dépasser les frontières de quelques états, Heaven And Hell n’a pas pris son boulot par-dessous la jambe et fait honneur à l’un des outsiders les plus fascinants de la scène Thrash US tardive avec cette publication de luxe. Alors, admettons que la rondelle en question vous fasse esthétiquement faire des bonds, est-ce pour autant que son contenu l’est tout autant ? Connaissant le groupe en question, vous vous doutez plus ou moins de ma réponse…Oui, il l’est, et même pas un cran au-dessous d’Antichrist President, alors qu’il n’en représentait qu’une mise en jambe avant le grand saut final.

 

Pour rappel, No Comment fut donc la première production de DENIAL, initialement publié en tape en 1990. Le EP avait alors tout d’une démo, du format au graphisme très sommaire et polycopié, en passant par un son plus ou moins désastreux.

Petit morceau de la petite histoire, il est aujourd’hui devenu un album à part entière, dont les six titres d’origine ont été complétés de divers bonus tracks live, cinq au total, que vous ne retrouverez que dans ce packaging et nulle part ailleurs.

Le son de ces titres en concert est d’ailleurs en tout point honorable et n’a rien d’une bouillie sonore captée à la hâte sur un vieux magnéto tout pourrave, ce qui ajoute une belle plus-value à cette réédition déjà fort alléchante. 

Musicalement, le Thrash des DENIAL n’est pas vraiment différent de celui qu’on trouvait sur leur unique album, ce qui n’est que logique puisque cinq morceaux de No Comment se sont retrouvés un an plus tard sur le LP. Ils étaient donc déjà travaillés un an avant, parfois dans des versions plus brutes, mais très proches des formes définitives. Alors, avec un peu de bon sens et de logique, vous comprendrez assez facilement que mon avis sur la question n’est pas très éloigné des louanges que j’avais formulées à l’égard d’Antichrist President. Et vous aurez entièrement raison. Je pourrais d’ailleurs dans un accès de fainéantise vous renvoyer à la review déjà publiée, puisque les arguments énoncés sont aussi valables pour cette entrée.

 

Un Thrash incisif, qui hésitait entre ruades puissantes et aplanissement fatal, valse permanente entre mid et up tempo, le tout solidifié de riffs vraiment carton. Pas vraiment d’originalité, mais de la puissance avec tout de même un brin d’inventivité, des soli pertinents et flamboyants, et un chan vindicatif mais intelligible qui n’en faisait jamais trop. Telle était la recette des défunts DENIAL, qui n’ont vraiment pas eu le bon timing pour émerger.

Je ne retomberai pas dans les comparaisons établies à l’époque, mais dans un créneau Thrash médium et appuyé, les Nord-Caroliniens se posaient là. Il suffit pour en être convaincu de poser ses oreilles rompues sur le superbe « Third World Nation » (qui ne figurait pas sur No Comment mais bien sur le LP), qui résume à lui tout seul un pan entier de l’histoire de cette musique hargneuse, et qui prend une dimension encore plus éclatante en format live.  

Là est donc l’intérêt de ce travail de remasterisation. Permettre aux plus jeunes et aux fans hardcore de redécouvrir ce groupe dans les meilleures conditions possibles, grâce à un travail d’exhumation passionné et précis qui rend vraiment hommage à leur musique. Mais dépêchez-vous d’acquérir le CD en question, puisque je pense que les cinq cents copies vont vite trouver preneur.

Espérons que tout ceci donne des idées au groupe qui pourrait bien décider de remettre le couvert en cas de succès de l’entreprise. 

Après tout, Antichrist President mériterait bien une suite…et avec l’éventuelle accession de Donald T au pouvoir, son titre prendrait des airs de prémonition funeste…