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Art Of Propaganda - Black Death - France - 1er Juillet 2016 - 6 titres – 42 minutes

Là je le concède, la réputation du groupe et la beauté graphique d’une pochette troublante ont fait leur effet. Et si l’on met de côté la carrière d’INSANE VESPER, je dois reconnaître que cet artwork aussi sensuel que macabre et vénéneux a salement accroché mon regard au point d’y attirer mes oreilles. A savoir, je n’ai rien contre le Black des origines, loin s’en faut, c’est même mon essence favorite. Je savais donc qu’avec ce quatuor, je n’allais pas être déçu et que le voyage sur les terres froides scandinaves allait se présenter sous les auspices les plus glacés.

Je n’ai donc pas pris de risques, et la pochette…a fait le reste.

 

INSANE VESPER, pour les plus étourdis des Black Metalleux, c’est un quatuor qui s’est formé à Toulouse aux alentours de 2002. On y retrouve aujourd’hui Ate Rigant (basse) et Arggon (guitare, basse), deux membres d’origine, épaulés par deux nouvelles recrues depuis 2015, A.L à la batterie et Vanitas au micro. C’est aussi une carrière riche de deux EP, deux splits (Blasphemous Demonic Trinity, en compagnie d’ISTIDRAJ et IRONFIST, et Demise of Being, en duo avec TRIUMFALL), une compilation (Therefore, He Shall Consume l’année dernière), mais surtout d’un premier longue durée, Abomination Of Death, en 2011, qui portait salement son nom.

Le groupe travaille depuis longtemps avec le label Allemand Art Of Propaganda, qui sortira certainement ce dernier né en format CD et vinyle en temps et en heure, mais pour l’instant, ces six morceaux sont uniquement disponibles en dématérialisé sur le Bandcamp du groupe, pour un euro chacun.

Affaire ?

Oui et non, selon vos affinités avec un Black très rude qui ne s’embarrasse pas de métissage et autres fioritures techniques déplacées.

 

Nous ne parlons pas ici de Raw Black à la production indigeste, mais bien de BM très traditionnel, reposant sur un déluge de blasts ininterrompu ou presque, et encerclé par des nœuds de riffs barbelés, qu’un chant féroce ne cherche absolument pas à dénouer. Certes, l’approche est classique, froide et appliqué, va fouiller ses références dans la vague nordique des années 90 et 2000, mais le tout est joué avec une férocité indéniable et un allant vénéneux qui forcent le respect.

A première vue, et après quelques écoutes appliquées, il n’est pas impossible de parler de MARDUK lorsqu’on fait référence à nos Toulousains, bien qu’ils préfèrent eux-mêmes évoquer leurs voisins de KEEPER OV SEAL sur leur page Facebook.

 

Alors MARDUK, la piste semble intéressante, et mérite d’être suivie principalement à cause des intonations de Vanitas qui se pose en vocaliste médian de la folie possédée de Legion et de l’approche théâtrale et macabre de Mortuus. Mais la musique n’est pas en reste non plus, et donne des éléments de corrélation, restant dans une limite respectable entre des albums comme Heaven Shall Burn et Wormwood, avec une emphase très nette sur la violence instrumentale appuyée. On pourrait aussi évoquer histoire de compléter le tableau les Norvégiens de 1349, ceux de Hellfire et non de Demonoir.

Mais en fait, l’accumulation de ces indices pourrait laisser croire que les INSANE VESPER se contentent de piocher à droite à gauche les fruits de leur propre discorde, alors qu’ils font preuve d’une individualité somme toute assez notable, comme le démontre sans peine le monstrueux morceau (dans le bon sens du terme) « Of Serpent’s Embrace ». 

Leur BM à ce moment-là, se veut moins franc mais tout aussi dangereux, et privilégie des intermèdes Heavy vraiment inquiétants et lourds, dominés par des riffs moins tournoyants et plus plaqués, presque Rock dans le fond, moins dans la forme toujours aussi protéiforme. Mais avant d’en arriver à ce contre-exemple, il vous faudra d’abord passer l’épreuve du fleuve «Blood Of The Moon », qui après une très longue intro en forme de mantra incantatoire, résume en plus de neuf minutes tout ce que le BM a pu proposer de plus noir et vindicatif depuis son explosion dans les nineties. Tout y passe, le chant rauque et démoniaque, les guitares en tronçons circulaires qui de temps en temps s’appliquent à délier des riffs mélodiques et amers, les breaks impromptus qui débrident la laisse, les passages atmosphériques pesants, le tout assemblé dans une longue progression/procession qui dès le début de l’album compte les pas du chemin de croix…renversée évidemment. 

Deux morceaux, de la continuité dans la logique de carrière, et déjà, un album qui étale ses qualités sans gêne. Ce qui est tout de même logique, puisque la suite s’annonce aussi étoffée, avec un dément « Seed Of Inanna » qui reprend peu ou prou les mêmes éléments en les agrémentant d’une basse qui se promène dans les dédales des Hadès de ses notes graves, fort bien gérées par un mixage qui ne les met pas trop en avant. 

Sans trop rentrer dans des détails qui vous gâcheraient l’effet de surprise, je pourrais dire dans un accès de facilité que c’est finalement Arggon qui résume le mieux l’impact de Layil :

 

«Vous avez le sentiment que c’est la fin de tout ? Puisque le monde s’écroule autour de nous, mettant en lumière l’échec de l’humanité, et se précipitant dans les abysses ? Alors pour célébrer cela, nous partageons avec vous notre second album, Layil, cette grande ombre aperçue depuis le fond des temps sous la forme d’une magnifique déesse. »

 

Et pour bien appuyer ses dires, le tempétueux guitariste et ses partenaires terminent l’album sur une note d’ultra violence très peu complaisante, « The Circle », qui une fois de plus fricote avec les limites autrefois franchies par le MARDUK le plus violent et misanthropique. Blasts lacérant l’espace, chant qui tombe une fois de plus dans une gravité fatale, breaks idoines qui cassent la dynamique, et jeu de cymbales déchirant le silence. Intermèdes mélodiques fielleux, basse très seventies qui serpente entre les décombres durant des pauses Heavy éprouvantes, c’est clairement une adaptation du BM scandinave à la sauce INSANE VESPER, très libre et personnelle… 

Alors certes, Layil est violent, abrasif, compact, mais aussi versatile, inspiré et expiré, mais c’est avant tout une sacrée somme de créativité qui ne cède pas un pouce de mélodie au chaos, et qui permet au groupe Toulousain de franchir un palier supplémentaire, pour s’affirmer comme valeur sûre de la scène BM Européenne.Alors faites très attention. Layil est à l’image de cette musique, troublante, séduisante, mais fatale et terminale. Si vous succombez à ses charmes, acceptez votre sort, et subissez-le. Mais Eros et Thanatos ayant toujours été étroitement liés, il n’y a pas meilleur fin du monde que celle qui vous emporte dans une dernière étreinte.