a1256105850_10

Crust D-beat Blackcore - Suède - 30 Juin 2016 - 7 titres – 25 minutes

Si votre mémoire ne vous fait pas autant défaut que votre portefeuille, vous vous souvenez peut-être qu’en mars dernier, je vous avais entretenu d’un duo d’iconoclastes Suédois fascinés par la B-culture et les horror flicks. Les mecs rendaient plus ou moins hommage à feu notre maître de l’horreur poétique et vampirique national Jean Rollin, en transposant son œuvre onirique dans un sale contexte de Hardcore sombre et subtilement Blackisé. Il faut dire que les gus, niveau productivité n’ont rien à envier au bouffeur de pelloche sanglante…Assemblé à Borgholm au début de l’année 2015, ils avaient à ce moment-là déjà sorti un premier LP, Now They Are Everywhere! There Is No Escape!, qu’ils avaient rapidement complété de trois EP, avant d’attaquer le dit album dont je vous avais parlé.

Depuis, la cadence a encore accéléré, au point qu’en juin de la même année, les deux trublions de HORDES OF THE APOCALYPSE pouvaient déjà s’enorgueillir de deux longue-durée, de sept EP et d’un single. Pas mal pour un projet qui n’affiche qu’une seule année d’existence.

 

Ce fameux Une Nuit Dans Le Cimetière m’avait séduit de ses tonalités un peu cheap et de son humour assumé, d’autant plus que celui-ci était mis en forme musicalement avec pas mal de flair et d’énergie. Et à l’écoute de ce second album au titre interminable, il y a peu de chance que mon avis change et passe du côté obscur. On y retrouve tous les ingrédients qui font le charme de ces décalés des influences, cette liberté de ton qui les fait allègrement passer d’un Crust démoniaque à un Heavy fusion un peu foutraque, ce chant goguenard qui semble rameuter le chaland sur la quarante-deuxième pendant les 70’s, et surtout, cette inventivité de composition qui les place au même niveau que tous les bouffeurs de pellicule de l’ombre qui bricolent des ovni filmiques avec trois bouts de ficelle. 

Le ton général de ce nouvel EP a quelque peu changé depuis ma dernière chronique et semble plus volontiers paillard mais pas moins brutal pour autant. Les finalités Core semblent avoir bénéficié de plus d’espace, à tel point qu’il serait possible de parler de fusion en plus d’une occasion.

Mais ne craignez rien, les deux flingués (Thomas Nyholm – chant, batterie, guitare et basse et Greigh Johanson – chant, samples, textes) ne se sont pas tout du calmés du côté des références et autres allusions et parsèment toujours leur Horror Core d’une myriade de clins d’œil tous plus jouissifs les uns que les autres. Les samples interviennent donc à intervalles réguliers, et les arrangements se veulent plus joyeux, permettant parfois à de simples mélodies d’être transcendées par des arrangements rythmiques diablement bien troussées (« This Melting Pus-filled Abcess », bel exemple de furia fusion qui explose de tous ses tons, et qui place une basse béton en avant d’un beat funky au pilon).

 

Les morceaux semblent avoir été placés sous l’égide d’un up tempo très efficace, bien que parfois un peu similaire d’un titre à l’autre, mais qui permet à cet EP de bondir dans tous les sens, comme un diable qui sort de sa boite. « Pray It Does’nt Happen To You » reste dans cette lignée avec ses riffs plutôt enjoués et lumineux, pendant que le chant s’amuse beaucoup à incarner diverses personnalités, mélangeant le Crossover des nineties avec le Hardcore fêtard des eighties. « Who Goes There » applique la même recette à peu de choses près, accumule les bruitages incongrus, et avance d’une belle cadence pour vous coller des fourmis dans les pieds. Plus abordable, mais pas moins taré, The Curse Of This Observe Melting Phenomena se situe donc dans une veine Funcore à tendance hybride, et cite PRIMUS, WHALE, les RED HOT, CARNIVAL IN COAL, SENSER et autres SNOT avec un bonheur contagieux et une douce folie séduisante. 

En fait, cette nouvelle livraison des Suédois semble appliquer à la lettre leur fameux leitmotiv, « Play whatever comes out of the moment ». Ils avaient donc l’esprit joueur au moment d’enregistrer cet EP qui déborde de trouvailles ludiques qui ne cachent toutefois pas la créativité débridée de leur musique. Et s’il n’y avait cet introductif « A Scientific Brundlefly » qui s’autorise une vitesse de croisière un peu plus élevée que la moyenne sur fond de claviers chafouins, on pourrait presque avoir le sentiment que le duo a complètement changé de cap.

Le reste évoque parfois une rencontre impromptue entre les SUICIDAL, IWRESTLEDABEARONCE et MINDFUNK (« Chocolate Chip Charlie »), et se termine même sur un dernier sprint avant que le magasin de farces et attrapes ne ferme (« Shiryo No Shitatari », genre de Hardcore Funky et spatial qui ne gobe pas que des M&M’s.) 

HORDES OF THE APOCALYPSE prouve en tout cas qu’on peut accumuler les sorties dans perdre ni son énergie ni sa créativité, et tout ça laisse à penser qu’on n’a pas fini d’entendre parler d’eux jusqu’à la fin de l’année. 

Certes, il est possible de trouver ce dernier-né moins inspiré et plus linéaire, mais l’enthousiasme qui s’en dégage finit par convaincre, et on se laisse entraîner dans cette sarabande effrénée sans vraiment chercher à résister. 

A l’image de son titre, The Curse Of This Observe Melting Phenomena vous fait fondre et vous maudit par la même occasion. Mais comme rien ne vous protège de leurs sorts maison, autant se laisser faire sans se poser de questions !