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Chaotic Post Hardcore - France - 19 Mai 2016 - 12 titres – 33 minutes

De fil en aiguille, on a tendance à croire que certains courants musicaux sont ancrés dans la culture d’une ville. Tiens, prenons un exemple idoine. Le Chaotic Core. Pardonnez l’auteur de ces lignes d’avoir sans doute encore inventé un style par paresse, mais lorsqu’on aborde le cas de cette musique aussi Heavy que heurtée et crue, le terme paraît valable. Donc, une ville.

New-York par exemple ?

Oui, c’est la carte postale qu’on a l’habitude de lire. Il faut dire que les locaux d’UNSANE nous en ont tellement envoyé depuis la fin des 80’s qu’on se voyait mal les attendre d’ailleurs. Et pourtant, parfois, l’oblitération du timbre faisant foi, ces mêmes missives brèves nous proviennent de l’intérieur de notre beau pays. La France, l’autre pays du Hardcore abrasif ? Ça couvre les doutes et devient une certitude. 

Paris, capitale. De là viennent les REMOTE, qui s’y sont formés en 2010, via l’incorporation d’anciens membres de HKY et QUARTIER ROUGE. Un premier LP dans la musette, Starving Blaze and Hollow Shades, en 2013, via l’autoprod’ évidemment, et un split avec les BARREN WOMB, entité bruitiste venue de Norvège. Des concerts évidemment, une présence, et un nom qu’on commence à s’échanger sous le manteau. Sauf qu’en plein mois de juillet brûlant, les manteaux ont été accrochés aux patères.

Alors leur nom maintenant filtre au grand jour. Ce que confirme avec un désespoir flamboyant leur second effort, Resilient.

 

Les Parisiens proposent donc un processus de recouvrement des facultés initiales après une altération. Soit, c’est dans les lois de la nature, mais je doute que ce deuxième longue durée soit vraiment « désaltérant ». Plutôt sec comme un coup de trique, ou comme des notes de basse qui fouettent les chairs de l’espace, une batterie qui cogne et trouve écho dans le néant, et un chant qui s’époumone, peut-être en vain, mais avec beaucoup de hargne. Je parlais d’UNSANE en préambule, arguant de leur provenance géographique, mais il fallait surtout y voir une corrélation de style. Si certains partent du fait que les REMOTE sont parfois proches d’un Mathcore light, il convient de les éloigner de suite des références DILLINGER ou CONVERGE. Leur Hardcore métallisé est beaucoup trop Heavy pour supporter le parallèle, et surtout, incroyablement plus souffreteux et maladif. 

Maladif, au teint livide, mais d’une puissance remarquable. C’est ce qui frappe dès les premières mesures, cette façon qu’ont les garçons d’utiliser toute la force de frappe d’un Heavy tendu pour teinter leur Hardcore de noir de suie. Il n’y a rien de beau dans leur musique, on ne trouve aucun espoir auquel se raccrocher, tout comme chez les FETISH 69, ou les GEIST. Ils se veulent douleur, pénibilité, et parviennent sans mal à suggérer ces sentiments au travers d’accords massifs, d’arpèges dissonants, de rythmiques hésitantes aux cassures brutales, et de lignes vocales apoplectiques. On connaît, on sait, mais chez eux, ça surprend. Parce que ça joue beaucoup plus fort et perçant que chez les autres.

 

Prenez un titre comme le douloureux « Unlearning Process ». Sur un pattern presque Jazz dans l’esprit, les Parisiens brodent des thèmes aussi New-yorkais que les lunettes de Thurston Moore en 79 et la déprime urbaine de Chris Spencer. C’est certes le huitième morceau, mais ce malaise ambiant se ressent dès l’ouverture tonitruante et pourtant désabusée de « Fading Away », qui démarre comme un faux instrumental Core avec sa basse/truelle gigantesque et son riff qui part en vrilles de feedback aigu. On est plongé de plain-pied dans un marasme sonore inextricable, et notre sort pourtant des plus enviables ne va pas s’arranger avec le temps. 

Des exemples, je pourrais en fait en trouver…Douze. Une demi-heure de Noise, mais rien qui remplisse en vain. De la pertinence, du réalisme et beaucoup de violence, voilà la visite guidée proposée par Resilience. Un petit tour en bagnole du côté des laissés pour compte, des rues mal famées, sauf que la scène n’a pas lieu à New-York mais à Paris.

Pas mieux cela-dit. 

Difficile toutefois de poser des mots sur ce ressenti. J’ai mis des balises, évoqué les perturbations harmoniques, la balance Heavy qui vous tire vers le bas de l’espoir, parlé d’UNSANE, sans aller chercher d’autres influences superfétatoires, et je pourrais m’arrêter là en fin de compte. Paris/New-York, New-York/Paris, le billet aller/retour vous est en plus offert gracieusement sur leur Bandcamp, ce qui en dit long sur l’esprit tordu des REMOTE. Non seulement ils veulent vous faire mal, mais en plus ils vous attirent dans leur impasse sous couvert de gratuité.

Salauds.

Mais allez-y, servez-vous, puisque la maison régale.

 

Ne venez pas vous plaindre après de voir la vie en noir par contre. Et si d’aventure, vous désiriez suivre ces maniaques sur la route, une tournée en support est planifié, The Northern Noise Tour, qui passera évidemment par la Norvège, le Danemark, la Suède, mais aussi la France et l’Allemagne.    

Une raison supplémentaire de vous prendre la tête entre les mains. A Berlin, Paris, Copenhague ou ailleurs.