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Messer Core – Crusty Down Black - Allemagne - 11 Juillet 2016 - 5 titres – 19 minutes

Allemagne, split, deux groupes, des styles divergents qui convergent l’espace d’un instant, c’est aussi ça le plaisir de partager des faces avec des confrères. Alors une fois de plus, de moins en moins à raconter, mais la blague est tellement récurrente qu’il ne faut même plus la souligner. Deux groupes, deux Bandcamp, une page Facebook qui ne dit rien, et puis… 

…de la musique, ou presque. 

D’un côté des Allemands, de l’autre, des Allemands. A gauche, CUT, de Bonn, à droite, EMPTY de Bergkamen.

 

A gauche, du Messer-Core, à vous de définir, à droite, une mixture de tags dont du Crust, du Black, du Downtempo et du Punk.

Alors si avec ça vous n’avez pas le choix…

Reste à savoir lequel, puisque malgré ces indications évasives, le résultat est très concret mais un peu bizarre. A l’image sonore de cette reprise improbable du hit lacrymal de Freddie Mercury & QUEEN, « Who Wants To Live Forever » par les CUT, qui parviennent à rendre les covers de EUROPE et des BEATLES de LAIBACH musicales et fidèles. Il m’a d’ailleurs fallu relire deux fois pour savoir si je n’avais pas commis une erreur avant de me rendre à l’évidence. C’est bien une reprise de la BO d’Highlander. Mais tellement déformée, tellement lourde, tellement hideuse que même les sujets les plus dévoués de la Reine n’y retrouveront pas son diadème. 

Bizarre, mais qui respecte la logique du truc qui n’a aucune logique. Ni respect d’ailleurs.

 

Allez, par ordre d’apparition au générique, les CUT. S’ils se réfugient avec malice derrière une appellation hermétique histoire d’éviter d’être rangés sur l’étagère, Arne, Claus, Michael de Bonn, pratiquent un genre de Hardcore ou de Post Hardcore très étrange et qui pourrait faire transpirer les claustrophobes. Pas d’influences majeures à placer, le tout répond à une impulsion rythmique que tentent d’accompagner des riffs pas forcément précis, et des vocaux un peu Indie sur les bords.

Trois morceaux pour les CUT, dont cette fameuse cover de QUEEN déjà abordée plus en amont, qui place les débats sur un terrain très intéressant. Mais au bout des trois morceaux en question, nous ne sommes pas plus avancés sur la marche à suivre. Après tout, le trio a déjà sorti suffisamment de projets pour que vous y jetiez une oreille via leur Bandcamp, sachez seulement qu’ils sont pour le moins décalés, et que leur Hardcore est très sombre, presque palpable et que les titres présents sur ce split ne vous permettront certainement pas de faire le tour de leur question.

 

Les EMPTY méritent bien leur nom. Un simple Bandcamp qui même sous la torture n’avoue rien, une discographie un peu maigre, et un format radicalement différent de leurs confrères. Selon les opinions, les EMPTY joueraient un genre de Black downtempo, qui ne se refuse aucun cri, aucun remous pour déstabiliser leur répertoire.

Avec deux occurrences seulement sur cet EP, mais d’une durée suffisante pour juger, Haider (Batterie), Bene (Basse, chant), Josh (Guitare, chant), et Konst (Chant) développent des thèmes hautement dérangeants et abrasifs, manipulent le feedback à loisir, et confrontent des obsessions BM à des structures légèrement Indus sur les versants, sans pour autant lâcher prise sur un Hardcore vénéneux et sombre comme de la poix. Il faut avoir de l’estomac pour avaler la mixture, elle est compacte et laisse peu de place à l’espace et aux respirations, mais le voyage vaut l’enivrement et l’étouffement.   

Deux titres donc, le long « Javaani », qui propose quelques variations sur un climat lourd et compact, aux limites d’un Sludgecore fatal, truffé d’arrangements sonores grouillants et terrifiants, et « Alle Kauen Keiner Isst », plus court, et plus progressif dans l’avancée. Après une longue introspective, les Allemands rentrent dans le vif du sujet avec force dissonances et hurlements graves et déchirés, que de fréquentes accélérations imprévisibles viennent soutenir de leur frappe aléatoire. C’est bien sûr très inconfortable, très heurté, mais c’est exactement ce qu’on vient chercher dans ce genre de réalisation, et ça permet de dresser un pont chancelant entre un Post BM hautement corrosif et un Chaotic Core nihiliste refusant tout compromis mélodique. 

En définitive, un split qui nous offre un survol de la scène Allemande, qui semble particulièrement à l’aise dans son rôle de trublion Européen de l’extrême.

Ni BM, ni Indus, Ni Hardcore, ni Ambiant et pourtant, tout ça à la fois. Une non échappatoire qui bloque les portes de sortie, sans manières ni politesse.

 

Un Split qui boucle une boucle en forme de ligne. Un spectacle auditif très germanique en somme.