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Phobia Records – La Familia Records - Crust/D-Beat - Suède - 1er Juillet 2016 - 10 titres – 27 minutes

D’abord il y a eu Beethoven, puis les Beatles, peu après Motörhead il y eut Discharge, et maintenant, c’est au tour d’Ursut. 

Sympathique de se présenter en s’incrustant dans un contexte historique. Après tout, il faut bien savoir flamber parfois dans la vie pour se mettre en avant, spécialement lorsque vos qualités intrinsèques vous permettent de le faire.

Alors URSUT, ça vous dit quelque chose ?

Si vous êtes un lecteur assidu de Metal-Impact (mais comment pourrait-il en être autrement ?), vous savez déjà que j’avais abordé leur cas à l’occasion de la sortie de leur LP précédent, Dårarnas Pardis, déjà distribué par La Familia il y a presque cinq ans. Et vous savez aussi qu’il m’avait profondément déstabilisé sur mes bases en proposant un des Crust/D-Beat les plus torrides du marché.

 

Alors cinq ans, pour un groupe de cet acabit, c’est une sacré pause, un peu risquée aussi. Mais lorsqu’on a le talent de ses arguments, ça peut aussi être salutaire et permettre de recharger les batteries. Qui saura nous donner la réponse à ce dilemme ? L’album en question, Köp Dig Lycklig, qui de son titre nous conseille vivement d’aller acquérir un peu de joie de vivre. Pourtant une fois de plus, les Suédois frappent fort niveau réalisme, et s’attaquent encore aux inégalités sociales, au capitalisme, et au néo-libéralisme, avec toute la rage inhérente à cette musique qui en effet, découle directement ou pas des racines de MOTORHEAD et DISCHARGE. Je le concède, le Crust, le D-Beat sont des péchés mignons qui me font toujours craquer, surtout lorsque le serpent vicieux en question sinue avec talent et intelligence.

En quelques années, les URSUT sont devenus une référence de la scène, incontournable, et Köp Dig Lycklig ne les fera certainement pas tomber de leur piédestal.

 

Si Dårarnas Pardis n’était qu’un flot continu de haine, un bloc de béton Crust qu’on prenait sur le pied, et qui n’admettait aucune éventualité de soulagement, son successeur fait preuve de plus de nuances et se permet quelques instants un peu plus calmes qui justement, le rendent sans doute encore plus dangereux. Certes, il est impossible de dire qu’URSUT a changé dans le fond, mais il a « amadoué » la forme pour la rendre plus aérée, sans le concéder à la puissance. Ces cinq années auront donc été mises à profit pour canaliser la violence et la rendre moins crue, mais encore plus efficace.

 

« La société nous a mis sous contrôle en nous forçant à nous focaliser sur le pouvoir, celui que nous prenons sur les autres au travers de la consommation, encourageant de fait l’élitisme »

Ainsi pourrait se résumer le combat des Suédois, se battre contre ce consumérisme à outrance qui gangrène notre société et laisse pourrir nos relations à la racine. Le contrôle des masses par le pouvoir d’achat, la publicité, et l’endoctrinement passif, comme le suggérait à l’époque notre bon vieux John Carpenter via son Invasion Los AngelesEt comme dans ce métrage, la parade est possible. Non en portant des lunettes spéciales vous permettant de décoder le mensonge et voir la réalité en face, mais en écoutant ce dernier LP des Suédois qui vous propose une alternative lucide et brute. 

URSUT n’a pas fondamentalement changé son approche, préfère toujours les discours brefs et virulents, mais a mis un peu d’acide Heavy et Core dans son vin Crust.

Leur son est toujours aussi énorme, la vélocité du débit est toujours aussi impressionnante, les riffs toujours francs et massifs, et la rythmique inépuisable, mais plus volubile et coulée dans ses attaques. Pas de différence majeure avec le reste de leur production, sinon une adaptation aux techniques modernes de désenvoutement par la séduction, pour mieux frapper la conscience juste après. Nous avons donc droit à une nouvelle collection de morceaux assez brefs, qui pour la plupart oscillent entre une ou deux minutes, à quelques exceptions près. 

Ainsi, l’ouverture « Den Yttersta Dagen » se permet de planter les débats pendant quatre longues minutes. Longue intro qui ébruite les sons communs d’une société industrialisée et déshumanisée, lorsque soudain un gigantesque riff déchire l’indifférence, d’une gravité soulignée de la lourdeur d’une rythmique qui ne fait pas semblant de cogner.

Les auspices s’annoncent en monochrome, la pesanteur refuse de s’éclipser, lorsqu’enfin le rythme s’accélère, en déposant au passage les gerbes sur la tombe d’un Crust accessible que les URSUT abhorrent.

 

Le final « Vem Är Monstret » se place aussi en clôture Heavy de bon ton, avec son mid tempo vraiment puissant au sein duquel des guitares coulées viennent se lover en accords durs mais déliés. La mélodie parvient même à se faire une petite place dans le chaos ambiant, strié de samples que les vocaux ruinent à grands coups de stridences écorchées. Niveau pièce de choix, « Spring Då! » se pose aussi en constat multiple, et propose un développement intéressant, juxtaposant le Crust le plus torride au Heavy le moins insipide. C’est dans ces moments-là qu’il est possible d’entrevoir toutes les capacités de ce groupe à part qui refuse les conventions en allant plus loin que la plupart de ses contemporains. 

Ce qui n’empêche nullement les Suédois de bourrer leur nouvel LP de petites bombes D-beat des plus destructrices, qui privilégient la vitesse et la concision à la patience et la modération. Une fois de plus, ils parviennent à s’imposer au sommet d’un style pourtant surpeuplé, en se montrant plus exigeants que la moyenne concernant la qualité de leurs riffs et de leur dualité vocale. Du Crust oui, mais le meilleur, le plus teigneux, une production locale que tout le monde apprécie à sa juste valeur. 

« Ne deviens pas ton propre ennemi. Chaque jour, chaque mot, chaque action, chaque non-choix fait vivre la solidarité ». 

Les URSUT pensent à nous et nous proposent des idées viables. A nous de les saisir au vol de la violence d’un quotidien qui nous mine.