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Heavy Metal - Canada - 26 Août 2016 - 8 titres – 45 minutes

Vous connaissez la loi des cinq « M » ? Probablement pas, puisque jusqu’à récemment, elle n’existait pas. Elle a été mise au point par un combo de Chilliwack, Colombie Britannique, Canada. Vous vous demandez sans doute en quoi elle consiste, et je peux vous assurer qu’elle n’a rien de mystique ni d’hermétique. Il s’agit juste de combiner des influences qui partagent la même initiale…à peu de choses près. Vous en voulez l’explication ? Sans problème.

Metallica, Megadeth, Mastodon, Metal Church, et Maiden. Simple non ?

Alors, tout ça paraît peut être un peu prétentieux, ou aléatoire au jugé des styles différents de toutes ces références, et pourtant, le quintette MEDEVIL a bien réussi à les assembler pour produire sa propre musique, qui bénéficie d’une popularité indéniable dans son beau pays.

 

Tellement indéniable qu’ils ont terminé dans le top 6 du Wacken Metal Battle Canada. Ce type de concours étant basé sur un jugement populaire, il est donc facile d’en déduire que les MEDEVIL sont bien prophètes en leur propre pays ! Et il n’est pas étonnant de le constater à l’écoute de leur musique. Alors qu’à notre époque chaque groupe semble s’orienter vers des métissages de plus en plus larges et flagrants, les cinq Canadiens ont choisi l’optique inverse, et de jetant corps et âme dans la bataille du Heavy classique, qu’ils risquent fort de remporter au vu de leur courage et de leur abnégation. Ici, point de crossover, mais un gigantesque hommage rendu aux plus grandes valeurs des glorieuses eighties, sans pour autant se gorger de ses poncifs et de répéter mot pour mot des discours belliqueux déjà prononcés. 

Bio. Fondé en 2011, MEDEVIL a connu quelques problèmes de stabilité jusqu’à l’intégration de Brett Gibbs et Gary Cordsen (guitares), stabilité qui leur a permis d’affiner et d’approfondir leur son. Alors qu’ils semblaient se contenter d’un Hard-Rock somme toute assez light et classique, leur son a soudain dérivé vers des tonalités plus dures en totale adéquation avec leurs nouvelles aspirations. En résulte un répertoire transformé, et un premier album qui sonne professionnel de bout en bout. Car loin de singer bêtement les influences qu’ils revendiquent, Liam Collingwood (chant), Eric Wesa (basse) et Ross Collingwood (batterie) se les ont appropriées pour développer leurs propres thèmes, qui ne le cachons pas, sont très convaincants.

Alors Heavy Metal bien évidemment, mais un Heavy qui ne patauge pas dans le pédiluve croupi du passéisme et qui accepte son époque pour y être en phase. Et cette adaptation trouve aujourd’hui sa concrétisation au travers de ce fameux premier album, Conductor of Storms.

 

Sous une sublime pochette signée par l’artiste Ever Sanchez se cache en effet un des meilleurs albums de Metal Canadien depuis bien longtemps, qui maîtrise à la perfection les codes du genre, alliant mélodie et férocité avec une maestria bluffante. Individuellement, le talent de chaque musicien est notable. Collectivement, l’osmose est palpable et chaque titre possède son ambiance, sa raison d’être, ce qui garantit une écoute coulante et agréable. En citant précisément MAIDEN, METAL CHURCH, MEGADETH et METALLICA (je mets à part l’allusion à MASTODON, plus indirecte), les MEDEVIL savaient très bien ce qu’ils faisaient, et n’avançaient pas d’arguments publicitaires déplacés.

On retrouve en effet l’équilibre magique entre Thrash et Metal classique des METAL CHURCH, la puissance et l’inventivité précieuse des METALLICA, la hargne et l’ironie musicale de Dave et MEGADETH, mais aussi les velléités progressives et les climats envoutants de Steve Harris &co.

 

Huit morceaux pour quarante-cinq minutes de musique, le voyage est complet, et enivrant. On dirait presque un timing à la MAIDEN de 85/86, mais j’arrêterai là avec les parallèles pour respecter l’identité propre des Canadiens. D’ailleurs, quand le terrible « Nightwalk » déboule, c’est plutôt aux METAL CHURCH que l’on pense, et surtout à leur premier album éponyme…Rythmiques galopantes, staccato de guitare effilé, voix haut perché avec un coffre profond, riffs aiguisés et précis, et atmosphère guerrière qui ne va toutefois pas piocher chez les MANOWAR son bestiaire grotesque. C’est d’entrée du très bon travail, qui vous prend à la gorge, et qui se permet un break à la MAIDEN de toute beauté, avec des interventions d’arpèges mélodiques en son clair et une basse gigantesque qui s’envole dans les nuages. En un seul morceau, MEDEVIL met les choses au point et graisse l’acier pour le rendre encore plus pénétrant. 

Le single « Machination Factory » continue sur la même lignée, malgré une entame plus Mustaine que nature, avec même quelques arrangements à la SMASHING PUMPKINS dans les harmonies, le tout lié par un sens de l’évolution digne du RUSH des seventies. Car les Canadiens ne se contentent pas de jouer le Heavy, ils le font progresser, et peuvent se revendiquer d’un statut presque Progressif, sans jamais tomber dans l’emphase déplacée. Guitares qui se meuvent librement, rythmique cassée qui s’adapte, et chant vicieux et rauque qui domine les débats, c’est du Metal de grande classe qui n’hésite pas à flirter avec un Thrash précieux, qui n’impose toutefois pas sa vélocité. 

Mais le quintette sait aussi se montrer à l’aise dans l’exercice de l’instrumental concis et harmonieux (« In The Distance »), dans la composition épique et mélodique (« The Angel of Rain », qui peut sans conteste rappeler ANGRA et RUSH d’ailleurs), et surtout dans les longues suites construites avec patience, qui laissent le panorama défiler aux accents d’un Post Metal prenant (« The Fabled Uxoricide »). Cette dernière compo est d’ailleurs un bijou à part entière, qui fait briller toutes les facettes d’un groupe précieux, qui ne sacrifie toutefois jamais l’efficacité à la complexité. Ils unissent les deux qualités dans un ballet étourdissant qui vous fait voyager sans bouger de votre fauteuil en alignant des plans jamais gratuits, en superposant des riffs lourds à des chœurs éthérés, et en laissant leur nature profonde et versatile s’exprimer sans bride. Chapeau messieurs. 

Pas étonnant dès lors que les MEDEVIL soient un des groupes les plus populaires de leur province et qu’ils puissent se permettent une tournée d’envergure qui débutera à la fin du mois d’août. Leur réputation live étant assez flatteuse, Conductor of Storms leur permettra sans aucun doute de mettre à feu et à sang toutes les scènes qu’ils fouleront.