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Broken Limbs - Loud Instrumental Sludge / Heavy Noise - USA - 16 Septembre 2016 - 7 titres – 31 minutes

Depuis quelques temps, je le partage entre des groupes (très) rapides et (très) bruyants, et d’autres qui jouent (très) lentement, et (très, très) bruyamment. A croire que je peux trouver mon aise qu’entre les extrêmes. Mais ça me va, après tout, ça permet de casser le schéma temporel d’une routine que j’abhorre. Et ce matin, j’ai illustré le parangon de cette philosophie personnelle en faisant confiance à mes amis US de Broken Limbs, qui m’ont procuré sans le savoir les deux bouts qu’il me fallait joindre pour démontrer mon analyse.

Et ils sont même allés encore plus loin que je ne le pensais.

 

Split encore, format maudit mais…pratique. De quoi permettre à certains groupes de s’exprimer, de refourguer des EP déjà sortis et bénéficier d’une nouvelle exposition, ou de créer de nouvelles œuvres totalement inédites. Là, nous sommes plutôt dans l’illustration du premier cas avec l’association de deux entités qui s’avèrent rudement complémentaires. Mais surtout, de la pesanteur, du feedback, de la distorsion, beaucoup de Noise et un peu de musique, des exercices rythmiques assez ludiques, et des épreuves à traverser, le pavillon des oreilles bien dressé. 

Nous restons aux USA malgré la lutte farouche entre les adversaires démocrate et républicain, pour un affrontement de deux visions qui s’imbriquent assez bien l’une dans l’autre. Leur but commun ? Repousser les limites de la compression grave, triturer les fréquences pour les rendre insupportables, plonger dans les abysses des enfers non harmoniques et coupler leurs forces pour rendre l’effort encore plus intense.

 

D’abord, les BLACK TAR PROPHET. Vous vous souvenez de cette punition antique qui consistait à répandre sur un pauvre coupable tout désigné du goudron et des plumes? Alors dites-vous que Greg Swinehart (basse) et Erik Dever (batterie) ont adopté ce châtiment pour l’illustrer artistiquement, en remplaçant les plumes par un peu plus de goudron. Formé en 2011, ce duo se définissant comme un peu Sludge et pas mal Noise a déjà sorti deux LP, Note To Nod et Deafen, qui offrent un panorama assez complet de leurs possibilités, qui elles-mêmes tournent autour d’une lancinance et d’une pesanteur extrêmes. 

Le Sludge, avec du chant, c’est déjà toute une affaire, mais sans, les choses se compliquent. Alors le duo parsème son jeu de dupes basse/batterie de quelques samples et d’une poignée de variations rythmiques, mais se concentre surtout sur la ténébreuse séduction d’une osmose entre une section es beat collée par du…goudron bruitiste qui fait vraiment mal au cœur et aux oreilles. 

Les quatre morceaux qu’ils proposent aussi étaient déjà disponibles depuis le mois de mai de cette année, mais trouvent ici un nouvel écrin vinylique de toute beauté. Musicalement, c’est assez simple en soi, beaucoup de jeu sur les oscillations graves, le plus possible, et un unisson assourdissant lorsque les deux instrumentistes se rejoignent sur des plans communs. Pas vraiment Drone parce qu’encore trop « détachable » pour ça, mais finalement, assez proche quand même. Cathartique dans l’abus, en écho de caverne dans la forme, c’est un exercice de style. Rien de moins, mais notable quand même.

 

Le cas IRON GAVEL est à étudier en parallèle, avec toutefois un décalage qui permet d’enrichir cette sortie. Se classant sans arrière-pensée dans un créneau « Regressive Rock », cet autre duo (Dan Martin – vibration et Ryan Advent – impact) affiche déjà huit années d’existence, pas mal d’expérimentations qu’ils définissent comme des démos improvisées, et surtout, se place sous l’égide de pas mal d’influences bizarres qu’ils se refusent à lister.

Peu importe, l’expérimentation parle d’elle-même. Un peu fuzzy sur les bords, jouant constamment avec l’écho et la complémentarité des instruments utilisés (basse, batterie, guitare et tous les bruits qu’ils parviennent à capter), les originaires de Franklin, Pennsylvanie parviennent à catapulter leur travail rythmique dans l’espace pour lui conférer une aura assez nébuleuse qui rappelle tout autant le Sludge contemporain que le Space-Rock des seventies, sans pour autant tomber dans le délire lysergique imbuvable.

 

En résulte une expérience assez intéressante, utilisant l’excès et les répétitions comme mode d’expression, et frisant parfois la saturation ultime (« Shroud » unique bourdonnement qui laisse quand même place à quelques silences vite interrompus par une coulée de bruit), sans pour autant lâcher complètement de vue une certaine forme de musicalité qui accroche l’oreille (l’entame de « Germ », presque musicale dans la forme mais toujours aussi lourde et oppressante dans le fond). 

Un travail en solitaire intéressant de part et d’autre pour un résultat commun qui offre deux perspectives évoluant en parallèle sur des chemins un peu moins linéaires qu’il n’y paraissent. Du Sludge évidemment, mais pas borné et basique, qui va chercher plus loin que les sempiternels accords plaqués avec résignation pour offrir des solutions qui ne sacrifient pas pour autant l’intensité itérative d’usage. Mais une sorte de point d’orgue d’un unisson dans la gravité qui se veut pluriel.

 

A écouter attentivement pour en dénicher toutes les finesses bien cachées et pour croire que ces styles poussés peuvent encore s’offrir une porte de sortie valable et pas trop encombrée. Et puis le chant, c’est si surfait après tout…