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Blue Swan Records - Post Hardcore Progressif - USA - 5 Août 2016 - 10 titres – 36 minutes

Pour une meilleure compréhension de la chronique suivante et du groupe concerné, posons d’abord quelques jalons.

 

       -  Vous devez connaître ce qu’on appelle le Swancore. Ce sous-genre musical définit les grandes lignes du style de SIANVAR, ainsi que celui d’autres groupes y étant reliés comme je vous l’expliquerai aussi plus tard.

       -   Les membres de SIANVAR viennent tous d’horizons similaires, d’ensembles plus ou moins connus, ce qui fait de cette nouvelle entité un “supergroupe” dans un certain sens.

       -   Pour piger les préceptes de base du Swancore, il faut avoir quelques bases. Alors pour les néophytes, imaginez un genre de Post-Hardcore, dont les fondations reposeraient sur un mélange de matériaux. Un peu de DEFTONES contemporain, un brin de VATTNET VISKAR, le tout traité à la sauce DREAM THEATER/RUSH. 

Voilà pour ce préambule qui je l’espère, vous permettra d’envisager cet album sous le bon angle. Le souci est que ces dits angles sont plutôt arrondis, et que le tout à des allures de sphère traversant notre univers dans une dimension très particulière.

 

Prosaïquement, le quintette se décompose comme suit :

 

Will Swan (Dance Gavin Dance), Donovan Melero (Hail the Sun), Sergio Medina (Stolas), and Joe Arrington et Michael Franzino (A Lot Like Birds), soit, un guitariste, un chanteur, un autre guitariste, un batteur et un bassiste, configuration en quintette assez classique. Tous ces groupes gravitent autour du même axe, il est donc assez normal d’en voir ses membres se réunir pour un projet externe commun.

Swancore donc, cédons à la mode des définitions précises, mais visiblement, ce point de détail n’empêche nullement d’apprécier la musique exhalant des sillons de Stay Lost pour ce qu’elle est sans chercher à l’étiqueter précisément.

C’est une musique complexe sans vraiment l’être, qui se base sur des capacités instrumentales assez impressionnantes, mais surtout, sur des impressions, des couleurs, des sentiments et un ressenti. Si le quintette ne se prive pas pour glisser régulièrement dans ses morceaux des prouesses techniques assez époustouflantes (notamment au niveau rythmique, un vrai jeu de piste qui donne parfois le tournis), il n’en oublie pas pour autant de travailler ses mélodies, ses accroches, et de distiller des breaks planants ou au contraire frappants pour dynamiser l’écoute en permanence. 

L’image du cygne est d’ailleurs assez bien choisie. On imagine très bien la bête flottant sur un lac, cédant à ses impulsions pour dériver d’un trait erratique, avec grâce, et puissance. L’immaculée blancheur des harmonies se confrontant sans cesse aux heurts d’un duo basse batterie en complète roue libre (à ce titre, « Foxholes And Deities » vous fait vraiment perdre l’équilibre avec son plan de batterie tout bonnement hallucinant de fluidité acrobatique), Stay Lost justifie donc son titre sans se forcer en jouant la carte de la dualité arythmie/simplicité.

 

Mais il serait injuste de réduire SIANVAR à cette opposition, aussi tangible soit-elle. Car leurs chansons sont bien plus complexes qu’une simple trame de base, comme le démontre avec aisance le terrifiant « BedRoots », qui passe par toutes les humeurs possibles, évoquant le Post Hardcore US moderne, le Progressif hargneux, le Hardcore synthétique et presque Emocore,...Et tant d’autres possibilités à recenser. Riffs qui s’empilent, se caressent et se griffent, chant qui module entre feulements et hurlements écorchés, rythmique qui une fois de plus ne suit aucune directive sinon celle de sa propre liberté… 

Les DEFTONES rencontrant CYNIC un après-midi d’automne ? L’image me plaît, et reste assez fidèle aux sons émis…

 

Pour avoir un bref aperçu des capacités du groupe de Sacramento, vous pouvez toujours vous pencher sur le single « Omniphobia », illustré d’une vidéo promo. Certes, ce morceau vous donnera bien des indications sur les directions suivies, mais ne pensez surtout pas qu’il se pose en résumé parfait. Il offre des voies, pose des bases, mais ne révèle en rien toute la richesse d’une musique magique qui prend son temps pour s’incruster dans votre système sensoriel. Il n’annonce en rien la surprise de « 1100 Days », qui pourrait éventuellement se concevoir comme le positif d’un TOOL en version moins torturée, il ne fait qu’effleurer la réalité romantique de « Psychosis Succumbing », perturbé par des bourrasques rythmiques qui se percutent dans un axe rotatif d’arpèges, et n’anticipe en rien le final euphorique de « Stay Scared » qui va à l’encontre de son propre titre en développant une fois de plus un schéma percussif enivrant de puissance et de dextérité. 

En fait, si tous les titres sont reliés par un fil rouge, ils sont tous en orbite libre, ce qui rend Stay Lost encore plus passionnant.

Les SIANVAR sont parvenus à se placer sur la frontière la plus absolue entre délicatesse harmonique et brutalité polyrythmique, sans forcer, en laissant parler leur nature propre. Lorsqu’ils préfèrent exorciser leurs démons Hardcore, le choc est frontal. Et lorsque la pureté mélodique prend le dessus, le charme agit en quelques secondes.

Mais il est relativement ardu de parler d’un LP qui justement vous conseille d’accepter la dérive et la perdition. Les connaisseurs reconnaîtront la patte de DANCE GAVIN DANCE, le groupe de Will SWAN, et s’amuseront au jeu des comparaisons, tandis que les novices accepteront le cadeau en l’état.

Les deux options sont viables… 

Un album à part, qui fonctionne comme une clé ouvrant des univers parallèles et différents, là où le temps ne subit pas les mêmes inflexions.

Alors, Swancore ou pas, vous comprendrez que le débat n’est pas vraiment d’importance…Une musique riche qui ne se dévoile que par touches fugaces, et qu’on se prend à redécouvrir à chaque écoute. Une bien belle façon de se perdre dans une galerie des glaces dont les reflets changent à chaque passage.