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Experimental Post BM Crust - USA - 11 Septembre 2016 - 2 titres – 40 minutes

Toutes ces histoires de style, ça commence à me gonfler en fait. Grind, BM, Crust, Sludge, Stoner, Post Hardcore, Chaoscore, on ne s’en sort plus et il devient de plus en plus difficile de définir à quoi nous avons affaire. Et puis, honnêtement, en a-t-on quelque chose à battre ? Pas vraiment, sauf lorsque le moment vient d’aiguiller le lecteur sur la bonne piste. Et si on admettait une bonne fois pour toutes que le dit lecteur est capable de faire son choix comme il le sent ?

Et si, dans un moment de perdition, on envisageait un groupe capable de synthétiser tous ces sous-genres pour aboutir à quelque chose de vraiment unique et…bruyant ? Ça vous semble inconcevable, impensable ? Pourtant, cette solution pourrait être viable.

Comment ?

Il suffirait de jeter un coup d’œil et de tendre les deux oreilles vers la musique produite par un trio parfaitement étrange…

 

Grand Rapids, Michigan. Trois musiciens, Claire (chant), Dylan (batterie) et Derek (guitare). Un premier effort (Raze, 2015), et puis un second, à paraître, Suna Kulto qui met clairement les choses pas au point du tout. Moi, j’aime les gens qui ne se fixent pas, mais qui le font avec créativité et talent. Et avec ces trois-là, j’ai été gâté ce matin. Deux morceaux seulement, qui frisent ou dépassent les vingt minutes, c’était pourtant chaud. Je me disais en mon fort intérieur (à qui je parle beaucoup), « Tout ça pue le gros Sludge à plein nez, ou le Noisy Post BM faisandé ».

Mais heureusement, mon fort intérieur se trompe de temps à autres. Et dans le cas des DAKHMA, il ne pouvait pas faire plus fausse route. Balayons d’emblée les homonymies, ces DAKHMA là ne jouent pas de Grind à deux ou de musique occulte du côté de l’Angleterre, mais bien un assemblage disparate de plusieurs influences aux USA. Influences qu’ils ont digérées pour les restituer de façon cohérente, dans une flaque de bile vraiment dense et compacte, qui parfois fait vraiment froid dans le dos.

 

Pour situer le décor un peu plus précisément, imaginons, dérivons. Imaginons la quiétude d’un Post Hardcore vraiment mélodique à la THE OCEAN, et de soudaines poussées de fièvre Grind/Noise à la FULL OF HELL. Diluons le tout abstraitement dans un fond de barrique Indie/Crust (oui, l’association est possible), et nous obtenons en substance l’essence même des deux saillies de ce nouvel EP. Difficile à imaginer ? Oui, et difficile à écouter aussi, mais puissant, évocateur, et dissonant. Bruyant, strident, chaotique, contemplatif puis lapidaire, enfin, le genre de machin qui donne les mêmes sensations qu’un acide gobé avant de monter dans le manège le plus branque d’une fête foraine déjantée.

Ouf, la phrase est finie, mais les morceaux commencent, et c’est bien là que ça donne le tournis.

 

Deux, pas plus. Bâtis plus ou moins sur le même moule, décomposable comme suit. Une guitare qui se répand en arpèges délicats et un peu amers, une bande instrumentale apaisée, une douceur de surface zen soudain interrompue par des frisées apocalyptiques durant lesquelles la jolie Claire crache justement ses glaires pour vous coller les miquettes. On hésite à ce moment-là entre un Crust vraiment malsain, un Grind pas vraiment bien dans sa peau, et un BM joué par un groupe de Hardcore aux nerfs déjà trop éprouvés par l’existence. Reprenez la description, appliquez-là à intervalles réguliers, et vous obtiendrez vingt minutes de chaos/repos. A ce petit jeu de crises de démence, c’est quand même « Coins » qui décroche la palme de la schizophrénie en cours de traitement, puisque le trio parvient à garder la cadence infernale en main pendant de (très) longues minutes.

Mais évidemment, la pause finit par arriver, sous la forme d’une progression en crescendo pas vraiment rassurante. Le ton monte, la mélodie finit par être emportée par une lame de fond bruitiste qui dégénère même en copycat de MERZBOW, avant de s’affaler une fois encore sur un duo guitare/batterie en pleine introspection. 

Derek abuse de ses cordes, les caresse, les torture, utilise la guitare comme médium et non comme instrument, alors même que Claire refuse de chanter et préfère se répandre en hurlements déchirants. Dylan s’adapte aux exigences, et le fait très bien. Chacun son style, mais un effort commun.

 

Je vous ai intrigués, ne le niez pas. Mais c’est chose normale puisque je le fus aussi. Disons simplement que les trois membres de DAKHMA ont refusé la facilité pour créer leur propre monde à l’abri des standards habituels. Ils picorent un peu partout, et produisent un miel âpre, dur sur le palais, mais qui finalement s’avère beaucoup plus riche que celui de nombreux concurrents. Mais…ils n’ont pas de concurrents, ils sont seuls sur leur montagne. 

Et regardent le monde sans complaisance, sans prisme, cru, tel qu’il est.

 

Et sincèrement, leur description est assez fidèle en soi. Belle et hideuse. Alors vous pensez bien que les querelles de voisinage à propos d’un style plutôt qu’un autre ne les intéressent pas forcément. Ils sont ce qu’ils sont, et c’est déjà énorme.