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PowerSlop / Vintage Death - USA - 13 Août 2016 - 13 titres – 46 minutes

A force d’écouter des trucs bordéliques qui jouent à la vitesse du son, on en vient à avoir envie d’écouter des trucs bordéliques qui ne jouent pas à la vitesse du son. Non que je troque mon Grind ou mon Crust contre du Sludge de bon ton, mais il arrive un moment où l’esprit a le désir d’avoir le temps de comprendre ce que ses neurones perçoivent. Alors on calme le jeu, mais on ne baisse pas l’intensité d’un cran pour autant. Et pour ça, même pas besoin d’aller fouiner dans les coins les plus reculés du globe, il suffit juste de franchir l’Atlantique et de visiter le Colorado. 

Colorado donc, Colorado Springs et Denver évidemment, pour y connaître deux formations assez intéressantes en soi, qui s’amusent beaucoup à confronter la pesanteur et la liberté d’expression à la violence crue d’un cocktail Métal/Hardcore/Death/Sludge (please, biffez les mentions inutiles, mais il n’y en a aucune). Difficile à appréhender en soi, mais heureusement, lorsque les forces s’unissent et partagent leurs opinions sur un même format, l’explication devient presque plus limpide, et disons-le, intelligible.

Alors qui dit split et deux ensembles, dit double traduction.

D’un côté, MODOK, power trio old-school un peu sloppy sur les bords. De l’autre côté, mais pas très loin non plus, ALONE, qui n’ont pas l’air de vraiment se sentir seuls avec leur vieux Death teinté de Sludge maladif. Au milieu, un équilibre parfait entre deux formations qui se connaissent bien et qui partagent pas mal de points communs. 

Le plus évident étant cette inclinaison à mélanger les genres et les ambiances pour parvenir à un résultat assez malsain, qui tire souvent sur le Death très primitif teinté de Sludge parfaitement maladif. Un son, une attitude, et surtout, des morceaux, parfois longs, qui captivent et retiennent l’attention. Alors maintenant que j’ai la vôtre, développons quelque peu.

 

Tout commence par l’implication des originaires de Colorado Springs, qui proposent sur ce format six titres, tous aussi concis les uns que les autres. Les ALONE qui ne disposent visiblement que d’un Bandcamp assez sommaire, n’ont proposé sur ce support qu’un seul morceau digital avant ce split, qu’on trouvait d’ailleurs sur la compilation Crushing Intolerance Volume 2. Ces faces partagées avec MODOK leur permettent donc de diffuser leur art à plus grande échelle, et je dois reconnaître que leur musique est assez fascinante autant dans la forme que dans le fond. Se répandant en effluves Death primales, qui s’inspirent sans aucun doute des dogmes antiques de Chris Reifert et son séminal AUTOPSY, avec en sus une touche de Sludge putride, les ALONE ont choisi une optique assez tendue qui met effectivement mal à l’aise, et privilégient la gravité à la vitesse. Ce qui ne les empêche nullement d’avoir quelques poussées de fièvre assez Core, qui dynamisent des morceaux compacts, sur lesquels la basse distordue s’en donne vraiment à cœur joie.

Riffs malsains, chant tout en écho retenu, presque inintelligible parfois, amplitude des guitares qui souffrent de ne pas vraiment trouver leur voie, le mélange proposé par ALONE est relativement créatif mais aussi assez éprouvant pour les nerfs, et joue au chat et à la souris avec votre adrénaline. Si tous les morceaux semblent converger dans la même direction, ils possèdent tous ce petit plus qui permet de les différencier.

Et dans un créneau Sludge à tendance Death oppressant, ils battent le haut du pavé et remportent l’adhésion sans aucun problème. Et même lorsque le chronomètre oublie de s’arrêter (« Erotic Dissonace », plus de six minutes), l’ennui oublie de pointer le bout de son nez grâce à une progression évolutive assez bien sentie.

 

Le cas de MODOK est évidemment subtilement différent, quoique cohérent dans l’association. Pas plus de productions dans le cas des résidents de Denver, si ce n’est cette fameuse démo sortie un peu plus tôt dans l’année, qui posait déjà les bases de leur philosophie. Bénéficiant d’un son beaucoup moins étouffé, les MODOK (Dean (batterie/chant), Dane (basse/chant), et Laddie (guitar/chant) proposent donc sept pistes un peu plus radicales que celles de leurs homologues/amis, et se montrent volontiers plus concis et agressifs. Fondé en 2015, le trio n’a pas oublié les prémices de la scène Death Floridienne, qu’ils traitent selon un point de vue Sludge contemporain, tout en y apportant la touche glaciale suédoise des années 90. Si la référence AUTOPSY est un peu moins valide, celles d’UNLEASHED et GRAVE sont assez notables, dans un créneau plus porteur et moins passéiste qu’on pourrait le croire. 

Leurs sept interventions se répandent donc en riffs gangrénés et en lignes vocales graves, et reprennent même avec un enrobage plus adapté certains titres de leur première démo, dont le très accrocheur et radical « Re-Animator ». On retrouve aussi au niveau des réadaptations « Terrifying Light »  et « Migration To Decay », plus quatre nouveaux pamphlets de la même qualité et respectant la voie initiale. Un résultat à la hauteur des attentes suscitées dans l’underground par leur première maquette, qui trouve ici un écho très favorable qui risque de les placer sous les feux de la rampe.

Leur Death basique est assez intelligent et ne se contente pas d’arracher les racines du style pour les planter dans un nouveau cimetière rural, mais les fait pousser différemment pour obtenir une mixture fertile. Bien évidemment on retrouve tous les tics que l’on connaît déjà, mais cette façon de traiter les riffs avec un certain respect mélodique est fascinant parfois (« Terrifying Light »), et finalement, leur participation permet d’atteindre un équilibre dans la diversité qui transforme ce split qu’on pensait un peu trop compact en visite des caves du Colorado assez bien guidée. 

Retenez bien ces deux noms, MODOK et ALONE, il est fort possible que vous en entendiez parler un peu plus longuement si vous arpentez les pages des sites spécialisés. Et comme en plus, les deux groupes vous proposent leurs propres interventions en NYP sur leur Bandcamp respectif, vous n’aurez aucune excuse pour passer à côté.