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Broken Limbs Recordings - Experimental Noisy Death - USA - 14 Octobre 2016 - 7 titres – 27 minutes

L’habit ne fait pas le moine, et les apparences sont souvent trompeuses. Ne m’en veuillez pas de commencer cette chronique par de vieux adages éculés, mais en regardant la photo promo qui orne la couverture de la page Facebook de ces Américains, ce sont les deux préceptes qui me sont venus à l’esprit. Ce quatuor originaire de L.A, Californie ressemble plus à une assemblée Hardcore qu’à ce qu’ils sont vraiment, mais la question reste.

Que sont-ils vraiment ?

Si on les écoute, de simples êtres vivants. Puisqu’ils déclarent en forme de leitmotiv/mantra : 

« Nous existons, et c’est tout ce qui compte ».

 

Et en effet, rien d’autre n’a d’importance dans leur cas. Puisque les OUR PLACE OF WORSHIP IS SILENCE ont une seule mission. Repousser les limites de la brutalité et envelopper de mystère les frontières de styles qu’ils piétinent allégrement. Si l’on croit les quelques sites qui les référencient, ils n’ont à leur actif pour le moment qu’une simple démo parue l’année dernière, Demonstrations MMXV. Mais au mois d’octobre, ce très maigre CV va considérablement s’étoffer par l’entremise des fins gourmets de Broken Limbs qui éditeront en vinyle et tape leur premier album. Et si vous me connaissez un tantinet, vous savez déjà que l’affirmation suivante ne sera pas à prendre à la légère.

Car The Embodiment Of Hate risque de faire beaucoup de bruit, au sens propre comme au figuré. Et ce, malgré son titre.  

Ainsi, les Californiens vénèrent le silence. Etrange pour des musiciens pratiquant l’art d’une symphonie aussi extrême…Mais après tout, la conception du « non bruit » revêt parfois des formes assez étranges, et la leur ne l’est pas moins que celles de John Cale ou NAKED CITY.

Mais subtilement…différente.

 

Intéressons-nous de près à cette première réalisation. Selon leurs auteurs elle « verse du sel sur les plaies de tous les sauveurs », ce qui en dit suffisamment long sur leur but pour appréhender la chose avec prudence. Mais il est vrai que ces sept morceaux ne sont pas élaborés pour procurer un sentiment de bien-être ou de sécurité chez l’auditeur.

A cheval entre Death, Black et Thrash, les OPOWIS proposent donc une sorte de Metal en fusion très corrosif, qui utilise des codes inhérents aux trois genres cités, sans appartenir à aucun. Certes, les riffs sentent bon le Death, leurs arrangements vocaux s’alignent sur une conduite purement Black, et l’ambiance générique et générale est quand même assez Core dans le fond, et résolument étrange dans la forme. La rythmique cavale, se brise en pleine ascension, et les guitares semblent parfois dériver le long du courant d’une inspiration libre. Le tout prend des allures assez techniques, mais enrobé dans une aura surréaliste, qui place la violence au rang de dogme, et qui transforme cet album en expérience assez unique en soi.

Il est très difficile d’établir des points de comparaison avec certains de leurs contemporains, et c’est pour ça que je ne jouerai pas au petit jeu des parallèles. Parce qu’après tout, The Embodiment Of Hate a été conçu de telle manière qu’il convient de le traiter en pièce unique. 

Bien sûr, il est impossible de ne pas penser à quelques références Black ou Post Black en écoutant ces morceaux, si tant est que vous soyez capables de voir le genre sous un autre angle. Je pourrais citer les WORMWOOD, WHEELFALL pour cet affranchissement de toute catégorisation, mais en fait tous ces ensembles se ressemblent non dans le développement, mais plutôt dans le mode de pensée. Alors, d’une chanson à l’autre, les ambiances changent, mais semblent se noircir de plus en plus, au point d’atteindre un point de non-retour à l’occasion du final cauchemardesque « Church of Atrocity ». Une fois parvenu au terme de l’album, on comprend d’autant mieux la progression proposée par les Californiens, qui paraissent s’enfoncer dans les traumas de l’humanité, en concrétisant musicalement ce que l’âme humaine à de plus sombre. 

La production est d’ailleurs assez étrange en soi, et propose un genre d’amalgame entre la violence sourde de la vague Death scandinave des 90’s et le nihilisme mélodique de la vague Black US des années 2000. Mais sachez en tout cas que les points de repère des Américains sont troubles, et que vous sortirez de cette écoute avec plus de questions que de réponses.

Mais est-il vraiment nécessaire de connaître clairement l’ennemi qu’on affronte, à partir du moment où cet ennemi fait en fait partie de nous-même ?

Non, je ne pense pas. 

The Embodiment Of Hate fait partie de ces albums qui n’appartiennent à personne et surtout pas à un courant. Il transcende les codes du Death pour les plier aux exigences du Black, et finalement aboutit à quelque chose de neuf.

Ténébreux, caverneux, c’est une plongée dans la psyché d’une humanité aussi noire que l’avenir qu’elle s’est préparé. Une démonstration de lucidité en force qui se joue des obligations pour les transformer en expiation. 

Alors l’habit ne fait pas le moine, encore moins le musicien. Ces quatre-là sont pourtant d’habiles manipulateurs. Et leur album n’est rien de moins qu’une funeste prédiction. Celle qui affirme que la musique et notre propre déchéance vont un jour s’accorder pour sonner les trompettes de l’apocalypse.