a0965329008_10

Free Hardcore - Ukraine - 1er Septembre 2016 - 6 titres – 12 minutes

« Tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort ». 

Vous connaissez, et généralement, c’est la seule citation que les profanes peuvent employer lorsqu’on aborde le cas de Nietzsche, puisque de toute façon, c’est la seule qu’ils connaissent. Et encore, heureusement que le nom de l’auteur est précisé de temps à autres sinon tout le monde ignorerait d’où elle provient.

Personnellement, j’en préfère une autre, moins usitée mais très vraie, et surtout, idoine en l’instant. 

« Il faut avoir une musique en soi pour faire danser le monde. » 

 

Et si vous la couplez à un autre extrait d’Ainsi Parlait Zarathoustra

 

« L’homme a besoin de ce qu’il y a de pire en lui s’il veut parvenir à ce qu’il a de meilleur »

 

Vous pourriez presque obtenir la chronique la plus concise et fidèle de ce nouvel EP des originaires d’Odessa, Ukraine de THE NIETZSCHE. Bizarre comme choix de nom de groupe quand même. Mais comme ils citent volontiers Kerouac, Poe et Bukowski, après tout, il semble y avoir une certaine logique dans leur concept. Si tant est qu’on puisse les percevoir en tant que tel. Musicalement, les choses ne sont pas plus claires pour autant. S’ils aiment se placer dans un créneau porteur de Chaotic Hardcore/Mathcore, la réalité est pourtant toute autre, et leur spectre musical beaucoup plus vaste que ces deux balises le laissent penser.

On trouve bien évidemment des éléments patents de Hardcore dans leurs morceaux, mais aussi quelques traces d’Emocore, de Post Hardcore, et d’Indiecore, des mélodies, des harmonies, de soudaines poussées de colère, et pas mal d’autres choses qui rendent le mélange encore plus savoureux mais…étrange.

 

Un peu comme si le choix définitif de l’appartenance était encore en suspens. Pourtant, six titres et douze minutes paraissent assez peu pour se faire une idée précise du cheminement. Alors acceptons la diversité pour ce qu’elle est, une conséquence et non un choix. Avec son appellation hermétique, Welcome to Poetry 201 brouille déjà les cartes, et son contenu ne fait rien pour les rendre plus lisibles. Il fait suite à Intro to Advanced Poetry, paru l’année dernière en version digitale et gratuite, qui lui aussi tournait les grandes pages de la littérature en flirtant avec la prose ou la poésie de Byron, Wilde et Mayakovsky. Musicalement, les deux tomes ne sont pas si éloignés que ça, assez proches dans le temps et dans les idées, mais on sent bien que les Ukrainiens ont trouvé leurs marques définitives en testant leur crossover avec beaucoup plus d’assurance.

Ils ont clairement assimilé leurs propres influences (CONVERGE, NORMA JEAN, THE CHARIOT), pour les régurgiter à leur façon en y intégrant quelques éléments de BM, de Hardcore très abrasif, et de mélodies presque Pop nostalgiques qui viennent adoucir le tout.

 

Alors il est évident que beaucoup trouveront ça très déstabilisant. Passer en effet d’un effort Emocore comme « Kerouac », à une furie sans complaisance comme « Poe’s Law » qu’on aurait pu trouver sur le séminal Jane Doe des CONVERGE est assez troublant en soi. Surtout lorsqu’au sein d’un même exercice les Ukrainiens manient encore plus l’art du contrepied en substituant des intermèdes mélodiques à des bourrasques bruitistes sans aménager de transition. Mais c’est sans aucun doute ce qui fait leur charme unique, non qu’ils aient le fessier entre deux fauteuils, mais simplement parce qu’ils sont suffisamment créatifs et versatiles pour proposer leur propre version d’un Hardcore qui n’a pas de point d’ancrage fixe. 

 

Et l’ensemble est véritablement charmant, bien que l’expression ne soit pas forcément la mieux choisie. Les morceaux de cet EP sont courts, et laissent un sentiment étrange en mémoire, même si les deux pivots centraux sont les plus longs et sans doute les plus riches. Riffs syncopés qui sonnent le départ d’une rythmique ambivalente, chant qui se partage entre lignes harmoniques et critiques rauques, puis accords plaqués, arpèges effrités, mais surtout, un jeu de chat et de souris qui laisse un peu hébété. Tel est la lecture que vous proposent les THE NIETZSCHE. Ils se permettent même un épilogue assez Ambient et étrange de quelques secondes, ce qui ne fait que renforcer ce sentiment de voyage au pays du solfège aux confins de la logique. Bien senti, et surtout, ouvert sur un avenir ou tout s’avère possible. 

Welcome to Poetry 201 a bien choisi son champ lexical libre et ses rimes croisées, et se présente sous la forme d’une osmose entre poésie et aventure fantastique. Un peu comme si Yeats et Lovecraft avaient mélangé leurs univers.  

« Créer, c'est la grande délivrance de la douleur et l'allègement de la vie »

 

Zarathoustra ne parlait pas comme ça, mais les THE NIETZSCHE et Nietzsche le font. Et colorent nos vies de leurs ouvrages aussi éclectiques et imprévisibles qu’une existence dont personne ne connaît vraiment la fin. Ni le début parfois.