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Sentient Ruin Laboratories / To The Death Records - Death Crust - Espagne  - 7 Octobre 2016 - 8 titres – 38 minutes

Une démo, et on se lance dans le grand bain du premier LP. Et vous pouvez toujours compter sur l’appui des laboratoires de Sentient Ruin pour vous épauler dans l’effort. Je pense que la réputation du label DIY basé à la Bay Area n’est plus à faire. Ils ont déjà dénichés tant de talents qu’on en vient à se demander : 

Mais quand tout ça va-t-il s’arrêter ?

 

Jamais je l’espère, au vu de la qualité des productions en question. Sentient Ruin, c’est un peu le Metal Blade/Roadrunner des années 2000, des dénicheurs de pépites de l’impossible, qui ne dorment jamais et font tourner les presses du rêve et des cauchemars nuit et jour. Au mois d’octobre, ils lâcheront une nouvelle bombe sur le continent Américain (To The Death Records assure le vol et le largage pour l’Europe), bombe qu’ils ont dénichée du côté de l’Espagne, et qui effectivement, risque de faire beaucoup de dégâts. Son nom n’est pas Little Boy mais bien CRUZ, qui nous présente sa façon de pulvériser son environnement immédiat via l’opération Culto Abismal, qui en effet semble vouer une dévotion sans bornes aux abysses de l’enfer et des musiques amplifiées d’il y a trente ans. 

Concrètement, CRUZ est un quintette (Imanol et Benja – guitares, Xavi – batterie, Joao – basse et Javi – chant), déjà responsable d’une première maquette l’année dernière, qui en sept titres posait les jalons de leur philosophie plurielle.

Leurs labels parlent d’eux comme d’une nouvelle entité Death qui agrémente ses théories de quelques idées Thrash, et qui exprime le tout d’une façon très Punk, aux limites du Crust. C’est assez bien vu, puisqu’en fait, ça n’est qu’une description de la réalité la plus absolue, et vous vous en rendrez bien vite compte en posant vos plus si délicates oreilles que ça sur ce premier album qui a déjà tout d’un culte, comme son nom l’indique. Les CRUZ sont parvenus à synthétiser l’esprit morbide du Death nordique des glorieuses 90’s, l’allant générique Thrash de la décennie précédente, et interprètent le tout avec une folie Punk/Crust assez symptomatique de l’école Ibère des années 2000. En gros, une fois les huit pistes ingurgitées, vous aurez un peu le sentiment d’avoir franchi les portes des Sunlight studios en compagnie d’ENTOMBED qui sortait d’un enregistrement hommage à la Bay Area en compagnie des DISCHARGE. Pas mal comme trip nostalgique non ?

 

Il est certain que pour élaborer ce premier album, les Espagnols de CRUZ n’ont pas oublié leur Left Hand Path dans l’oreille d’un sourd. Les similitudes sont nombreuses, ainsi que les accointances plus ou moins directes avec d’autres maniaques de la gravité, comme BOLT THROWER, GRAVE et autres dérivés des hivers Anglais et Suédois qui attendent la nuit pour se réchauffer le doigts. Mais loin de se vautrer dans un mimétisme gênant, CRUZ adapte les recettes à sa sauce et fait preuve d’une belle audace bruitiste. En gros, ce LP initial se complait dans une description assez fidèle des Hadès musicaux, tels que leurs contours ont été plus ou moins dessinés il y a quelques années par une brochette de peintres musicaux fascinés par la violence et la noirceur.

 

On connaît déjà le procédé, mais il est appliqué ici avec un soin maniaque. Les guitares sont froides comme un vent soufflant sur les côtes Norvégiennes, le chant rauque et grondant comme une menace fantôme venue de l’au-delà réclamer son dû, et la rythmique écrasante et oppressante comme des remords vous compressant le thorax. Ce Culto Abismal peut en outre se targuer d’une des meilleures productions du genre, qui n’enterre pas la basse sous une couche de fréquences trop compressées, et qui laisse chaque instrument exhaler de putrides effluves de pourriture ambiante émanant d’un cimetière instrumental pas vraiment fermé à clé.    

Pour un peu, on s’y croirait presque, si ça n’était pour cette vision très Punk d’un Death classique, qui permet aux Ibères de lâcher la vapeur sans trop insister sur le côté glauque. 

Mais loin du Death N’Roll trop roboratif du ENTOMBED le plus récent, les CRUZ lui préfèrent un Death bien vilain qui profite d’une spontanéité rebelle, et qui ne tombe jamais dans l’auto-parodie. Certes, les morceaux se ressemblent beaucoup, et je n’en nierai pas les similitudes flagrantes. Le schéma est pratiquement toujours le même, mais il est efficace, comme le démontre tout de go le premier morceau « Mundos Disformes ». Avec ses presque sept minutes de visite des Enfers, il bénéficie d’une intro envoutante qui prend son temps pour instaurer une atmosphère inquiétante, avant de balancer la sauce et de vous entraîner dans cette spirale descendante. Riff Thrash à la DESTRUCTION pour entamer les débats, rythmique rapide mais maîtrisée, avant qu’un riff tournoyant ne situe le propos à mi-chemin d’un Death torride et d’un Crust timide. Les arguments avancés résument bien la philosophie entêtée des Espagnols, mais annoncent un cataclysme à venir se déclinant en huit préceptes assez simples.

 

Foncer tête baissée, ne se poser aucune question, mais y répondre avec une certaine finesse, et un panache indéniable dans la brutalité.  

L’efficacité est donc le maître mot de ces gardiens de l’autre monde, même si des morceaux comme « La Caza » font preuve d’un peu plus d’audace en imposant un mid tempo martial et régulier comme une marche de damnés. La référence ENTOMBED s’impose encore, cette fois salement entachée de débordements Thrash made in USA, et la machine avance, sans jamais se gripper, jusqu’au final « Tumbas Ciclopeas », qui ne fait rien de plus ni de moins que de rappeler à l’auditeur quel gel mental il risque à s’approcher de trop près.

 

Un Death connu sur le bout des doigts gelés, quelques fantaisies Thrash dans les arrangements de guitare, une rythmique qui ne renie pas la sincérité du Punk, telles sont les armes des CRUZ qui avec Culto Abismal proposent un road trip infernal sans aucun temps mort. En tant que guides, ils sont très professionnels, mais faites attention. Leur unique but est de vous larguer le plus profond possible, histoire d’honorer leur pacte avec le malin.