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Nuclear Blast - Metal de la Muerte - Mexique/USA/UK - 16 Septembre 2016 - 13 titres – 46 minutes

On a beau faire de la magie noire, ça ne protège pas pour autant des mauvais sorts. Et ça n’empêche pas non plus les disparitions, volontaires ou non. Ni même les exils forcés. La Brujeria, sorte de sorcellerie hispanique, on ne connaissait pas vraiment jusqu’à ce qu’une bande de brutes ne s’en revendiquent dans les années 90. Mais tout ça avait l’air plutôt sympathique vu de l’extérieur, musicalement parlant en tout cas.

Plus concrètement, si l’extrême est votre pain quotidien depuis ce temps-là, vous n’avez pas pu oublier ces barbares masqués qui prenaient grand soin de dissimuler leur identité sous des pseudos bon marché. A l’époque, le mystère planait sur leur état civil, mais le mystère eut tôt fait d’être tué dans l’œuf. On retrouvait aux commandes de ce gang des faciès fameux, dont ceux de Dino Cazares et Raymond Herrera (FEAR FACTORY), Billy Gould (FNM), les frangins Cavalera et un certain Juan Brujo au micro. Les années passant, la tribu a sorti quelques albums plutôt bien sentis, bien que Matando Gueros reste selon moi leur achèvement le plus absolu, de par la surprise qu’il a créé et sa « fraîcheur ». 

Mais depuis Brujerizmo, le temps a passé, seize ans plus exactement, et nous commencions à nous dire que les redresseurs de torts à bandanas avaient complètement disparu de la surface du Mexique. On les pensait en planque, le FBI au cul…Leur couverture Roadrunner perdue, c’est donc chez les Nuclear Blast Allemands qu’ils refont surface pour de nouvelles aventures, et il faut avouer que si leur Death barbare et teinté de Hardcore à légèrement perdu de sa spontanéité, il en a gagné en efficacité et en concision.

 

La troupe a aussi quelques peu changé ses membres. Disparus les anciens, bonjour la nouvelle génération, et il semblerait que les postes les plus importants soient occupés par certains membres de DIMMU BORGIR, de CARCASS et de NAPALM DEATH. On serait donc en droit d’attendre un rendez-vous dans une ancienne usine désaffectée, où l’on croiserait les visages patibulaires de Jeff Walker, Shane Embury et Nicholas Barker, entre autres, mais officiellement, la troupe avoue abriter le line-up suivant : Juan Brujo (chant), Fantasma (chant, basse), Hongo (guitare, boite à rythmes), El Cynico (basse, guitare, chant), Hongo Jr. (batterie), Pinche Peach (chant, samples), Pititis (chœurs féminins). A Kuerno (guitare), Sangron (choeurs) et Guero III (choeurs). 

Est-ce à dire que les vilains ont changé leurs méthodes ?

Légèrement il faut l’avouer, même si l’ambiance reste délicieusement dangereuse et subtilement violente.

 

L’époque a changé, les membres aussi, il était donc impossible d’attendre une suite parfaitement logique aux aventures étranges de ces faux Mexicains. Nous nageons toujours en pleines eaux sanglantes, mais le ton général est plus compact et moins jovial, au grand dam de certains qui avouaient une inclinaison pour les joyeusetés bordéliques des années 90. Mais avec un bassiste/chanteur purement Death, un guitariste Grind et un batteur Black, il fallait bien évidemment anticiper un virage plus sombre et cru, ce qui est exactement le cas. Et voyez-vous, quand ça fait mal, ça fait encore plus mal qu’avant, style un bon coup de machette derrière la nuque qui vous décapite en moins de temps qu’il n’en faut pour hurler « Adios amigos ». 

Mixé par Russ Russell (DIMMU, LOCK UP et NAPALM DEATH, ça reste dans la familia…), Pocho Aztlan profite du professionnalisme de ses auteurs pour faire franchir un palier à l’assemblée. Il est certain que la patte des groupes indirectement impliqués est patente en plus d’une occasion, et vous ne manquerez pas de retrouver de multiples allusions à NAPALM et CARCASS au travers de ces treize nouveaux morceaux, dont une sémillante reprise des DEAD KENNEDY’S, subtilement déformée en « California Uber Aztlan ».

 

Niveau lyrics, la finesse est toujours de mise, et les sujets traités avec délicatesse et préciosité. Ainsi, outre le machisme local dénoncé au travers de « Culpan La Mujer » et ses références à la vilaine Eve du jardin d’Eden, en passant par Pablo Escobar (« Plata O Primo »), des cartels et des deals foireux qui tournent mal (« Isla de la Fantasia »), les BRUJERIA n’ont rien perdu des racines de leur concept, même si l’on peut déplorer l’absence du single sorti en éclaireur, l’irrésistible « Viva Presidente Trump ! », très vite épuisé dans sa version vinyle. Qu’à cela ne tienne, le reste est tout aussi digne d’intérêt, et si la tendance est à la radicalisation Death N’Grind, les bourrins n’ont pas perdu l’instinct, et savent encore trousser des couplets tout à fait brutaux. 

Je parlais de l’influence de Walker et d’Embury, mais il est certain qu’on ne peut pas passer à côté en écoutant les massacres « Angel De La Frontera » ou « Profecia Del Anticristo », qu’on aurait presque pu trouver sur Surgical Steel, alors que « Satongo » et « Mexico Campeon » n’auraient pas dépareillé sur les derniers efforts du quatuor de Birmingham. Un peu de Death, pas mal de Grind, le tout arrosé d’une bonne couche de Hardcore bien torché, tel est le menu du dernier repas des BRUJERIA. C’est très épicé, plutôt costaud dans l’estomac, mais après tout, n’est-ce pas ce qu’on attend d’une telle réalisation ? D’autant plus que le « groupe » n’a rien perdu de sa verve et de sa folie en route, ce qui permet d’apprécier cet ultime effort à sa juste valeur. 

Ils en profitent d’ailleurs pour caser des avertissements un peu plus sérieux et plus graves, aux limites du Death Indus bien costaud (« Codigos », du velu et bien tendu), avant une fois de plus de céder à la violence paillarde à mort et gentiment Hardcore (« Debilator », hystérie vocale garantie et pamphlet furieusement précis avec un final glauque sans pitié ni merci). Le tout s’écoute avec plaisir, et même si l’on est loin de la démence urgente de leurs premiers albums, le professionnalisme de l’affaire montre un gang affuté et encore plus dangereux qu’avant. 

En conclusion, il est assez aisé d’affirmer que ces seize années d’absence ont été généreusement comblées, et que ce quatrième postulat des hommes de main tient largement la route, et exhibe des tatouages toujours aussi colorés et menaçants. Les treize vignettes sont autant de cartes postales de l’enfer Death Grind & co, et s’agitent avec fermeté et précision, dotées d’une production parfaitement bien dosée et joliment hirsute sur les bords des sombreros. Un gang qui décidemment n’en finira jamais de faire parler de lui sous couvert d’un anonymat extrême pas si opaque que ça.

 

Une tournée est bien évidemment prévue en compagnie des CATTLE DECAPITATION et de PINATA PROTEST aux USA, en attendant une hypothétique venue dans nos contrées. En espérant que ces porte-flingues daignent venir nous menacer, abreuvez-vous de ce Pocho Aztlan dont la teneur en alcool est quand même assez chargée. Pas la téquila paf qu’on trinque entre amis, mais pas non plus l’alcool de contrebande qu’on déguste à même l’alambic.

Plutôt un truc entre les deux, et sans citron vert.