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Experimental Indie Sludgy Metal - USA - 17 Juin 2016 - 8 titres – 35 minutes

Les groupes n’ont jamais aimé les étiquettes, mais les journalistes ne peuvent s’empêcher de les en affubler. 

Pourquoi ?

 

Parce qu’il est plus pratique pour un auditeur/acheteur potentiel de savoir dans quoi il se fourre. Mais même avec quelques précisions en poche et en tête, il est fort possible que ceux qui s’approchent un peu trop près de la musique de WARM se foutent le doigt dans l’œil et la catégorie erronée dans l’oreille. Une analyse partielle et en surface de The Human Exemplar pousserait le chroniqueur à parler de Stoner, de Sludge, de Grunge, de Post Metal et autres sous-genres finalement inventés par eux-mêmes. Mais une écoute plus poussée leur révèlerait une musique plus riche que l’assemblage disparate de styles opaques, et amènerai un travail de fond terriblement difficile.

Et pas beaucoup plus informatif pour le lecteur. Alors ? 

Alors, rien.

 

Niveau faits, les WARM viennent du Connecticut, jouent ensemble depuis 2011, et ont déjà produit quelques disques, en format numérique ou support physique. Un EP éponyme en 2011 d’ailleurs, et un second numéroté II dans la chronologie, une année plus tard. Les deux sont disponibles gratuitement sur leur Bandcamp, ce qui fait que vous pouvez vous intéresser à eux sans délier vos bourses. Par contre, pour vous plonger dans leur art, il va vous en falloir, le trip n’est pas adapté aux timorés de la musique, et révèle une sale part d’ombre assez repoussante en soi. Part d’ombre régulièrement inondée de lumière, un peu comme si des éclaircies Indie venaient illuminer une aride terre Stoner/Sludge.

Je ne vais pas vous faire à nouveau le coup du groupe inclassable dont il faut expérimenter les délires pour finalement ne pas parvenir à l’apprivoiser ni le comprendre, mais dans une moyenne de métissage des approches, les WARM se situent quand même dans une frange assez complexe et décomplexée à la fois. Et pour être honnête, il faut reconnaître qu’ils jouent une musique riche qui emprunte les vocables de plusieurs idiomes, sans paraître fouillis ni trop opportunistes.

 

L’ambiance de The Human Exemplar est plutôt moite par essence. Même si les titres respirent, on peut presque sentir les gouttes perler sur les murs du local de répétition, et par extension, sur notre propre front. Non que leur musique soit « inconfortable » stricto sensu, mais elle sait instaurer un genre de malaise, comme une impression à l’arrière des pensées qui fait que la situation n’est pas assez claire pour être rassuré. Posé en équation, ça peut se simplifier en schématisant des variables. En gros, vous accolez le MASTODON le plus resserré, un peu de BARONESS, une pointe de 7 WEEKS et vous jouez le tout avec le sens de la négation mélodique d’ALICE IN CHAINS, et vous parviendrez à résoudre la valeur des X et des Y. Mais tout n’est pas si simple, spécialement lorsque toutes les influences se mélangent dans un même élan, ce qui rend la décomposition un poil plus complexe à décortiquer.

Ainsi, un morceau comme « A Pale Criminal », plutôt court en l’état, fait partie de cette osmose décrite précédemment, et reste une pièce originale à part entière. Entame presque Black, avec cris perçants et blasts modérés, qui soudain se fondent dans un groove très lourd et élastique, avec contretemps en appui, pour une délibération Post Hardcore assez ténue.  Car oui, on retrouve des éléments Post dans la musique des WARM, dans la voix évidemment, mais aussi dans la déstructuration de riffs collés au plafond qui finissent pas tomber.

Les mélodies sont toujours abordées d’une façon assez malsaine, et la versatilité du chant ne les rend pas plus rassurantes pour autant, bien au contraire. 

Mais d’un autre côté, les titres plus développés ne sont pas apprivoisables aussi facilement, quoique ce terme ne s’applique quasiment jamais à l’art des Américains.

Prenons pour exemple le pavé « The Imperative » qui laisse dérouler une longue et gigantesque intro Sludge à la MASTODON recentré, avant de s’évaporer dans les volutes d’un Metal Grungy plutôt noir et maladif, tandis que la colère des guitares couve toujours en arrière-plan. L’ambiance est évolutive, et disons-le sans prendre de gants, « progressive », et la violence crue finit par faire son trou lorsque les percussions se font plus appuyées et que la double grosse caisse s’accorde d’un chant de plus en plus hurlé. Stridences, accélérations, écrasements, on pourrait presque dire qu’on évolue en terre Post une fois de plus, puisque tous les genres survolés le sont d’une façon personnelle et changent les donnes. Le chant une fois de plus se pare d’atours Death, les guitares insistent sur des motifs irritants, les riffs s’étirent dans une fausse léthargie, enfin, tout est fait pour noyer le bébé et l’eau du bain avec. 

Ce bébé a une personnalité toutefois bien prononcée, qui se découvre au fil des interventions, et qui finit par arriver à maturation lors de l’épilogue « The Human Exemplar », qui se retrouve à boire la source même du Hard Rock en proposant des parties assez formelles, insérées dans une structure se rapprochant du Doom originel, tout en jouant le tout avec une optique évolutive assez fascinante.

 

D’autres indices peuvent être relevés pour témoigner de la singularité des WARM, mais je préfère vous ménager une part de surprise, puisque c’est sur ce principe que fonctionne cet album. Alors, finalement, peut-on parler de Post Metal dans le cas des Américains ? Oui, et c’est finalement le plus simple quoique légèrement réducteur. Mais avec leur synthèse de Stoner, de Sludge, de Post Hardcore et d’Alternatif, il est difficile de les classer, et mieux vaut les écouter pour parvenir à trouver des preuves, s’il en existe. 

Mais si The Human Exemplar fonctionne à plusieurs niveaux, le résultat est unique, ce qui n’est pas si paradoxal que ça.

Je vous ai fourni des pistes, des influences, à vous maintenant de reconstituer le portrait-robot. Pas certain qu’il ressemble aux traits du visage musical de WARM, mais au moins, vous aurez quelque chose à quoi vous raccrocher.