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Hibernacula Records - Industrial Crust Grind - UK - 16 Septembre 2016 - 11 titres – 21 minutes

En mars de cette même année bande de petits étourdis à la mémoire aussi courte que les shorts, je vous avais parlé du premier effort éponyme d’un duo basé en Angleterre et constitué de Daniel Page (VICTORIAN WHORE DOGS) et Kyle Townsend (ancien STRIKE OFFENSIVE). Cet album, sobrement intitulé I m’avait intrigué, mais quelque peu laissé sur ma faim par ses systématismes trop flagrants. Mais comme je ne suis pas homme à me laisser déstabiliser par de mauvaises impressions, j’ai donc repris le taureau par les cornes pour voir si ses burnes et son agilité avaient quelque peu changé la donne et rendu le combat virtuel un peu plus…piquant.

Six mois ont donc passé depuis ma première analyse, et c’est avec une surprise non feinte que je me retrouve face à ce Methylene Butterfly à l’artwork assez remarquable. Le duo est toujours duo, toujours Anglais, n’est pas moins complaisant dans la violence sonore, mais à fait quelques recherches depuis pour ne pas sombrer dans la routine et les réflexes Core un peu trop évidents. Les progrès accomplis au niveau des compositions sont patents, même si l’ambiance poisseuse et délétère est toujours la même. Le crédo n’a pas changé non plus, la violence pour la violence, la noirceur pour la noirceur, mais les morceaux de ce second né de la fratrie sont beaucoup plus convaincants que leurs aînés.

Non qu’ils soient foncièrement plus originaux, mais ils ont un caractère plus affirmé. Et croyez-moi, l’impact qu’ils auront sur votre moral et vos émotions ne sera pas sans conséquences.

 

NEGATIVE THOUGHT PROCESS à toujours une philosophie en adéquation avec son nom. Il semblerait que les deux trublions de la perfide Albion ne voient les choses que sous leur mauvais angle, sauf que cette fois ci, le dit angle est vraiment biaisé et pervers et bénéficie d’une vision dégagée et ample. La production de ce second effort est gigantesque, et confère à l’instrumentation une patine grasse et grave qui amplifie encore plus l’écho désespéré des hurlements poussés par Daniel, qui vocifère comme un schizophrène emmitouflé dans sa cellule capitonnée de l’âme. Mais les guitares peuvent aussi se targuer de tourner à plein régime, et la rythmique est si profonde et mate qu’elle en déclenche des séismes Crust qui sapent vos fondations les plus solides. En d’autres termes et pour arrêter de finasser, ce second album est une grosse tuerie de Crust à tendance Indus enrobée dans un joli paquet de Powerviolence mécanique qui fout les jetons.

 

Methylene Butterfly en bon papillon légèrement décontenancé par les vapeurs qu’il a inhalé, butine un peu toutes les fleurs qui passent à portée de sa trompe, et se retrouve virevoltant dans des massifs Crust, des bouquets Powerviolence, des éclosions Death et des floraisons Indus, pour finalement délivrer son nectar sous la forme d’un énorme crossover qui enivre de ses poussées de brutalité. Pas de pause, pas de silence, pas d’interruption, juste quelques stabilisations en plein vol pour quelques moments de lucidité/écœurement qui tirent salement vers l’Induscore le plus nauséeux et malsain.

La plupart des pistes sont assez brèves, à quelques exceptions près, dont celle assez notable de « Clandestine Cleaver », qui se complaît dans un panorama désolé, encombré de restes d’architecture Death nordique qui font souffler un froid glacial sur des guitares pas très réchauffées à la base. Ce morceau est d’ailleurs un parfait exemple de la science de fusion des Anglais qui parviennent au sein du même allant à mixer leurs influences Crust Anglaises à la putréfaction Death nordique dans un bel «effort », et le terme est assez faible. En gros, le DISCHARGE le plus noir donne un coup de main au ENTOMBED le plus déprimé pour dessiner un plan du néant musical le plus absolu, comme une gigantesque lande désolée qui ne s’ouvre sur aucune perspective d’avenir. 

Pas glop, mais efficace dans le plombage du moral.

 

On retrouve un peu le même schéma sur « Sewing The Wound », qui lui aussi juxtapose la vitesse et la crudité du Crust aux relents fétides du Death des Sunlight Studios. Cette fois-ci, la patte Indus est plus présente, mais la lourdeur affichée rappelle même la vague Indus anglaise du début des années 90, GODFLESH en tête de ligne, pour ces répétitions malsaines qui finissent par donner mal au crâne. Ce qui évidemment fait un bien fou.

 

Les interventions les plus lapidaires font peu ou prou partie du même univers, mais semblent trouver un point d’équilibre moins tranché. Nous nageons dans ces moments-là en courants rapides, qui se fixent sur une rythmique en up tempo échevelé, tandis que les guitares tronçonnent les arbres pour construire un radeau suffisamment fiable dans le déluge. Quelques riffs tournoyants, une basse ludique qui suit leurs circonvolutions, quelques cris écorchés balancés à la volée, et la haine qui exhale des pistes prend alors des proportions assez inquiétantes. Nous sommes loin des hésitations pénibles du premier effort qui donnait le sentiment de tourner en rond alors que Methylene Butterfly fonce droit devant en sachant pertinemment quel est son but. Faire mal, aux oreilles, au moral, et ça fonctionne vraiment très bien. On ressort de ces vingt minutes complètement lessivé, le cerveau bouffé par les idées noires, et la colère en étendard. Bien joué les mecs. 

Le duo a en outre eu la très bonne idée d’aménager dans son barouf quelques espaces négatifs/positifs, à base d’arrangements sonores grondants et de samples, ce qui rend leur symphonie de l’extrême encore plus efficace. A ce titre, les quatre premiers morceaux sont d’une efficacité outrancière, se permettant même des allusions étranges à un genre de Crustcore Indus maladif et étouffant, comme le démontre le traumatique « Masocutter », presque Post BM dans l’esprit, mais foncièrement Core dans la forme. Disons pour résumer que si l’école Crust anglaise avait fait un stage Death intensif sur les côtes suédoises tout en gardant en tête les préceptes se da propre lignée Indus, le résultat eut été similaire, et sans doute pas plus bruyant. 

Belle progression pour le duo NEGATIVE THOUGHT PROCESS qui s’offre désormais une marge de manœuvre gigantesque. Ils se veulent singuliers, et le sont maintenant, mais d’une manière plus efficace, et ce second LP laisse présager de lendemains qui déchantent grave.

Guère plus optimistes, voire encore plus déprimants, mais dans cette plongée en apnée, leur talent individuel et collectif ressort grandi.