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Overpowered Records - Rock Stoner Inclassable - France - 21 Octobre 2016 - 9 titres – 34 minutes

Il est toujours étrange de se rendre compte qu’on a suivi le parcours d’un groupe depuis ses débuts. On se sent proche, tout en sachant pertinemment qu’on est toujours un journaliste parmi tant d’autres, et surtout pas un relative, encore moins un ami. Pourtant, le sentiment de promiscuité est là. On comprend. On pense savoir. Mais visiblement, on découvre, comme tout le monde. On constate que la musique murit, comme les musiciens qui la jouent, et qui en fin de compte, suivent leur propre trajectoire, ascendante, linéaire, déviante ou circulaire.

Les 7 WEEKS, je les connais depuis 2006 et leur première démo. J’avais découvert à l’époque un groupe bien dans ses amplis, qui depuis, a accumulé les sorties. Ce parcours a été émaillé de prestations live, un bon paquet, en Europe notamment, en support de SUICIDAL chez nous, mais aussi de petits chefs d’œuvres conceptuels, comme cette gigantesque adaptation musicale du Dead Of Night de Bob Clark il y a cinq ans. Je savais déjà à ce moment-là que les limougeauds avait quelque chose de plus à proposer qu’un simple Hard Rock efficace, mais cet album m’avait convaincu une fois pour toute de leur potentiel énorme et de leurs ambitions, « à part ».

 

Jamais déçu, jamais repu, je n’ai pas lâché l’affaire, alors lorsque Julien m’a contacté pour parler du successeur de Bends, le EP de 2014, je ne me suis pas fait prier, évidemment.

Bends était une simple pause sur la longue route des sept semaines qui finalement les a fait marcher et courir plus de dix ans, un petit vent frais bluesy qui leur permettait de s’adapter à un nouveau line up, une charmante récréation. Mais les choses sérieuses, et Dieu sait si le terme leur colle plus ou moins à la peau, s’étaient mises en veille il y a trois ans, lorsque Carnivora avait tenté de donner une suite au phénoménal 7 Weeks Plays Dead Of Night. Tenté et réussi bien sûr, en adoptant une approche différente, plus « humaine », plus « concrète », mais aussi créative que tout ce qu’ils avaient entrepris jusqu’à lors.

Aujourd’hui, nous sommes en 2016, et le 21 octobre, je fêterai donc le dixième anniversaire de ma rencontre avec Julien et sa bande, en écoutant comme vous A Farewell To Dawn. Un adieu à l’aube ? Le jour se lèverait-il enfin pour les limougeauds ? Il s’est levé il y a très longtemps déjà, et la nuit n’est pas prête de tomber sur leur succès. La preuve ? Neuf chansons flambant neuves, qui si elles s’attachent à perpétrer une certaine nostalgie du passé sont résolument tournées vers un avenir une fois de plus très clément. 

« Enregistré à Paris par Francis Castes, le disque mixe habilement tension et puissance avec sensibilité et expérimentation. Il en résulte des morceaux uniques, très organiques mais sophistiqués, un rock massif, nourri aux mélodies mais se faisant un malin plaisir à contourner le convenu. »     

L’accroche promotionnelle est d’usage, et pourtant, elle n’est que sincérité et honnêteté. Et vérité par extension.    

 

7 WEEKS n’est pas le genre de groupe qui bluffe à la table de poker du Rock, et n’avance sa mise qu’avec une main solide. Une fois encore, ils ont forcé la chance, et sourient en coin avec un bon full aux as par les rois, des as terriblement Rock qui se marient parfaitement avec ces rois mélodiques qui apportent le contrepoint qui enrichit l’énergie. Musicalement, pas de changement de cap, pas d’épiphanie, ni révélation, ou celle qu’en plus d’être de très solides instrumentistes, les limougeauds s’avèrent être aussi des compositeurs de plus en plus racés. On retrouve au générique de ce A Farewell To Dawn tout ce qui fait leur unicité, ce Rock lourd mais tendre à la limite du Stoner, gorgé de grosses guitares à la distorsion abrasive, ce Metal qui n’en est pas vraiment, porté par un chant puissant et réchauffé de soul Indie, un peu Post Grunge par moment, mais surtout direct et beaucoup plus fin qu’il n’y paraît. 

Les nouvelles compos se posent en résumé parfait de leur carrière, piochant de ci et là des idées novatrices qui font pourtant partie de leur ADN, qui ne glosent jamais dans le vide sans pour autant se contenter de l’essentiel. Mais l’essentiel dans le cas des 7 WEEKS, c’est de signer des morceaux efficaces, et parsemés de petites trouvailles qui les rendent terriblement attachants. Des hymnes, de l’intimisme, et un mordant que les années qui passent n’érodent pas. Ainsi, après l’ouverture classique mais tonitruante de « King In The Mud », nous écrasant les tympans d’un riff pesant et cyclique, le groupe se met plus ou moins à nu sur le surprenant « The Ghost Beside Me », qui place l’harmonie aux avant-postes en lâchant des chœurs spectraux survolant une bande son presque Grunge dans l’esprit, au moins autant que les états d’âme de feu Layne Staley.

Arrangements multiples mais pas envahissants, progression en oscillations, up and down, couches de textures, larsen subtil, silences placés juste là où il faut, c’est la première grosse claque de ce nouvel effort qui si j’en juge par sa spontanéité n’a pas dû être accouché dans la douleur. Ecoutez ce pont aux nappes vocales hantées qui pourtant apaise de sa tendresse harmonique. 7 WEEKS, c’est aussi ça, et surtout ça d’ailleurs… 

Tout l’album est construit sur cette opposition/confrontation/complémentarité entre force et finesse. Les mélodies sont incrustées dans des cadres rustiques, un coin de campagne au cœur des villes, et « Kamikazes » de se poser en hit de l’impossible, avec son atmosphère 80’s qui pourtant tape l’incruste dans les landscapes des années 2000, lorsque les trouvailles Indus/Electro frappaient dans le mille de déroulements mélodiques Post Alternatif. Rythmique qui fait feu de tout fût, chœurs qui s’enroulent autour de l’organe de tête, guitares qui multiplient les motifs en arabesques, pendant qu’un riff central écrase tout sur son passage….La recette est éprouvée ? Vous la connaissez depuis B(l)ack Days ? Oui, mais elle atteint aujourd’hui un degré de perfection que l’on pressentait depuis…très longtemps.

 

Des choses plus directes (« Broken Voices », au chaloupé strié de petits soli futés), des intermèdes pour respirer (« Ohka », minute Post Rock oxygénant), quelques incursions dans le gras qui trempe dans une distorsion épaisse (« A Well Kept Secret », parfait dans son mélange PEARL JAM/HELMET sur fond de mélodie à la A PERFECT CIRCLE), enfin, du 7 WEEKS, ni plus, ni moins, égal à chaque fois et pourtant supérieur. Comme une AOC qui ne cesse de se bonifier.

 

Un adieu à l’aube qui ressemble beaucoup à un nouveau matin radieux, aux nuages menaçants, mais à la chaleur tangible. 7 WEEKS continue son histoire que l’on prend toujours autant de plaisir à écouter, puisqu’elle parle au cœur et à l’âme. Ce nouvel épisode de vie du groupe est à l’image des précédents, court, immédiat, instinctif et pourtant réfléchi. Peu importe les contours, peu importe la catégorie, le Rock est là, comme le Metal sous une certaine forme, les harmonies aussi.

Il en faut peu pour être heureux selon un gros plantigrade dansant. Oui, c’est la vérité. Parfois, un album suffit. A Farewell To Dawn ne vous titillera pas la libido pendant sept semaines et demi, mais vous tiendra au chaud jusqu’à la prochaine couverture.