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Experimental Black Death - USA - 30 Septembre 2016 - 9 titres – 60 minutes

Glosons. Admettons qu’en termes d’extrême, tout, ou presque, a déjà été dit. Que nous reste-il ? Des plans réchauffés, des adaptations plus ou moins habiles d’anciennes théories, en gros, de la redite, de la paraphrase, voire pire, du bavardage ? Le futur s’annonce donc plus ou moins terne pour les amateurs de sensations fortes, et je trouve cette constatation un peu tristounette. Admettons plutôt que l’essentiel a été écrit et enregistré, et que les « nouveaux » groupes n’ont plus qu’à y apposer leur griffe. Dès lors, les perspectives s’ouvrent, et l’espoir reste permis.

C’est plus ou moins cette conclusion qui forme le leitmotiv de cet étrange duo Américain qui aujourd’hui nous propose son troisième album, qui n’est finalement non une étape, mais bien la partie finale d’un tout.

 

VEILBURNER, Philadelphie et Lancaster, Pennsylvanie. A la tête du concept, deux hommes. Chrisom Infernium (Textes, chant, artwork, études théologiques et occultes) et Mephisto Deleterio (Composition, production, chœurs). Fondé en 2014, le duo bizarre et opaque se lance sans hésiter dans la production d’une œuvre ambitieuse, qu’ils pensent résumable à quelques morceaux, avant de se rendre compte que le résultat final demande plus de travail, et plus de musique. Leur histoire ? Celle de l’humanité, et la leur. Et finalement, leur œuvre prend des proportions plus importantes, et se concentre sur la transhumanité, et la possibilité pour l’homme de dépasser son simple stade de mortel pour renaître de façon spirituelle. Un voyage aux confins du possible qu’ils décrivent dans les textes et les mélodies alambiquées de leurs trois LP, celui-ci compris.

Après un initial The Three Lightbearers qui plantait les graines de la discorde et de la mutation, les Américains enchaînent l’année suivante avec le second volet Noumenon, qui finalement trouve sa conclusion en ce mois de septembre 2016 au travers de The Obscene Rite

Vous avez parlé de trilogie ? Vous avez entièrement raison. 

Il est certain que pour s’immerger totalement dans l’univers de Chrisom Infernium et Mephisto Deleterio, une écoute intégrale des trois volets s’impose. Mais je vous laisse à votre découverte, puisque aujourd’hui, il me faut parler du dernier tome de cette aventure, qui s’il emprunte des éléments à ses deux prédécesseurs, ouvre des portes supplémentaires qui finalement, représente le futur d’une civilisation à l’agonie qui pourrait/devrait trouver son salut dans la désincarnation et la spiritualité. Oubliés le matérialisme et le consumérisme, le salut viendra de la prise de conscience, et celle que propose VEILBURNER est douloureuse, mais cathartique. Philosophiquement évidemment, mais aussi musicalement.

 

Musicalement justement, The Obscene Rite est la fin d’un voyage, mais pas en forme d’impasse, plutôt comme des points de suspension qui peuvent laisser présager d’un futur pas si déprimant que ça. Les éléments en place depuis le premier tome sont toujours là, cette production stellaire et profonde, ces détails disparates assemblés en un bouillon de créativité brutal, ces vocaux tout en retenue et pourtant terriblement expressifs, cette instabilité rythmique qui pousse à penser technique, et ces parties de guitare versatiles et cohérentes. Sans bien évidemment oublier les sonorités orientales, les nombreux breaks essoufflés, les brutales sautes d’humeur…

En gros, tout ce qui fait l’unicité des VEILBURNER, mais aussi ce qui les rapproche de combos comme MORBID ANGEL, DEATHSPELL OMEGA et autres NOCTURNUS, BLUT AUS NORD ou BEHEMOTH, DODECAHEDRON, j’en passe, des plus ou moins illustres et ressemblants. 

L’approche du duo Américain est complexe et limpide à la fois. La précision brutale du Death, la liberté de ton du Metal expérimental, la violence obscure du BM, le tout accommodé à une sauce personnelle qui parvient à trouver l’équilibre parfait entre les trois. Il serait même assez judicieux de voir en eux une sorte de pendant négatif au SYL de Devin, à cause de cette propension à adapter la violence à un climat délétère MAIS harmonique, sans sacrifier l’indépendance de parties rythmiques perturbantes de chaos. 

« Longue histoire courte, tout ceci parle de deux excentriques qui n’en peuvent plus de leur existence mortelle et de ses limites, et qui sont obsédés par le moyen de trouver une autre façon de se transformer ou d’évoluer, en employant n’importe quel moyen, des arcanes de la spiritualité aux expériences scientifiques folles ».

 

Présentée ainsi, l’œuvre se justifie par elle-même, et d’elle-même. Le duo de Pennsylvanie ne recule devant rien pour concrétiser sa vision d’un Death/Black avant-gardiste (même si le terme est un peu hors contexte dans leur cas, parlons plutôt d’expérimentation et de liberté de ton), utilise les fondements des deux genres dont ils se revendiquent (vitesse, lourdeur, violence, opacité, technique) pour mieux les transcender et les extirper de leur condition initiale. Tout ça aboutit à un ballet étourdissant de brutalité et d’intensité, un peu comme si le MORBID ANGEL le plus créatif travaillait sur une œuvre commune conjointement avec le EMPEROR le plus symphonique et grandiose dans son absence de contraintes.

Concrètement, tout ceci se matérialise au travers de pistes assez longue et débridées, qui proposent un travail homogène, pouvant parfois sembler redondant aux fans les plus directs de Death et de Black. La profondeur du travail accompli peut parfois échapper, au vu des plans qui se télescopent à grande vitesse, plans que l’on trouvait déjà dans des formes similaires sur les deux précédents efforts. Difficile d’extirper telle ou telle intervention du contexte global, mais le travail vocal, l’insertion de parties de guitares volubiles dans un cadre mouvant est remarquable, et finalement, le résultat échappe à toute catégorisation, n’étant ni foncièrement BM, ni complètement Death, et les deux à la fois. 

Choisissez un morceau au hasard, et développez votre propre réflexion. S’il est aisé de placer en avant le phénoménal « In the Revelations of Bloodstained Void », et ses presque neuf minutes d’outrance harmonique ambiante, collision d’idées qui s’emboîtent les unes dans les autres en profitant d’un tempo plus stable qu’à l’habitude, chaque segment à sa raison d’être et son importance. Mais l’intégralité du disque demande un gros effort d’immersion, dont on ressort différent, sinon grandi, un peu comme le duo d’ailleurs. 

The Obscene Rite, en tant que tel, représente-il une certaine vision de l’avenir de l’humanité au travers du prisme de la musique extrême ? La réponse est positive, même si cette fameuse réponse reste un peu absconse et ardue à interpréter. Ce qui n’empêche pas VEILBURNER d’être un groupe unique en soi, avec les défauts et qualités inhérentes à chaque concept qui échappe à toute rationalisation un peu trop pragmatique.