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NFFP Reccords / Musicast - Alternative Fusion Metal - France - 28 Octobre 2016 - 11 titres – 40 minutes

« Imaginez la rencontre entre les Deftones, Mass Hysteria et Lofofora. Vous obtiendriez un mélange explosif entre des riffs intenses, une batterie efficace et une voix enragée, le tout écrit dans un français assumé et revendiqué. » 

Il est amusant de constater que parfois, des idées d’accroches viennent, et qu’elles correspondent à une certaine réalité. Ainsi, lorsque j’ai écouté le premier morceau du deuxième album des Marseillais de DIGITAL NOVA, j’ai immédiatement pensé à l’entame énorme du « Black Garden » des NO ONE IS INNOCENT, au moment même où le groupe culte s’amusait à mélanger la fusion des RATM avec l’électronique du Néo-Metal alors en pleine explosion. La comparaison est flatteuse ou se veut, mais ne pensez pas pour autant tout savoir de ce quatuor avant même d’avoir écouté leur musique. Celle-ci est aussi complexe et riche qu’elle n’est directe, et reste le produit de la maturation d’années de caractère bien affirmé, qui trouve aujourd’hui son illustration la plus parfaite dans ce Orphelins, à paraître dans quelques semaines. 

Fondé en 2007, le groupe dès le départ fait le choix d’un chant en Français, assumant ses idées et décidant de les exprimer le plus clairement possible. Les musiciens rodent leur répertoire, avec des idées fixes en tête qui trouvent concrétisation dans un premier EP sept titres sorti en 2010, OxygèneQuelques concerts et trois années plus tard, c’est l’exercice difficile du premier LP qu’ils affrontent, pari qu’ils remportent haut la main avec le brûlant Alpha Omega qui les propulse sous les feux de la rampe par l’entremise d’un Metal en fusion sans concession. 

La recette ?

 

D’énormes riffs purement Metal, un chant dans la plus grande lignée des vocalistes teigneux « à la Française », des textes qui osent les formules choc sans édulcorer le propos, mais surtout des morceaux faussement simples qui s’ils accumulent les idées, savent garder l’essentiel au bout du médiator. Ce premier album qu’on pressentait annonciateur d’une suite encore plus percutante, vient aujourd’hui de trouver son aboutissement, avec onze nouveaux titres encore plus furieux que leurs aînés. Difficile à croire, mais c’est pourtant ce que représente Orphelins, qui continue le travail de sape de son prédécesseur, en enfonçant encore plus le clou du réalisme dans le cercueil des illusions perdues. 

En étant honnête, il est assez difficile de séparer les Marseillais de la grande lignée des groupes nés sous l’égide d’un TRUST qui a fini par crever au lieu de marcher. Les points communs qu’ils partagent avec les LOFOFORA, L’ESPRIT DU CLAN, NO ONE IS INNOCENT et surtout MASS HYSTERIA sont irréfutables, et pourtant, leur propre ADN est facilement identifiable. Si les tonalités de guitare à mi-chemin entre Néo et Metal rappellent indéniablement les innombrables punchlines musicales de Yann et Mouss, les multiples arrangements rythmiques peuvent aussi rapprocher les sudistes d’une version plutôt primale des DEFTONES, ceux d’Adrenaline qui n’avaient pas encore craqué pour les sirènes de l’Ambient zen.

 

Mais j’ai beau accumuler les références pour situer les débats, n’en croyez pas pour autant que les DIGITAL NOVA ne sont qu’une congrégation de faiseurs tout juste bons à récupérer à leur compte des méthodes déjà bien éprouvées. Ils ont ce petit plus qui les différencie des simples suiveurs, et outre des textes qui sont autant de mises aux poings, le talent instrumental et rythmique de la bande souffle de sa concision et de sa souplesse, et permet à des chansons déjà très puissantes de franchir un palier supérieur pour devenir des hymnes à part entière. Les exemples sont nombreux et dépendent de la sensibilité de chacun, mais autant vous avertir qu’il est vraiment difficile de résister au tsunami provoqué par ces lames de fond de Metal en houle qui charrient tout sur leur passage. 

D’autant plus que l’illustration musicale se voit mise en exergue par des mots savamment agencés qui ne rechignent pas à stigmatiser des comportements toujours plus egocentriques et irresponsables. Ainsi, les DIGITAL NOVA dénoncent le consumérisme à outrance (« Pas Assez »), abordent la question grave de la liberté d’expression (« La Peur »), où se targuent d’être les porte-parole du peuple du dessous, écrasé par le poids des responsabilités et des inégalités (« Les Dés Sont Jetés »), ou plus simplement des fléaux des dépendances diverses (« le Monde est beau »).

Musicalement, la cohérence est de mise, mais les nuances sautent aux yeux. Si le quatuor (Stayff Silmar : Batterie, Jean Baptiste Caysac : Guitare, Mathieu Dubois : Basse et François Le Goazigo: Chant) à tendance à privilégier la puissance et la violence crue (« Les Dés Sont Jetés », moins de trois minutes de Métal torride au phrasé Hip à la MASS), ils ne rechignent pas non plus à ambiancer leur propos et à l’emballer dans une fine couche d’Alternatif plus nuancé (« Orphelins », six minutes et trente-sept secondes d’ondulations qui enivrent). 

Morceaux choc, textes provoc’ qui ont le sens de la formule, le mélange est détonnant, et le résultat fort probant.

Entre les accès de rage assez impressionnants (« le Monde est Beau » et ses lourds accords plaqués à la SOILWORK tournant soudain fou et Hardcore), et les mid tempo saccadés et pesants (« Détruire/Souffrir » qui joue beaucoup des variations de tempo subtiles et à peine perceptibles, sans parler de ces pauses inquiétantes et pourtant mélodiques), Orphelins est en quelque sorte un état des lieux du Metal moderne, et surtout, la preuve que les DIGITAL NOVA ont atteint une maturation admirable dans l’écriture, devenant de fait un de nos représentants les plus valides et porteur d’espoir.

 

Orphelins est bourré de morceaux de bravoure qui prendront une dimension quasi Christique en concert. Loin de se contenter de slogans assemblés à la hâte et illustrés d’une bande son stérile et sous influence, les DIGITAL NOVA voient plus loin sans oublier de regarder en arrière, et survolent vingt ans de Metal en jouant leurs propres cartes, qui leur offrent une main royale. Riffs tendus ou aiguisés, rythmique souple et affirmée et chant au phrasé précis et affuté, Orphelins risque de ne pas laisser les musiciens seuls trop longtemps, et va rameuter les foules sans ménagement. On peut être lucide et ludique. Mais une fois que cette bombe vous aura explosé à la gueule, ne venez pas pleurer sur vos rêves perdus en forme de cicatrices.

Le réalisme se paie comptant.