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Super Robot Core - Russie - 24 Septembre 2016 - 12 titres – 26 minutes

Sont pas vraiment nets ces Russes. Oh, je ne parle pas de politique, encore moins de leur passé, juste de leur scène musicale. La plupart du temps, les bougres se vautrent dans un extrême vraiment extrême, les Powerviolence, Fastcore, Grind, Death étant leurs genres de prédilection. Ils nous ont déjà offert une bonne palanquée de sympathiques bargeots difficilement classables, mais une fois de plus, ils arrivent à me surprendre. Les iconoclastes en termes de Metal, on connaît, et ne comptez pas sur moi pour vous en dresser une liste. Mais cette liste se voit aujourd’hui augmentée d’un nom que certains d’entre vous connaissent peut être, celui de МКП №1.

Les mecs viennent de St. Petersburg, Russie évidemment, existent depuis 2004, leur nom une fois développé veut plus ou moins dire PUTIN MEAT PACKING PLANT NUMBER 1 (que vous traduirez selon votre humeur du moment), mais leur musique est aussi difficilement compréhensible que ce patronyme assez hermétique.

 

Selon leur bio, ils sont passés par plusieurs crises identitaires, entamant leur carrière comme un combo biscornu de Grind expérimental, pour devenir aujourd’hui une sorte de créature bruitiste hybride, se partageant entre D-beat, Death, Grind et Metal assez barré.

Et barré, le mot est faible.

Sans atteindre les sommets du non-sens de nos CARNIVAL IN COAL nationaux, ni ceux difficiles à apercevoir des IWRESTLEDABEARONCE Américains, les МКП №1 flirtent quand même avec un pluralisme extrêmement fertile mais néanmoins bordélique, qui nous perd en conjectures inextricables, tout en maintenant le cap sur un groove contagieux, sinon tendancieux.

 

Les Russes n’en sont pas à leur coup d’essai, et ont déjà produit un certain nombre de réflexions plus ou moins pertinentes sur le décalage créatif rythmique et extrême, dont To Princess Dream, leur précédent « effort », reste le témoignage le plus récent et probant. En 2016, l’exercice physique proposé par les chantres du Super Robot Core est plus concis, ne contient qu’une douzaine de titres en lieu et place des vingt-deux du LP de 2013, mais la densité musicale n’est pas plus fluide, et la localisation stylistique guère plus aisée. Il est vrai qu’ils s’amusent beaucoup à métisser des approches déjà bien poussées à la base, pour aboutir à une sorte de gymkhana éreintante dont on ressort les cervicales bien entamées et le dos fracassé. Mais le jeu fatal en vaut la chandelle létale, pour peu que le n’importe quoi délicieusement agencé soit votre tasse de thé avant d’aller pisser. 

Difficile toutefois d’établir un consensus autour de ces Russes aux intonations pleines de puces. Ça gigote, ça tricote, et au bout du compte, on se sent en état d’ébriété avancée sans avoir eu le temps de trinquer. Il est certain que leur tactique a évolué au fil des années, se stabilisant quelque peu pour parfois singer les tics d’un Heavy aux couleurs Punk assez prononcées (« Перемен », médium et mélodique de surcroit), mais le trompe l’œil et oreilles n’est jamais loin, et même ces morceaux plus ou moins classiques finissent toujours par se tordre les boyaux sous l’effet d’arrangements bargeots. Cris, borborygmes, accélérations Crust et Grind sans prévention, tout y passe et pas les procédés les plus mignons.

 

Le but implicite de cette formation est donc de rigoler, mais ça ne les empêche pas de traiter leur numéro de funambule avec le plus grand des sérieux. Les musiciens sont capables, tous autant qu’ils sont, et loin d’être des clowns en manque d’attention, se révèlent d’habiles compositeurs capables de distraire et de traire en même temps. Oui, vous êtes la vache à lait, pas d’hésitation là-dessus. D’ailleurs, ils ont quand même l’obligeance de vous indiquer quelques influences de production, en citant au hasard sans doute quelques références obligatoires, mêlant les noms de EDGE OF SANITY, MISERY INDEX, BLOOD, FUCK THE FACTS ou MACHINE HEAD, ce qui vous en conviendrez ne vous aiguille pas plus qu’une épingle dans une meule de foin séché. 

Mais pour être honnête, ce sont sans doute les principaux intéressés qui résument le mieux cette affaire salée. En un seul laïus, les МКП №1 se montrent plus explicite que votre serviteur en une seule et unique chronique, alors lisez leurs mots pour une meilleure appréhension de la chose, dans tous les sens du terme: 

Il y a les groupes qui essaient d’imiter leurs aînés de l’âge d’or du Rock, et ceux qui suivent aveuglément les modes. Nous ne sommes ni l’un ni l’autre, nous sautons du wagon en marche et établissons de nouvelles règles pour rendre la scène un peu plus variée ».

 

Ceci est assez vrai, et même si le schéma employé par les Russes est assez itératif en soi, les péripéties rythmiques qu’ils nous proposent sont suffisamment surprenantes pour ne pas nous engoncer dans une routine de l’extrême un peu trop prévisible. Le fond de l’air est frais chez eux, et surtout Crust & Grind, avec une jolie surcouche de D-beat slave, moins sombre et plus paillarde que son équivalent nordique, même si les jeux de mots et autres calembours sont difficilement traduisible. Le Heavy plus classique est aussi à la fête, mais déformé et distordu pour adopter la forme globale Death, ce qui nous donne un résultat concret et abstrait à la fois.

De l’extrême mainstream ?

J’aime assez la formule. J’ai cité quelques références, essayé d’étayer une thèse sans queue ni tête, mais le meilleur conseil que je puisse vous donner est d’écouter ce Адакотурада pour vous faire votre propre idée.

 

Du bordel rangé, du boucan structuré, de la folie maîtrisée. Voilà, et cette fois ci, c’est vraiment fini.