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PunkySpeed Thrash - USA - 28 Septembre 2016 - 10 titres – 41 minutes

Les bases, n’oubliez jamais ça, les bases. Nous avons tous commencé notre apprentissage du Hard Rock par des incontournables, et même si nous avons – pour certains d’entre nous – légèrement dévié Thrash n’Speed, nous avions quand même de solides références auxquelles nous accrocher. C’est ainsi, et il serait de mauvais ton d’avoir la mémoire aussi courte que celle d’un politicien élu après avoir mené campagne. Mais j’en connais qui se souviennent, et qui font tout pour que personne n’occulte ces jeunes années d’initiation. Ils viennent de Worcester, état du Massachussetts, celui des BEE GEES, pourtant, je peux vous garantir que leur musique n’a rien à voir avec la Pop Soul doucereuse ou le Disco huileux.

Non.

Les SEAX sont de gros nostalgiques, inutiles de le nier. Des nostalgiques des riffs francs et saccadés, des rythmiques énervées et rapides, des soli incendiaires, et des textes centrés sur le feu sacré d’un Metal qui nous fait respirer depuis des années. On peut trouver ça cliché, mais il est important de savoir que certains ensembles se posent en gardiens du temple, histoire que les clés soient confiées à de bonnes mains. Aux bracelets cloutés évidemment.

 

Les SEAX, c’est une histoire qui remonte à 2009, lorsque le guitariste Hel fonda le groupe dans la seule optique de pratiquer un Heavy Metal de tradition, sans tenir compte des évolutions et des fusions. Vite rejoint par d’autres passionnés, le combo fraîchement formé sort son premier LP au titre assez explicite, High On MetalChangements de line-up, second LP en 2014, To The Grave, quelques adaptations, tournées et gigs déchaînés, et aujourd’hui, le quintette une fois de plus remodelé (Carmine Blades - chant, Hel - guitare, Eli Firicano - guitare, Mike Bones - basse et Derek Jay - batterie) aborde la question épineuse du troisième longue durée, histoire de savoir si leur regard sur le passé est toujours valide et d’actualité.

D’actualité, pas sûr. Musicalement, les cinq larrons en foire font fi de toute velléité de modernité et puisent dans l’héritage d’une musique qui a tout donné pendant des décennies, mais le font avec une fougue et une honnêteté sans failles. Speed Metal Mania ne diffère pas vraiment des deux premiers jets, mais se professionnalise de plus en plus, au point de sonner comme un album de 1984 oublié sur la grève Speed par des vagues Thrash au reflux capricieux.

 

Vague à l’âme donc, mais lame affutée pour ramener à la surface les sons des bas-fonds, ceux-là même que les DESTRUCTION, METALLICA et EXCITER diffusaient via leurs haut-parleurs il y a trois décennies. D’ailleurs, les SEAX ne manquent pas de situer le décor côtier via quelques noms lâchés à la marée, leur servant de garde-fou et de mentors sauveteurs prêts à tout. Ainsi, en lisant leur bio, vous tomberez sur les sempiternels JUDAS, RAZOR, LIVING DEATH, IRON ANGEL, ABATTOIR, AIRWOLF, MEGADETH, SARCOFAGO et autres ATOMKRAFT, mais aussi ceux plus incongrus de BLACK FLAG ou THE MISFITS, ce qui finalement n’est pas si étrange, puisque le Speed Thrash de nos chevaliers du jour possède cette petite touche Punk qui rend leurs morceaux encore plus frappants et puissants.

C’est ainsi qu’ils abordent la chose, un gros Heavy à tendance Thrash joué par des Punks éduqués qui savent manier leurs instruments usés. Et si les premières notes de « Speed Metal Mania » rappellent étrangement le crescendo en fade-in de « Hit The Lights », c’est tout sauf un hasard. 

Pour être plus précis, ce troisième album se pose en jonction entre la furie d’un DESTRUCTION vraiment précis, d’un ATOMKRAFT plus discipliné que durant sa période de folie, d’un METALLICA qui n’aurait pas oublié son Punk dans le fouillis, et d’un LIVING DEATH particulièrement primesautier et saccadé.

Le tout est accommodé à la sauce Heavy light, pour ne pas trop diluer la violence maîtrisée, et joué avec une énergie Punk relativement polie pour ne pas offusquer les Speed addicts. Mais reconnaissons-le, le travail accompli pour sonner authentique est remarquable, et si la plupart des compos sont interchangeables, c’est surtout par respect de l’esprit originel, plus que par manque d’inspiration cruel. Oui, à l’époque il fallait sonner concis et convaincre le fan de la pertinence de sa démarche, et surtout, profiter d’une petite demi-heure ou de quarante minutes d’expression pour ne pas perdre une seconde d’action.    

 

Alors, pour recréer la magie, tout y passe. Des riffs syncopés et tronçonnés au soli pas du tout maniérés et plutôt échevelés, les chœurs guerriers, et les couplets atomisés par un chant revanchard et roublard. En matière de respect des codes usités, les SEAX deviennent une référence incontournable, etSpeed Metal Mania ne fait aucun mystère de la franchise de son titre. Pas de faux-semblant, juste de l’électrisant, et une simple lecture des énoncés vous suffira à comprendre où vous mettez les pieds. De « Forged By Metal » et son ANVIL touch à « Speed Forever » en passant par « Leather And Spikes » que n’aurait pas renié le PRIEST du passé, ou « Fall To The Hammer », la sincérité est de mise et la musique bien en place, sans faux-col ni étincelles dans la prise.

On se retrouve plongé dans les affres d’une adolescence pas du tout oubliée, lorsqu’on écoutait religieusement et les cheveux en avant les œuvres de DESTRUCTION, d’ANVIL, d’EXCITER, enfin de tous ceux qui injectaient un poil de nitro dans le moteur pour qu’il monte plus vite dans les tours. C’est jovial, euphorisant, parfois un peu simpliste mais encourageant, néanmoins, je me vois mal mettre un titre ou un autre en avant, puisque tous se ressemblent et sont de qualité égale dans le détonnant. 

Voilà donc de quoi passer un sacré bon moment en compagnie de musiciens qui refusent d’oublier d’où vient le vent. Certes, il convient d’être versé dans le passé pour en apprécier les volutes effacées, mais après tout, nous avons tous commencé par des modèles éprouvés. Un disque qui s’adresse à tous les quadras bien tassés qui ont un jour secoué leur tignasse sur du Speed naissant, et du Thrash balbutiant.

Et nous sommes nombreux. Le groupe taillera la route sur la côte Ouest très bientôt, alors amis ricains, ne les ratez pas. L’amour du Metal à un prix, et celui demandé par les SEAX est tout petit. Vous échangerez bien quelques petits billets contre un peu de nostalgie ?