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 Modern Thrash/Multi Extreme Metal - France - 3 Février 2017 - 14 titres – 64 minutes

Il est toujours étrange de chroniquer l’album d’un groupe qui n’en est pas un. Car ne nous méprenons pas, KOZH DALL DIVISION est plus un projet communautaire qu’autre chose, même si le résultat des expériences menées a découlé sur un album très concret que j’ai la chance de vous présenter aujourd’hui. Car c’est en effet une chance de pouvoir parler d’un tel album qui résulte d’une long processus de création et de passion, mené de main de maître par un trio d’inspiration qui n’a pas fait les choses à moitié, loin s’en faut.

Plus directement, KOZH DALL DIVISION n’est rien d’autre que le bébé de trois figures du Metal français. On retrouve à la genèse de cette aventure Vince, fameux chroniqueur de webzine et donc confrère, à l’écriture des textes et l’agencement des chœurs, Laurent Plainchamp (ARTSONIC, KRISTENDOM et NO RETURN) à la guitare et au chant, ainsi que Chris de GRAZED à la basse. Si la structure de base n’a rien d’original, le cœur du concept l’est beaucoup plus. Loin de former un trio classique, les trois hommes ont conçu leur projet comme une sorte de who’s who du Metal français, en, invitant une kyrielle de musiciens à y participer, ce qui nous donne un festival de featurings prestigieux résumant quelques décennies de Metal hexagonal de la façon la plus éclatante et brillante qui soit.

 

Bottin du Metal certes, mais agencé, et surtout, expurgé de toute entrée inutile, puisque sur les quatorze titres proposés, il n’y a absolument rien à jeter. L’orientation globale de l’œuvre est résolument violente, et oscille entre Heavy vraiment teigneux, Thrash fumeux et Death poisseux, le tout accommodé à la sauce moderne pour ne pas perdre pied avec la réalité.

Mais qui sont donc tous ces fabuleux vocalistes et instrumentistes ayant participé à la cette croisière de l’extrême ? Ils sont en nombre, mais aussi en qualité, et tout au long de l’écoute de ce premier LP éponyme, vous aurez la joie de retrouver les gosiers et instruments de Laurent Plainchamp évidemment, mais aussi de Crass de CRUSHER, les membres d’ADX, mon cher ami Tanguy de T.H.I.N.K et NO RETURN, Max de MERCYLESS, le trublion Arno Strobl des CIC et autres annexes mal rangées, Fab et Ludo de SUP, et même Eric Forrest de VOIVOD, ce qui en dit long sur les ambitions du projet en question. 

Mais si le concept est résolument novateur dans le fond et efficace dans la forme, il convient de mettre les choses au point dès le départ en mettant les bonnes croches sur la portée. Si les participations externes représentent évidemment le point de focalisation de ce premier effort, il ne faut surtout pas les réduire à un gimmick. Nous n’assistons pas ici à une simple réunion de potes autour d’un pack de bières ou d’un feu de cheminée, ou à une tentative de soudoiement par l’accumulation de cartes d’identités musicales fameuses. Car l’équipe créative ne s’est pas contenté de brosser quelques portraits approximatifs en forme de cadres photoshop musicaux dans lequel quelques faciès célèbres sont venus s’insérer, mais ont bien composé des morceaux très solides, qui s’inspirent de divers courants du Metal moderne. Ce qui assure donc à l’ensemble une réelle diversité, qui ne nuit aucunement à l’homogénéité globale agressive et enlevée. 

Ainsi, il est tout à fait possible de passer d’un Heavy Metal torride et flamboyant à un Death féroce et dévorant, en enjambant des morceaux comme « 13-11-2015 » en compagnie des ADX, pour poser le pied sur un dévastateur « Devoted To Evil », hurlé d’une voix de démon par un Max Otero au sommet de sa forme John Tardy. A vous ensuite de faire votre marché des décibels en choisissant le titres qui correspondent le mieux à votre univers Metal, mais je peux vous assurer en connaissance de cause que l’éventail est large, et les produits proposés de qualité.

S’il est assez logique de se sentir plus concerné en tant que fan d’extrême assumé, Kozh Dall Division n’est en pas pour autant dénué de nuances, certes parfois infimes, mais qui permettent de dénicher de petites pépites décalées comme ce « The Night », entonné d’une voix de noctambule vicieux par notre cher Arno Strobl barbu et fleuri, à la croisée des chemins sombres de FAITH NO MORE et de NOTRE DAME. 

De son côté, Tanguy des T.H.I.N.K se lâche velu sur un bref et tendu « A Qui La Faute ? » qui cavale d’un DISCHARGE bien Crust teinté de Hardcore preste, dans la plus droite lignée de toutes ses participations passées de vocaliste versatile au verbe acide, qui endosse ici la peau d’un conteur Core agreste qui justement ne s’en laisse pas conter…

Max des MERCYLESS offre une caution d’ultraviolence savoureuse, et les deux morceaux qu’il honore de ses prestations caverneuses, « Devoted To Evil » et « Sanctification » sont justement des allégories qui doivent autant à Platon qu’à son groupe d’horizon, naviguant entre Brutal Death de tradition et Néo Death sans concessions. On pense évidemment à OBITUARY, mais aussi à AT THE GATES, en gros, à un survol du panorama Death des 90’s, adapté aux exigences modernes. 

Et alors que Fab et Ludo se font plaisir sur un très épique « Amanda », qui en dix minutes passe par une multitude de climats délétères, rappelant les SUP, OPETH, PARADISE LOST et autres CREMATORY, les ADX nous offrent un beau cadeau de Heavy épique qui arrache grave sans trahir leurs convictions éternelles. Et comme notre mémoire l’est à leur égard, nous applaudissons cette démonstration de Power Metal aussi puissant qu’abordable mélodiquement, avec ses guitares à la tierce et sa basse fière, qui nous font voyager dans le temps et ravivent notre passion d’antan. 

Ce patchwork nous offre aussi de jolies surprises, comme le retour au micro après vingt-deux ans d’éloignement de Philtor, premier chanteur des NO RETURN, qui prouve que le temps n’a en rien altéré sa véhémence vocale. Deux occurrences pour ce comeback sans errance, « Squads of Despair » et son Thrash à relents Death plein de flair qui nous ramène justement à l’époque de Psychological Torment, mais aussi « From Dust and Ashes », dans la même lignée, quoique subtilement plus véhément. Crass des CRUSHER s’offre un « Your Life » symptomatique de son crédo radical, et pousse quelques grognements bien vilains sur fond de Death US très malin, tandis que notre ami Canadien Eric Forrest profite de la clôture pour imposer son très VOIVODIEN « Tormented », qui bifurque de coups de sang rythmiques en passages atmosphériques inquiétants et ludiques. 

Pour finir ou commencer d’ailleurs c’est un des mentors, Laurent Plainchamp qui nous propose deux virées en sa compagnie, le terrible et étouffant « Visions D’Horreur », disponible en vidéo et suintant de Thrash Death rapide et fumant, et cette question en suspens, « Pourquoi ? », qui y répond d’un Metal extrême inspiré et flagrant. 

C’est un beau roman, c’est une belle histoire ? Je ne sais pas si KOZH DALL DIVISION est une romance d’aujourd’hui, mais c’est surtout une très jolie leçon de confiance et d’amitié, qui débouche sur un album extrêmement travaillé, au spectre musical aussi étendu que resserré. Un vrai plaisir de retrouver des musiciens impliqués et passionnés, dont la foi et la sincérité ne sauraient être remises en doute en cours de route. Puzzle séduisant, chemin en énigmes fascinant, ce premier album à l’artwork sublime en appelle évidemment un autre qui est déjà en gestation.          

La rumeur qui aime définir le monde du Metal Français comme un nid de vipères où les coups de crocs volent bas et où le venin coule sur les bras tatoués en est pour ses frais, et cette leçon d’amitié est là pour le prouver. Et au royaume des sourds, le vieil aveugle est roi.