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No Bread Records - Grind - Russie/Ukraine - 23 Septembre 2016 - 7 titres – 11 minutes

Je ne peux concevoir de passer un dimanche sans split. Beaucoup le font et se sentent à l’aise, mais j’ai des principes d’hygiène musicaux. C’est comme ça, alors comme d’habitude, direction mon charcutier préféré pour voir si son étal s’est enrichi depuis ma dernière visite. Oh, un nouveau morceau ! Il semble assez conséquent quoique de taille modeste, mais attire l’œil et fait tressaillir les oreilles et les papilles. Le fournisseur a fait un détour en Russie et en Ukraine pour pouvoir achalander mon dealer de graisse préféré, et j’avoue que je me suis laissé tenter.

Après tout, comment résister à une petite tranche de brutal de l’Est, quand on connaît leur talent pour travailler les bas morceaux ?

 

Ces bas morceaux sont proposés en duo, taillé dans deux bêtes au traçage aléatoire, et se partagent le plat du jour à raison de trois et quatre bouchées chacun. Savourons donc une nouvelle pièce non Charolaise mais Grind de nos cousins slaves, qui en ce début d’automne nous donnent quelques secrets sur leur méthode d’abattage extrême. Cette méthode est connue des connaisseurs, et consiste à trancher dans le steak le plus rapidement et précisément possible, sans éviter forcément les giclées de sang, mais en coupant juste au bord des nerfs pour qu’ils ne gâchent pas la dégustation.

 

D’abord, tastons la viande saignante des SKRUTA, producteurs d’Uzhhorod, UKRAINE, et qui ont déjà collaboré avec pas mal d’éleveurs de tous horizons, dont les respectables TOTAL FUCKING DESTRUCTION, FOREVER WASTED, et autres COFFIN BIRTH. S’il est vrai que la famille Grind est quelque peu consanguine, le fait de mentionner ces références devrait vous aiguiller sur la qualité du produit en question, qui effectivement, est plutôt tendre et gouleyant.

Quatre tranches de vie rurale pour les maîtres es-Grind gras et fat, qui n’hésitent pas à diluer leurs blasts dans des passages lourd et sombres Darkcore histoire de relever un peu le plat. C’est du traditionnel, guitares graves à la distorsion un peu grésillante, plans subtilement Crossover qui balancent et soudaines accélérations quand la production semble avoir du mou dans le giron. C’est classique, mais très bien découpé, et finalement, très loin de l’abattage de masse dont les Ukrainiens sont friands. 

On sent une réelle volonté d’accommoder la viande avec des tendances légèrement Thrash et Crossover sur les bords, même si la violence de découpe crève les yeux. Alors on alterne le mid tempo avec les cavalcades Grind distillées avec brio, et finalement, le tout reste en bouche assez longtemps pour qu’on en apprécie les nuances de texture. Assez proches des COFFIN BIRTH dans l’esprit, moins dérangés que les TFD, les SKRUTA se montrent sous un jour assez flatteur, et prouvent qu’ils savent soigner la préparation et l’emballage. Du tout bon, qui fond sous le palais et laisse l’estomac digérer sans tension.

 

Direction la Russie, pour un autre cheptel, et une présentation sous forme de triptyque qui s’il les pénalise en termes de quantité, les avantage en termes de qualité.

INTERNAL DAMAGE, c’est du fourre-tout à la Russe, ne le cachons pas. Beaucoup de violence et de vitesse, du Crust/Powerviolence/Grind qui agresse, mais des guitares qui ne sonnent pas en détresse et qui se permettent même quelques inflexions Death pleines de tendresse. Du lourd, avec des riffs qui crient au secours comme sur les côtes US des années 90, et surtout, pas mal de groove pour faire bouger les petons au rythme des couteaux qui pénètrent les chairs et les tendons. Nous avons même droit à des tranches de foie bien gouteuses, comme ce « Doomed », à la technique très Punk et Crust, qui rappelle même les bouchées les plus fournies du NAPALM DEATH le plus groovy. 

Il faut dire que le groupe n’a pas chômé niveau production, en accumulant les parutions. Une démo en 2009, un LP l’année suivante (Blindness And Denial), une autre démo en 2011, mais aussi des travaux en commun avec FITCAGE ou UNHOLY GRAVE. En tout cas, une certaine approche de la violence qui n’empêche pas la nuance, et qui sait construire de bons morceaux en imbriquant des plans plutôt costauds. Trois seulement ici, mais délicieux, agressifs comme il faut, mélangeant les approches Crust, D-beat vraiment véhément, et voix multiples qui hurlent et se complètent comme un schizophrène dément («Dying Morality »). 

Il n’y a rien de plus agréable le dimanche matin que d’aller faire un tour malin chez les artisans locaux pour y trouver de quoi se sustenter en tout repos. Les petites échoppes sont toujours les meilleures, et saluons une fois de plus le label de qualité de l’Est pour nous fournir en bonne barbaque qui laisse rarement des restes. La table est prête, vous n’avez plus qu’à vous installer et déguster cette portion de Grind/Powerviolence bien épicée, mais suffisamment attendrie pour ne pas vous soulever les intestins. 

Du bourrin qui groove, du malin qui défonce, et de l’extrême dans lequel on s’enfonce. Bon dimanche aux végétariens, et bonne digestion aux carnivores qui en demanderont encore.