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Dooweet Agency - Alternative Metal - France - 7 Octobre 2016 - 10 titres – 37 minutes

Revenus de l’Enfer? 

Moi je veux bien les mecs, mais vous ne seriez pas plutôt revenus de Los Angeles ? Je veux bien admettre que la Cité des Anges réserve quelques mauvaises surprises aux touristes égarés dans certains quartiers, mais je ne pense pas que le fait d’y être allé enregistrer votre premier album en compagnie de Charles Massabo (FALLING IN REVERSE) vous donne le droit de prétendre avoir traversé les Hadès et en être revenus…Attendez…En plus, vous avez tourné votre premier clip à Malibu ? Hum ? Tout ça ressemble effectivement à une torture sans nom que l’on vous a infligée avec une sévérité effrayante…Nonobstant ces quelques traits d’humour sous forme de piques ironiques, je dois reconnaître que votre premier album est tout sauf infernal à écouter, tout du moins dans le mauvais sens du terme.

Car s’il est en effet très puissant et plutôt énervé, et les chansons qui en forment l’ossature sont suffisamment variées pour ne pas rappeler le supplice chinois de la goutte d’eau qui tombe à intervalles trop réguliers…

 

Quelle est donc l’histoire de ce combo qui se place d’emblée sous des auspices plutôt favorables ? Simple, une association d’amis et d’idées, from Jarny, Meurthe-et-Moselle. Nicolas Menus, Kevin Guernane, Florent Curatola, membres du même collectif s’y rencontrent et tombent sous le charme de leurs univers respectifs et de leurs points communs, et décident d’entamer une aventure musicale ensemble. Un premier EP en 2013, #Overcome17912, pas mal de concerts régionaux et nationaux, et puis l’adjonction d’une portion de line-up supplémentaire avec l’arrivée d’Anthony Marra à la batterie et Jeremy Machado à la basse. Une fois la section rythmique unie au squelette principal du groupe, les grands travaux se mettent en place, qui aboutissent aujourd’hui à la visite d’une maison assez étrange, dont chaque pièce dégage une ambiance différente. Visite Ô combien agréable et ludique, qui présente des hôtes fiers de leur gîte et de la musique qui s’échappe de ses haut-parleurs. 

Cette dite demeure est assez colorée en façade, comme le montre la pochette de ce premier LP, assez énigmatique, mais révélatrice d’un contenu plus profond qu’un simple patchwork d’émotions qui dégouline d’un pot de peinture. Son concept ? Simple : 

« Back From Hell » peut être vu comme la biographie d’une personne ayant comme but d’entrer dans le show-business.
Ce dernier a dû faire face à des déboires tels que des histoires de cœur, des moqueries, des manipulations, des addictions
 »

 

L’histoire est classique en somme, de The Lamb Lies Down On Broadway à Phantom of The Paradise, mais le pacte qu’ont signé les EYES WIDE SHOT avec leur public ne doit rien au terrible Méphistophélès. Pas de petits caractères ou de clause cachée, juste le plaisir d’écouter une musique très efficace et diablement professionnelle si vous m’excusez le terme. Certes, au niveau des influences,  Back From Hell est assez classique. Pas étonnant que Charles Massabo se soit intéressé au groupe puisque les originaires de Jarny établissent un joli parallèle avec la scène Néo-Alternative US de ces dernières années.

Riffs emprunts de Metalcore, arrangements électroniques, alternance de chant clair et de gueulantes de fer, le modus operandi est connu de tous, mais appliqué avec ce brin de folie qui rend nos frenchies plus irrésistibles que la moyenne de leurs homologues d’outre Atlantique.

 

Niveaux influences, il est impossible de passer sous silence la forte trace laissée par la discographie des LINKIN PARK, par une partie de celle des PAPA ROACH, par la frange la plus énervée des interventions de THREE DAYS GRACE, voire même, en étant un peu trop négligent, d’un SALIVA plutôt énervé de ne pas avoir retrouvé ses riffs les plus aiguisés. Ceux des EYES WIDE SHOT le sont justement, et très épais par la même occasion, mais n’en manquent pas une de tomber dans des digressions mélodiques de bon ton. Alternant la fièvre d’une ouverture béton qui vous prend à la gorge sans raison (« Waiting In Vain ») et les variations mid tempo chaloupées d’un Metal alternatif torride mais ombragé à l’occasion (« Under The Knife », gros hit live à prévoir), le quintette ne manque jamais de frapper fort et juste, même si certaines parties sentent parfois le recyclage en roue libre.

Mais aussi patents soient-ils, ces défauts ne sont que de petites épines éparses difficile à dénicher dans ce bosquet de roses rouges prêtes à vous faire saigner, et l’intégralité de l’album a été pensé comme un ensemble d’idées homogènes et inspirées.

 

Il est indéniable que le groupe a le don pour accoucher de titres qu’on retient sans se forcer, et les moments de bravoure fondant la puissance dans la mélodie sont multiples, de l’élastique « Watch Me » et son featuring de Boots,  au plus mélodique « Lost For You », qui finalement parvient à ciseler l’harmonie à grands coups de riffs syncopés et de phrasés vocaux enflammés. 

Production énorme « à l’Américaine », qui n’en fait pas des tonnes mais qui détonne, saccades en coup de chien qui vous tombent sur la nuque comme une brique d’un toit Californien (« My Redemption »), hits évidents qui feraient les beaux jours des BO de films bien costauds (« Under The Knife »), Back From Hell, au-delà de son concept est un sacré éventail de chansons qui visent l’efficacité primale et qui font mal, tout en caressant dans le sens du poil.

 

On peut trouver ça convenu et un poil facile, voire légèrement rétrograde sur les bords, mais il est aussi facile de concevoir la chose comme un gros coup frappé par un groupe décomplexé qui se connaît bien, et qui maîtrise à merveilles les us et coutumes du Metal moderne Américain. Ne vous attendez pas à être bousculé par l’originalité, quoique ce premier LP n’en soit pas exempt, mais plutôt à passer un excellent moment avec les EYES WIDE SHOT qui ont mis à profit leur expérience Californienne pour revenir en France avec une belle assurance. Pour les plus accros, un clip est dispo (« Under The Knife », visible sur Youtube), mais essayez plutôt de choper les mecs au chaud d’une salle de concert extra ou intra-muros. Les murs trembleront des guitares en béton, et vos têtes s’agiteront au son d’un Metalcore subtilement déviant. Le deal vous sied ? Tant mieux, parce qu’en plus, vous n’avez pas besoin de revenir de l’Enfer pour ça.  

Il est déjà sur terre.