Vektor-Terminal_Redux

Earache Records - Progressive Space Thrash - USA - 6 Mai 2016 - 10 titres – 73 minutes

« L’histoire commence avec un astronaute solitaire qui recouvre ses souvenirs après avoir été intégré à un programme d’isolation. Près de la mort dans sa navette endommagée, il découvre une molécule régénératrice de vie dans une nébuleuse stellaire, qui changera le cours de sa vie et de millions d’autres personnes. Il ramène sa découverte au régime Cygnus, grand empire galactique, pour tenter de récupérer son grade antérieur de général haut gradé.

Mais les années de solitude l’ont transformé en tyran avide de pouvoir prêt à tout pour écarter les responsables de son bannissement (…)

(…)Son but est de trouver l’harmonie cosmique parfaite et apporter l’équilibre aux planètes déchirées par la guerre, ce qu’aucune forme de vie intelligente n’est jamais parvenue à accomplir ».

 

C’est ainsi que David DiSanto, le seul rescapé du line-up originel de 2004 de VEKTOR décrit le premier concept album de la carrière de SA créature. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’histoire est aussi alambiquée que la façon qu’il a de la raconter…

Résumé de cette façon, ça pourrait ressembler à un chapitre de l’épopée du VOÏVOD, et ça n’est certainement pas un hasard si les deux groupes s’apprêtent à tourner ensemble. A vrai dire, Terminal Redux a bien des points communs avec la saga des Canadiens de l’espace. L’aspect progressif, la passion de la science-fiction, et l’envie d’aller bien au-delà des frontières bien établies du Thrash Metal, tel qu’on le connaît depuis l’explosion de METALLICA. On savait que les VEKTOR étaient capables d’aller encore plus en avant dans le vortex, mais on n’imaginait pas qu’ils oseraient aller jusqu’à son extrémité, pour en revenir avec des constructions musicales pensées et composées par des civilisations plus bien évoluées que la nôtre.

 

VEKTOR, ce sont deux albums jusqu’à présent. Black Future, en 2009, célébré, et Outer Isolation en 2011, honoré. C’est d’ailleurs sur cet album qu’il faut chercher le point d’origine de la genèse de Terminal Redux, dans le texte même du morceau éponyme qui posait les bases de cet opéra galactique en mode majeur. Musicalement, l’affaire n’a pas vraiment changé, et les qualités du groupe, ses tics, ses habitudes sont là, sous vos oreilles. Mais cette fois-ci, David, Erik, Blake et Frank ont poussé les choses à leur paroxysme. Et avec dix morceaux pour près d’une heure et quart de musique, ils ont atteint une sorte d’acmé qui sera extrêmement difficile à dépasser à l’avenir. Mais intéressons-nous au présent et à ce qui représentera pour les époques à venir une date référentielle dans l’épopée si vivante du Thrash... 

Soyons objectif, avec ce troisième LP, VEKTOR fera date. Evidemment, leurs signatures rythmiques inhabituelles, leurs changements de tempo à l’avenant, leurs riffs syncopés à outrance et leurs longues progressions cosmiques sont les mêmes depuis le début, mais tous ces éléments trouvent ici une seconde jeunesse, comme régénérés par la molécule trouvée dans la nébuleuse par le héros de l’histoire. Rarement album progressif aura osé tant de complexité, de grandiloquence violente, un peu comme si le RUSH de 2112 croisait le fer de la technique avec un DEATH très fier de son diptyque Individual Thought Patterns/Sound Of PerseveranceMais Terminal Redux ressemble en bien des points à la créature protéiforme de feu Chuck…Même voix agonisante de fin de parcours, même radicalisme dans le développé/couché des axes guitare/rythmique, même amour d’une violence canalisée et pourtant débridée, et même propension à laisser des thèmes évoluer comme bon leur semble.

Sauf que même Chuck n’a jamais osé provoquer le Thrash ou le Death au point de les transformer en ballet spatial pour comètes à la dérive («Pteropticon »).

 

D’ailleurs, et en synthétisant toutes les pistes semées par les Américains, on peut maintenant voir en VEKTOR le point de convergence spatio-temporel entre RUSH, DEATH, VOÏVOD et ATHEIST, puisqu’ils recoupent à eux-seuls toutes les qualités et les démesures de ces quatre références absolues. Et pour bien mettre les choses au point, Terminal Redux débute par deux morceaux qui frisent à eux-seuls la vingtaine de minutes.

On retrouve en « Charging The Void » et « Cygnus Terminal » tout ce qui a fait la réputation du quatuor US depuis sa première déclaration. La luxuriance des arrangements, la production touffue, les riffs denses et pourtant accrocheurs, les longues évolutions qui cette fois-ci atteignent des proportions énormes, et bien évidemment, ces soli purement Heavy et ce chant sardonique et démoniaque. Mais encore une fois, malgré une complexité qui n’est plus du tout de surface, les morceaux de VEKTOR sont plus que jamais catchy et immédiatement reconnaissables. Que l’on parle du plutôt concis « Ultimate Artificer » et son intro/fille illégitime de MEKONG DELTA et RUSH, que le groupe avait lâché sur la toile en avant-première, ou du progressif « Psychotropia » qui pioche clairement dans l’héritage Unquestionable Presence d’ATHEIST avec ses lignes de chant doublées par des guitares affolées, le côté mélodique et foncièrement direct n’est jamais occulté par le satellite encombrant de la démonstration technique ou logique. Et ça, c’est une force dont peu de groupes font preuve. 

Et quand bien même VEKTOR termine son histoire par un épilogue que même MAIDEN n’aurait pas renié, la simplicité couve toujours sous une épaisse couche de textures sonores semblant pour le moins alambiquées. Et en moins d’un quart d’heure, les Américains se permettent de citer MORBID ANGEL, NOCTURNUS, DEATH, KING CRIMSON, repoussant les frontières du Death, du Thrash, du Progressif dans une sarabande enivrante qui nous trimbale aux confins des galaxies.

Guitares qui tombent en syncope, puis retrouvent leurs esprits le long d’arpèges clairs, rythmique en blasts qui soudain cavale comme aux grandes heures du néo Death scandinave, AT THE GATES dans le viseur, petite emprunte CORONER dans ces licks harmoniques diaboliques de précision…Melting-pot, génie ? Un peu des deux, avec une option prise sur la deuxième solution… 

Avec Terminal Redux, VEKTOR signe un accord avec la finalité de l’effort. Impossible en effet d’aller plus loin que cet espace intersidéral qu’ils ont traversé, et qui représente en quelque sorte une fin en soi. Osant même incorporer une chorale Soul de Philadelphie pour enrichir leur son (« Recharging The Void », et son break chanté en voix claire), David DiSanto et les siens ont signé une œuvre qui ressemble étrangement à une pierre tombale, celles des ambitions de leurs suiveurs et contemporains.

 

On les savait en décalage avec leur époque, on les savait sûrs de leur fait, on les découvre maintenant dans une pleine lumière, au milieu de laquelle ils ne peuvent plus cacher ni leur singularité, ni leur talent hors norme. Amusez-vous à souligner les noms des influences parsemées dans cette chronique. Pointez du doigt leur réalisation la plus remarquable. Une fois tous les chefs-d’œuvre recensés, réécoutez Terminal Redux. 

Vous voyez un peu où je veux en venir ?