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Year Zero Records - FreeJazz Noise Fusion - France - 2016 - 10 titres – 63 minutes

Vous savez tous que parfois, j’ai du mal à trouver des informations sur les groupes dont je vous parle. Je pense ce matin avoir atteint l’apogée de ce constat, avec un groupe qui ne dispose d’aucune page officielle, Facebook, Bandcamp ou autres source de tuyau. Les seuls que j’ai pu trouver viennent d’un de mes blogs de prédilection, Die or D.I.Y, qui explique un tant soit peu d’où viennent ces nouveaux olibrius bruitistes, et le pourquoi du non comment de leur démarche. Pas facile de bosser dans ces conditions, mais en même temps, ai-je le choix ? 

Alors les ZOG. Nom pas facile à porter d’ailleurs, qui peut prêter à confusion (pour les ignares, ZOG = Zionist Occupied Government, vous traduirez de vous-même), mais qui une fois associé à cette musique étrange perd toutes ses connotations limites.

Les ZOG sont Français, visiblement au nombre de quatre (Christophe Medina, ex ELECTRIC BUTTOCKS, au chant et à la batterie, Jon Zchivago à la basse, Phil Allison au sax ténor, et Nadine Aleman aux samples et au Korg MS10), s’amusent beaucoup à croiser les genres, et ne se prennent surtout pas la tête à répéter ou à se faire chier à construire des morceaux logiques et classiques.

 

Leur leitmotive est simple, et visiblement dérivé du fameux Dogme 95 appliqué autrefois par les cinéastes nordiques dont Lars Von Trier le magnifique. Une musique libre et spontanée, jaillissant de bœuf impromptus, avec des prises live évidemment et très peu ou pas du tout de post traitement de production pour lui garder cet esprit on the spotVous me direz très justement que le Free Jazz et le Free Noise répondent souvent à ces exigences, et qu’il n’y a rien de nouveau là-dedans.

Je vous dirai que vous avez entièrement raison, sauf que la musique de ZOG est légèrement décalée, dans le bon sens du terme.

Ce sont des impros, pas de doute là-dessus, mais des impros qui mènent à des thèmes mémorisables, et surtout, enthousiasmants. Il n’est pas question de bruit ici, ni de délires sans queue ni tête, mais bien de Jazz libre et bruitiste qui s’incruste dans une structure plus ou moins Rock. Ce qui nous donne au final un album intrigant, mais hautement recommandable.

 

Bon mais sinon, tout ça c’est bien joli, mais qu’est-ce qu’on trouve sur ce fameux disque qui parait quand même un peu excentré ? Selon leur label (un peu bizarre aussi), il faut envisager les ZOG comme « la bonne moitié de CAN (Suzuki et Liebezeit) dirigée par Archie Sheep, le tout saupoudré d’une pincée de HAWKWIND, et modifié par injection des gênes de Jean-Jacques Burnel et Bootsy Collins. Ou, plus simplement, une version Funky du PAINKILLER de John Zorn, mais sans le côté chiant des passages dub ». Vous ne vous sentez pas plus avancés avec ça, mais ça tombe bien puisque c’est plus ou moins le but de la manouvre. A toutes ces références aussi disparates que bien senties, on pourrait rajouter un peu de ZEUS, de MORPHINE pour cette basse qui prend de la place et qui se fritte avec des cuivres, et aussi à pas mal d’ensembles d’Ambient Jazz qui ne crachent pas sur un surplus de distorsion.

C’est d’ailleurs souvent plus Noise que Jazz, avec option Free Rock quand même (« Faster Zog, Kill, Kill »), de temps à autres salement Dark bruitiste (« Zog O'Dowd's Spunk Bucket Hostage » à faire passer les expérimentations de Buckethead et Mike Patton pour de gentils bœufs entre amis), un peu spatial la tête dans les nuages sombres et l’âme pendue au bout de son instrument. 

Mais – et aussi étrange que ça puisse paraître – le tout est vraiment fascinant, diablement rythmique, et au final, très accrocheur et entraînant pour des pistes enregistrées free, sans contraintes.

Tiens, vous pouvez même vous fader la dernière entrevue de neuf minutes, « Zog 3-16 » sans avoir à craindre d’éventuelles céphalées ou hallucinations, c’est dire…Rythme chaloupé mais un peu brinquebalant, ténor qui s’excite dans tous les sens mais en lâchant quelques pistes mélodiques, et toujours ce duo basse batterie qui sonne aussi cru qu’un spoken word de Jello Biafra. C’est même un des trucs que je préfère chez eux, ce son naturel et pas du tout trafiqué qui donne l’impression qu’on est dans la même pièce qu’eux. 

Et puis ce truc juste avant, « Raining In My Brain », c’est tellement adapté…basse à la Les Claypool sans la virtuosité mais avec cette même latence bien grasse et distordue, et par-dessus, des lignes de chant à peine discernables, genre No Wave un peu feignant. C’est Rock ça, avec une touche de Jazz mais vraiment discrète…

 

Le Krautrock et le Space Rock des CAN et HAWKWIND est même palpable sur « Man Bites ZOG », avec force arrangements de l’espace, sons tournoyants, et évidemment, cette sale basse qui n’en fait qu’à sa tête et qui repique son style à Kim Gordon, l’air de rien…Cohérent Ok, attachant parfois, mais quand même bien Noisy quand il le faut, avec ce « Kneal Before Zog » qui superpose une caisse claire hyper mâte avec des tourbillons bizarres, ou cet introductif « The Smell of Zog » qui en effet n’a pas oublié les leçons bordéliques de Zorn au placard…. 

Non, pas vraiment Metal, mais aussi bruyant et barge que bien des combos du cru. Du Jazz, c’est indéniable, mais abordé par son versant le plus Rock et même Post Rock, pour un résultat bien plus ordonné que ce qu’on était en droit d’attendre d’une telle assemblée de libertins de la croche.

Et puis, on vous a donné toutes les pistes, alors maintenant, vous les suivez comme vous voulez. Mais c’est spontané sans aller jusqu’à dire que c’est frais, et puis dans le paysage assez monotone du Free Noisy Jazz, c’est quand même une bonne bouffée de tabac froid et de longues nuits passées à improviser.

 

Mais si vous préférez le formaté, libre à vous, chacun prend son pied comme il veut.