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Abusive Noise Tapes - Fastcore - USA - 10 Septembre 2016 - 24 titres – 21 minutes

Une fissure dans un mur, c’est toujours mauvais signe. Infiltrations d’eau, mouvements de terrain, tout ça n’annonce généralement rien de bon, et plus elles s’agrandissent plus la situation devient préoccupante. Celle dont je vais vous parler ce matin voit sa taille grandir de façon exponentielle, et si elle continue à ce rythme-là, elle va finir par devenir l’équivalent de la faille San Andréas de l’underground US. Mais en tant qu’entrepreneur de l’extrême, j’ai fait mon boulot. Je vous ai signalé à plusieurs reprises les dangers que ce craquement pouvait entraîner alors ne venez pas vous plaindre si la taule finit par s’effondrer. Lorsque j’avais remarqué sa présence lors de la sortie de Salvación​/​Destrucción, j’avais averti que ce petit écartement risquait de prendre plus de place que prévu.

Et lorsque ce phénomène arriva à l’occasion du travail de sape commun entrepris avec l’aide des SHACKLES, je n’en étais plus étonné que ça.

 

Depuis, les choses ont dégénéré, et la démolition progressive a empiré, notamment lorsque les démolisseurs GETS WORSE s’en sont mêlés. Mais cette fois-ci, l’heure est grave. Car la FISSURE commence à atteindre le toit. Et à partir de là, il n’y a plus grand-chose à faire pour sauver la façade, et plus grand-chose pour empêcher la maison de finir sur le sol.

 

Oui, les FISSURE sont dangereux. Dangereux car productifs, dangereux car puissants, dangereux car pas du tout innocents. Jusqu’à présent, ils avaient opéré en douce, par petites touches sous forme de EP, de splits, mais cette fois-ci, ils révèlent aux grand jour leurs intentions destructrices et avancent en solo. Ils ont les outils pour mener à bien leur entreprise de sape, et le prouvent en vingt-et-un coups de pioche dans les parois de l’extrême Californien, en proposant un genre de compilation qui ressemble fort à un CV néfaste qu’ils présentent un sourire finaud sur le visage. 

Avouons-le de suite, un truc qui s’intitule The Complete Singles Collection pour un groupe aussi radical que les FISSURE, c’est un peu comme si les ANAL CUNT se pointaient avec un machin genre Top 40 Hits. Déjà fait ? Alors considérez les cas comme similaires. Une compilation de singles pour un groupe dont les morceaux dépassent rarement la minute, c’est cocasse, mais pas si inconcevable que ça. Avec une production pléthorique derrière eux, les Californiens (Oscar-chant, Leo-guitare/chant, Brendan-basse et Dylan-batterie) ont de quoi remplir à ras-bords ce genre de réalisation, mais même avec plus d’une vingtaine de hurlements, le résultat dépasse à peine les vingt minutes.

Ce qui suffit amplement pour constater que les influences n’ont pas changé, pas plus que le style d’ailleurs. FISSURE semble de plus en plus à l’aise dans ce Crossover entre Fastcore belliqueux, Grind furieux et Hardcore malicieux, et s’ils aiment à labelliser leur bordel en le traitant de « Fast music for Fast people », dites-vous que c’est tout sauf un gimmick. 

Alors fans de violence, fêtez comme il se doit cette épiphanie de décibels sauvages, et n’essayez pas de contrôler la chose, elle échappe à toute rationalisation. Le Fastcore hargneux des Californiens est aussi optimal en version presque longue qu’en format carrément court, et ce sampler de l’impossible prouve qu’ils ont gagné leur place sur l’échiquier de l’extrême Américain à la sueur de leurs guitares.

 

The Complete Singles Collection recoupe donc tout ce que le quatuor a publié dans sa jeune carrière, de leur premier EP éponyme jusqu’au split avec FINAL DRAFT, en passant par leur ballade main dans la main avec les barges de GETS WORSE. Donc, si leur œuvre vous appartenait déjà sous divers formats, vous en retrouverez tous les épisodes ici réunis en un seul soap, ce qui vous l’avouerez à un côté pratique. Le son n’a pas forcément été retravaillé, mais l’urgence dégagée par cette intégrale est palpable et vous fait vite comprendre à quel point les FISSURE ont tout compris aux déclinaisons possibles du Fastcore et du Powerviolence. Ils marient les deux avec un flair indéniable, parviennent même au travers de toute cette démence à insérer en douce quelques riffs mémorisables, mais ne perdent pas de vue leur but ultime, faire trembler les fondations du bon goût en jouant le plus vite et le plus fort possible. Mais après tout, on ne se retrouve pas sur un split avec GETS WORSE par accident, ce qui en dit long sur leurs tenants et aboutissants. 

Le meilleur du boucan sous le soleil de Californie en une seule tape. Pour…cinq petits billets. Qui irait refuser une affaire pareille ?

Et ne comptez pas sur un entrepreneur honnête pour vous tirer d’affaire. Les mecs ont déjà trop entamé le béton pour que vous puissiez encore sauver votre maison. 

C’est foutu, alors magnez-vous de sortir les meubles avant que ces tarés ne s’en occupent.