a1461083029_10

Punk Hardcore - Espagne - 23 Mars 2016 - 15 titres – 18 minutes

Tiens, c’est rigolo ça. Pour ceux qui l’ignorent, c'est-à-dire tout le monde, je viens de Rochefort, petite ville de Charente Maritime, une vingtaine de milliers d’habitants, et ancienne caserne. Jusque-là, l’anecdote n’avait pas grande importance, jusqu’à ce que je tombe sur le premier album des Espagnols de CÜTER. Car voyez-vous, ces punks viennent de Torrelavega, et il se trouve que cette ville ibère est jumelée avec mon petit patelin, ce qui rend cette chronique disons-le…spéciale.

Non que j’accorderai un traitement de faveur à cette bande de bruitistes particulièrement énervés, mais la coïncidence après tant d’années d’écriture était assez amusante pour que je souligne le fait, comme le dirait Léodagan. 

Alors Torrelavega d’accord, mais pour quoi faire ?

 

Du Punk Hardcore évidemment, mais pas n’importe lequel. Celui qui vient du Sud et vers lequel on revient, par tous les chemins. Ce Hardcore là est virulent mais festif, et surtout, chanté dans sa langue natale, ce qui renforce encore plus son impact, enfin selon ma propre opinion. Mais en fait, vous allez vous faire la vôtre en écoutant les quinze morceaux lapidaires de ce premier LP/EP éponyme qui montre bien des qualités, dont celle du son qui n’est pas la moindre.

Alors CÜTER donc, qui n’est autre qu’un quatuor assez jeune, constitué de Varo (guitare), Pablo (basse), Pinal (chant) et Beto (batterie). Pas grand-chose à se mettre sous la dent au niveau des infos, puisque leur Bandcamp et leur page FB sont plutôt succinctes, mais comme la musique est assez expressive en soi, on se tape d’une bio qui de toute façon ne racontera rien d’intéressant.

 

Basons nous donc sur le contenu de ce LP, qui finalement, est d’un enthousiasme contagieux. Des morceaux très courts, reposant sur une idée phare qui tient la minute et la tient bien, une basse énorme qui roule des cordes et grince de la distorsion, une guitare sommaire qui ne s’emmerde pas à chercher la petite bête, et surtout, un chanteur dans la plus grande tradition espagnole, qui hurle, tempête, vocifère comme un beau diable, mais jamais dans le vide. On pense évidemment à la scène Punk locale, mais aussi au Hardcore US, subtil mélange des fragrances New-yorkaise et Bostonienne, avec quelques accès de fièvre Powerviolence de temps à autres (« Reaccionarios »). Ça joue vite et bien, et parfois, ça flirte avec le Thrashcore pour mon plus grand bonheur (« Has Cambiado »). En gros, ça emprunte des idées à droite, à gauche et au centre, mais ça pique les meilleures, pour un résultat optimal qui donne une pêche d’enfer. 

Rien à jeter sur ce premier LP éponyme qui confirme la vitalité de la scène ibère qui n’est pas prête de rendre les armes.

Avec la montée fulgurante d’une gauche radicale dans le pays, il n’est pas étonnant de voir un nombre constant de groupes Punk et Hardcore fleurir, sentant le vent de la révolte souffler. Et la révolte de CÜTER est assez impressionnante, autant l’avouer. 

Les Espagnols sont aussi à l’aise dans le mid tempo purement Hardcore que dans les charges plus Fast, et alternent d’ailleurs les deux versions au sein d’un même morceau, ce qui leur confère un dynamisme bluffant (« Gilippolas », véritable crise d’hystérie). Nous avons en outre le droit à quelques trouvailles rythmiques bien senties, mais aussi à des chœurs revanchards et teigneux, pendant lesquels le chant s’égosille plus que de raison (« Descontrol », sa basse à la Dan Lilker/Flanagan et ses vocaux qui en font des tonnes).

D’ailleurs, et si l’on met de côté cette intro lourde et progressive, « Rechezados » rentre directement dans le vif du sujet avec son Fastcore de dégénérés qui en ont assez d’attendre des jours meilleurs qui tardent à venir.

 

En version très courte, ça dépote (« Justificado y Necesario »), et en extended play, ça cavale sévère aussi (« Ciudades de Mierda », je pense que même sans parler la langue ça reste suffisamment explicite, et en plus c’est chanté avec Bati des GUILLOTINA), et même lorsqu’on marche allègrement sur les plates-bandes des deux minutes, ça reste précis et percutant (« Antropoceno » lourde marche en avant qui recycle les trois accords de base). 

Donc, voilà…Tout est dit je crois, et Cüter est le genre d’album qu’on carre dans son lecteur en boucle, pour en prendre plein la tête sans pour autant oublier ses revendications légitimes. J’avais fait un petit voyage de jumelage dans les années 80 à Torrelavega. Mais à l’époque, les groupes de Hardcore s’y faisaient rares. Je pense que je vais y retourner, après tout, ça a dû pas mal changer depuis trente ans. Et qui sait. Je tomberai peut-être sur un concert des CÜTER.

Ce qui est probablement ce qui pourrait m’arriver de mieux.