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Sentient Ruin Laboratories - Necro Doom - France - 8 Juillet 2016 - 3 titres – 25 minutes

Dans la course au style le plus improbable qui soit, la lutte est rude. J’y participe d’ailleurs moi-même, en tentant de trouver des créneaux toujours plus farfelus et/ou précis, mais je suis heureux aujourd’hui de vous présenter un vainqueur potentiel de ce combat des chefs qui ne se couvrent pas. Et – bouffée de fierté nationale en sus – je vais avoir l’honneur de déposer ces lauriers sur le front de petits gars bien de chez nous, fronts qui doivent d’ailleurs être remplis de contusions à force de coller des coups de boule dans les murs.

Car oui, les grands gagnants de ce mardi viennent de notre bonne vieille ville de Lyon. Ils sont trois, agitent l’underground depuis quelques années, et se sont unis sous la bannière hautement putride du… 

…Necro Doom.

 

Avouez-le, vous ne l’avez pas vue venir celle-là. Moi non plus d’ailleurs, mais je savais après avoir jeté une oreille sur leur musique qu’il me faudrait une fois de plus avoir recours à mon art séculaire de l’assemblage syntaxique équilibriste. Manque de bol, je suis tombé sur aussi fort que moi, et n’ai donc pas eu besoin de l’utiliser. Trio Lyonnais donc, J (guitare ou assimilée), V (batterie ou cartons, au choix) et C (gorge et borborygmes divers), les KARCAVUL ont déjà à leur nuisible actif une demo, Rawctaver (publiée en mai 1968, quand je vous disais qu’ils étaient très forts), un split avec les non moins dégénérés d’UHL (de la famille de HANK évidemment), joliment intitulé Cancer au Presbytère.

Leur label US, dans un désir de modérer un peu leurs ardeurs, et ce malgré une fierté non feinte de les compter comme membres de leur écurie, préfèrent parler à leur égard de Death Sludge, ce qui en soi n’est pas non plus une mauvaise idée.

A dire, vrai, je pense que la vérité se situe entre la lucidité raisonnable de l’équipe de Sentient Ruin et les délires perso du groupe lui-même. S’il est certain que la « musique » des Lyonnais est pesante et assez éprouvante, elle garde quand même un soupçon d’humanité, pourvu que les oreilles qui l’écoutent soient rompues à l’exercice difficile du chaos.

 

Necro Doom ou Death Sludge, le résultat est le même, et ce premier EP qui bénéficie d’une distribution mondiale, sans doute grâce à quelques billets généreusement (et provenant d’un trafic d’organes) distribués aux peu regardantes structures Crustatombe, Deaf Death Husky, Et mon cul c’est du tofu, No Way Asso, Repulsive Medias, Saka Čost, Underground Pollution Records, et Witch Bukkake Records. Mais l’objet en question n’étant pas dénué d’une certaine valeur graphique, vous jugerez de vous-même de l’importance de l’acquérir ou non. Ce qui ne changera absolument rien aux trois pistes qu’il comprend… 

Ces trois segments pourraient d’ailleurs facilement se voir comme une litanie unique découpée en trois chapitres, tant les analogies les liant sont évidentes et fortes. Certes, on note des accélérations brutales, des pics d’intensité, des bruitages dispensés tout sauf au hasard, mais les différences étant difficilement situables lors d’une écoute globale…

…mieux vaut voir ceci et cela comme un tout indivisible.

Alors Necro Doom donc. Je ne vais pas contredire les trublions, ils risqueraient de m’en vouloir. J’admets volontiers que leur « art » est souvent compact et très lourd, mais nous sommes quand même loin de la complainte monolithique en Fa majeur inamovible. Halte-là, les KARCAVUL ne sont pas les énièmes chantres du riff unique et poli jusqu’à l’overdose, et Intersaone va beaucoup plus loin qu’une sempiternelle digression sur un thème usé jusqu’à la corde. C’est éminemment macabre et voulu comme tel, ça fricote même parfois avec les limites du non-sens déjà atteintes et dépassés par les embaumeurs d’ENCOFFINATION, mais c’est quand même assez varié pour que les plus raisonnables des tarés y trouvent leur compte.  

La recette ?

 

Inconnue, mais les ingrédients sont notables et identifiables. Une guitare gravissime qui tergiverse entre accords de la mort plaqués avec résignation, et soudaines envolées en staccato, proches du Crust, mais sans mettre les deux mains dedans.  

Le son de batterie, très mat et étouffé rendrait presque Lars fier de ses descendants, et le chant aussi caverneux qu’un Chris Barnes réveillé pour rien fait oublier l’absence de basse, instrument pourtant présumé indispensable dans ce genre de réalisation.   

Musicalement, c’est bien tout ce que je peux affirmer sans crainte de passer à côté de quelque chose. C’est très sombre, mais ça ne manque pas de second degré, comme en témoignent les nombreux samples étalés durant les vingt-cinq minutes de cet EP. Barges OK, mais gentils barges, qui ne prennent pas leur auditoire pour une assemblée de décérébrés amorphes. On sent en filigrane une véritable envie de proposer quelque chose d’extrême certes, mais d’un minimum créatif, en se basant sur un mélange fétide entre la lourdeur et l’oppression du Sludge, la marche funèbre du Doom, mais aussi les fondations morbides du Death, en enrobant le tout d’une atmosphère assez déliquescente. Faire mal aux oreilles oui, mais en propageant un message. 

« Comment être plus extrême que la moyenne sans perdre son intégrité (physique ou morale) »

 

Ça ne plaira pas à tout le monde, beaucoup n’y verront que de la fumée et pas un feu ardent, mais certains comprendront que les KARCAVUL restent sérieux en s’amusant beaucoup, et qu’ils proposent un genre de Necro Sludge Death Doom, qui finalement est la (longue) étiquette qui leur convient le mieux.

Etonner et révulser à la fois. Pas mal. D’où cette anti maxime qui leur sied à merveille : 

« Faire d'un mange-pierres deux coups »